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LE DOCTEUR REUCHLIN

^ent et grands usuriers. Un Français du temps disait, en li97 « que la haine contre les Juifs en Allemagne était si générale que les hommes les plus paisibles ne pouvaient entendre prononcer leur nom sans entrer en colère ". Ce n'était pasàcause de leur religion, mais parce qu'ils pratiquaient l'usure : « Cela ne l'étonnerait point, ajoutait-il, qu'une persécution éclalât tout à coup contre eux. » Toujours est-il que, à cette époque, dans l'espace de vingt ans, les Juifs étaient expulsés de près de vingt villes considérables comme Wurlzbourg, Nuremberg, Heilbronn et de pays entiers comme le diocèse de Mayence, le Mecklembourget le \N'urtemberg, où les princes profitaient de l'occasion, soit pour prendre les dépouilles laissées par eux, soit pour leur vendre la permission du retour.

C'était soulever une question populaire. Jacques Hogstraten, croyant trouver un appui dans les passions de la foule, demandait donc la saisie et la destruction de livres hébreux tels que le Talmud el la Kabbale, contraires à la foi; et il proposait qu'on recherchât en quoi les Israélites d'alors s'éloignaient de l'Ancien-Testament. On ne pourrait ramener les Juifs, selon lui, au christianisme, qu'en détruisant ces livres et les obliger à exercer des métiers, comme les autres Allemands, qu'en leur interdisant l'usure. Le pro- •cès fait aux livres hébreux était un commencement de persécution contre les personnes. Saisi de la question, le conseil impérial l'avait renvoyée à une commission de savants parmi lesquels se trouvait le docteur Reuchlin. Sur les conseils de celui-ci, la commission avait proposé de détruire les livres qui avaient rapport aux sciences occultes, à la sorcellerie, mais de conserver ceux dont la science pouvait tirer parti, comme le Talmud et la Kabbale; et il avait (recommandé surtout la tolérance pour les personnes. 11 y

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avait à la fois lil^éralilé et courage,- de la part des humr>nistes, h prendre parti contre la haine populaire et l'avidité des princes. Mais, c'en était trop ; le prieur des dominicains, trouvant l'occasion bonne, attaque l'avocat des Juifs. Reuchlin répond. Les scolastiques, les humanistes prennent fait et cause pour leurs saints. La querelle s'envenime. Une guerre de libelles commence; des torrents d'injures, selon l'habitude de ce temps, sont échangés entre Cologne d'une part, Heidelberg et la Société rhénane de l'aulre. Ueuchlin n'est plus qu'un fauteur des Juifs ; Pfeffeikorn, qu'un âne, un dragon à la queue empoisonnée. L'empereur veut étouffer l'affaire; il ordonne le silence aux deux partis ; c'était trop tard. Hogstralen cite Reuchlin comme hérétique à comparaître devant son tribunal. Blâmé par son archevêque, il persiste et en appelle fièrement aux pi-incipales universités et au pape lui-même.

C'était, disait Mulianus, « le combat des ténèbres et de la lumière, » c'est-à-dire de la scolastique et de la Renaissance, de l'autorité et de la liberté, en matière de science et d'enseignement. Jacques Ilogstraten et ses amis avaient résolu de vaincre ou de périr. 11 faudrait voirenlin si les théologiens, les moines, n'avaient pas la science et la foi comme un dépôt, pour les dispenser selon leur mesure au vulgaire. Arrière ces païens maudits qui parent leurs impiétés de grâces séductrices et d'attraits menteurs ! Arrière surtout ces théologiens sans titres ofdciels et sans grades, frottés de grec et d'hébreu, qui prétendent réformer 1-Église latine et laïciser la foi, la théologie, au risque dejudaïser. Quoi ! l'enseignement de la religion serait enlevé au sanctuaire, livré aux disputes, aux passions du monde ! Les Reuclilinistes, comme on les appelait, n'étaient pas en reste. L'étude, la discussion des livres sacrés ou profanes étaient-

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elles donc interdites aux fidèles ? Y avait-il nécessairement du côté du clergé la science et l'autorité ; du coté des laïcs l'ignorance, la soumission ? Non ! point de domaine spirituel réservé, point de noblesse d'institution, pour la possession, la distribution de la foi et de la science, ces biens de l'esprit! Hogslraten, au fort de la lutte, condamne au feu les livres du docteur hôbraisant, et, malgré l'appelde Reuchlin au pape, il les fait briîler audacieusement «ur la place de Cologne.

Tout le monde lettré se partage. D'un côté, l'inquisiteur Ilogstraten. les professeurs de Cologne, les universités de Paris, d'Erfurlh, de Mayence, de Louvain, la plupart des doyens des facultés de théologie, maîtres des sentences, logiciens, lecteurs sur la Bible, bacheliers en les sept arts, dominicains, franciscains, chartreux, décidés à conserver l'autorité de lÉglise en matière de science, la supériorité de la théologie sur les autres facultés, la domination du clergé sur les consciences. De l'autre, l'empereur Maximilien lui-même, le cardinal de Gurck, son ministre, plusieurs princes allemands, treize abbés, trente-cinq villes, puis la foule des humanistes, poètes, juristes, écrivains, voués à la cause de l'émancipation de la pensée et de la liberté de la science.

La cour de Rome était fort embarrassée. Protectrice des lettres en Italie, elle n'était point disposée à les condamner en Allemagne ; mais elle devait des ménagements aux dominicains. Érasme, autre pouvoir spirituel, n'était pas moins empêché. Le voici cantraint à se déclarer ouvertement, à prendre parti. Des sphères élevées des lettres, le coïitlit est tombé dans la foule universitaire. La cour pontificale nomme une commission pour examiner l'affaire. Érasme, sans se prononcer ouvertement, adresse indirecte-

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ment, en manière de parenthèse, et au nom des lettres, une recommandation pour Reuchlin au cardinal de Saint- Georges, non sans exciter par celte tiédeur le mécontentement des combattants. La chose en était là quand, tout à coup, ce procès s'instruit avec éclat par-devant l'opinion publique.

Les lettres des obseuranlins

Dès l'année 151 i et jusqu'à l'année 1516, on voit circuler sans interruption sur lesbordsdu Rhin et bienlôtd'un pays à l'autre, d'une universitéà l'autre, tantôt manuscrites, tantôt imprimées, des lettres nombreuses, hardies et cyniques trop souvent, sur cette grande querelle qui divisait le monde universitaire et clérical, sur les adversaires et les partisans de Reuchlin, sur la scolastique, sur les humanités, sur l'intolérance, la liberté en matière d'études, sur l'ancienne et la nouvelle théologie et, par surcroît, sur les personnages engagés dans la querelle. Et ces lettres se répandent avec cette rapidité qu'explique la fréquence des voyages des hommes de ce temps qui, marchands, moines ou étudiants, prêts à se charger de toute commission, allaient d'universités en universités, de couvents en couvents, reçus, hébergés partout, et faisaient un service sinon aussi régulier, au moins aussi actif et aussi zélé que la meilleure des postes.

Maître Ortuinus Gratins, devenu l'un des plus fermes soutiens de la Faculté de théologie de Cologne, avait eu sous sa direction un grand nombre de jeunes étudiants. C'étaient ses anciens élèves, dispersés maintenant en Allemagne, en Italie, les uns moines, les autres visant une cure, ceux-ci

poursuivant leurs études ailleurs, ceux-là voyageant pour voir du pays qui adressaient de toute part leurs lettres à leur ancien maître. Tous humbles encore, Obscurs, b côté de cet illustre personnage, ils prenaient la liberté de lui écrire pour lui prouver leur reconnaissance ou pour profiter encore de ses doctes leçons et de ses sages conseils. Difficultés étymologiijues, distinctions de l'école, obscurités de la théologie, cas délicats de conscience, tentations, chutes de la chaii-, ils soumettaient tout au savoir et à l'expérience d'Ortuinus Gratins. Ce ne sont pas toujours des conseils qu ils demandent, des confessions qu'ils se risquent à faire. Témoins, acteurs dans cette granJe lutte qui divisa t lAllemagne, ils instruisent leur ancien maître de tout ce qui se dit ou de tout ce qui se trame aux différentes universités, lis lui font part de leurs propres sentiments, des discussions qu'ils ont à soutenir et ils l'assurent de leur inaltérable dévouement à la bonne cause. Au sortir des écoles théologiques, jetés dans un monde tout nouveau, exposés aux railleries des humanistes, au mépris des poètes, effrayés de tout ce qu'ils voient et entendent, ils se font l'écho des bruits, des scandales, des accusations portées contre la moralité, contre la science d Ortuinus, de Hogstralen, de Pfetferkorn, desdominicains; ilss'enquièrent avec une anxiété naïve de l'authenticité de ces bruits, et ils se répandent en injures contre Reuchlin et ses partisans, en faisant des vœux pour le triomphe de la théologie et l'extirpation de tous les hérétiques et de toutes les nouveautés dangereuses.

Le style des lettres même convenait au sujet. 11 était simple, sans apprêt, ainsi que l'avouent humblement leurs obscurs auteurs, ennemi surtout des vanités de la mode nouvelle. C'était une sorte de latin macaronique qui était

une première moquerie mais qui mettait les choses à la portée de tons ceux qui, de près ou de loin, s'étaient frottés aux universités. Parfois, ils risquent de poétiques essais en l'honneur de la théologie et de ses partisans, pour faire plaisir à maître Arnold de Tongres qui se pique de poésie, mais ils ont bien soin daveitir qu'ils ne savent pas les règles de la métrique profane et qu'ils se contentent de rimer selon la vieille coutume. Ils vont au fond des choses, et ne s'arrètant pointa l'écorce, ils pénètrent jusqu'à la noix.

Écoutons-lçs, sur la rivalité des humanistes et des théologiens, sur la vénérable latinité du moyen âge et sur l'insolente latinité du jour, sur le mérite des poésies ecclésiastiques et des poésies séculières. Ils proscrivent en général la lecture des anciens poètes « de par Aristote, qui assure dans sa métaphysique que les poètes sont des menteurs. Est-il besoin de prouver que ces poètes n'inventent que des faussetés? L'un parle d'un fleuve qui roule du sable d'or; un autre, un grec, parle d'une ville assiégée dix ans par ses compatriotes et prise seulement après qu'un cheval se fût mêlé de prophétiser, comme si ce privilège n'avait pas été réservé au seul une de Dalaam. » S ils permettent l'explication des auteurs profanes, c'est à la condition seulement qu'elle soit réservée à ceux qui savent les entendre comme il faut. <> Hommes charnels, les séculiers ne saisissent que le sens naturel, littéral, historique; le côté allégorique, spirituel, leur échappe complètement. Sous la fable, ils ne savent surprendre le symbole, ainsi que faisait Thomas de Valleis, qui, dans son livre sur les Métamorphoses d Ovide, voyait dans « Diane entourée de ses nymphes » la figure de la Vierge Marie ; dans « Cadmus à la recherche de sa sœur », celle de Jésus-Christ et de

rtglise ; tout cela parce qu'il sait commenter les choses, allegorice ei spiritaaliter. Mais les obscurs correspondants d'Orluinus n'y peuvent rien. Le nouveau latin les déborde de toute part; et les poètes « simples compagnons qui ne sont passés maîtres en aucune faculté », non contents de les supplanter partout, les bafouent. Leurs lettres, en montrant aux prises les humanistes et les clercs, constatent partout la défaite des derniers; elles semblent souvent une longue et moqueuse oraison funèbre du moyen âge condamné par les juristes, exécuté par les poètes, et porté en terre au milieu des sarcasmes et des éclats de rire de tous.

Le célèbre Ortuinus Gratins, «maître es arts, philosophe, théologien et même plus s'il l'eût voulu «, reçoit de toutes les villes d'Allemagne les lamentations des moqués, des battus, des mourants. « Cette ribaudaille, lui écrit-on, à savoir la nouvelle faculté des poètes et des juristes, s'accroît de jour en jour et pullule dans toutes les villes et provinces de l'empire: ils attirent à eux les jeunes gens innocents, en décriant les sept arts et ils font tomber les anciennes Facultés. On ne voit plus, comme autrefois, les étudiants se promener ayant sous le bras d'excellents livres, comme le Petrus hispanus, ou les Parca logicali-x; ils veulent tous entendre, expliquer Virgile et Pline, et ils courent à l'enseignement des poètes. Aussi combien d'universités dépérissent! Au dire d'un ancien maître, il y avait quelques années auparavant encore deux mille étudiants à Leipzick, autant à Cologne; maintenant il n'y en a pas un pareil nombre dans les deux universités réunies. C'est à Vienne qu'on va, depuis que le poète Vadian a succédé au vieil Herkmann de Franconie. Ailleurs, les anciens maîtres ont disette de pensionnaires et de commensaux.

Rien d'étonnant! les jeunes gens, méprisant les titres de bacheliers, licenciés es arts , négligent de prendre ces grades. De retour dans leur patrie, ils répondent à leurs parents qui leur demandent ce qu'ils sont: Rien; ils ont étudié en poésie ! mais les familles, ne sachant ce que c'est, mécontentes, ne veulent plus perdre leur argent à envoyer leurs fils aux universités. » Aussi, quelle est maintenant l'immoralité, l'incrédulité de la jeunesse! Un correspondant d'Ortuinus, sorti depuis peu des mains des théologiens de Cologne, se repent d'avoir quitté cette ville pour aller étudier à Mayence. A Cologne, au moins, les hommes étaient dévots et volontiers allaient à l'église et le dimanche au sermon. A Mayence, c'est bien différent: les étudiants ne font point la révérence aux maîtres; les maîtres ne surveillent point les écoliers et ne portent point capuchon. On n'entend des uns et des autres que paroles de scandale: l'un prétend que la tunique de Trêves n'est point la tunique véritable de Jésus-Christ, et que les corps des trois rois mages de la châsse de Cologne sont ceux de trois paysans de Westphalie; l'autre médit des frères prêcheurs, traite Hogsiraten d'inquisiteur maudit et voit dans son église VEeclesiam malig nantium de l'Écriture.

On a reconnu les fameuses lettres, les Episiolx obscurorum virorum, dont on a comparé l'effet, à la veille de la Réforme, à celui que produisit le Mariage de Figaro, à la la fin du xviir siècle, à la veille de la Révolution. Les documents du temps témoignent du succès de la mystification. Érasme parle de la joie avec laquelle les premières lettres furent reçues par des moines franciscains et dominicains de la Grande-Bretagne et du Brabant qui, les prenant au sérieux, les croyaient écrites en faveur d'Ortuinus et des moines. Il cite un prieur des dominicains qui fit

emplette d'un grand nombre d'exemplaires pour en faire des cadeaux. Sur les bords du Rhin, la méprise n'était pas possible. La justesse du coup porte la fureur dans le camp des tliéologiens et des frères. Ortuinus Gratius jette feu et flammes dans les Lamentations des hommes obscurs. Il menace de sa colère l'imprimeur, ainsi que l'auteur ou les auteurs de ces lettres scandaleuses, et il pousse Hogstraten à demandera Rome, contre elles, une sentence d'interdit. La colère d'Ortuinus ne pouvait qu'encourager ses correspondants à exploiter cette veine. Les lettres recommencent à circuler pour paraître réunies un peu plus tard, en 1517.

Le nom d^Obscuri ciri fait d'abord l'objet des nouvelles lettres. L'un des auteurs prétend que les correspondants ont suivi le précepte de l'humilité évangélique, parce que la grâce divine ne se communique jamais qu'aux humbles et aux simples ; un autre, profond théologien, met en avant des raisons plus mystiques, tirées des prophètes Job et Michée. Le premier n'enseigne-l-il pas que Dieu ne révèle ses profondeurs qu'aux ténèbres {révélât profunda tenebris) et le second, que la lumière du Seigneur n'apparaît qu'au milieu de l'obscurité (m tenebris dominus lux mea est). A défaut d'Ortuinus Gratius, un poète répond un peu plus lard à la question, en faisant le portrait de « l'Ignorance, personnage hébété et obèse, ami de l'obscurité, qui nourrit les hommes de ténèbres dans une profonde nuit. » Et il dépeint « cette cohorte ennemie des dieux, privée de la lumière, et qui ne se produit point au grand jour! » On reconnaît dans les partisans de l'illustre Ortuinus, les ennemis de la science, que la diffusion des lumières offusque et effraie, et qui cherchent leur appui dans les autorités établies, ceux qui méritaient alors les noms d'Obscurantins, ou d'Obscurantistes.

Après ces premières plaisanteries, les lettres des correspondants semblent serrer de plus près les choses. Les unes, datées encore de l'Allemagne, représentent la lutte de la théologie nouvelle et de la théologie scolastique. Les autres, datées de l'Italie, traitent de Taffaire de Reuchlin et des intrigues d'Hogstraten à Rome, pour obtenir la condamnation du docteur.

Si l'esprit d'innovation, introduit dans l'étude des lettres, avait soulevé tant de crainte etde réclamations, quelle tempête devait-il exciter en pénétrant dans le sanctuaire même de la théologie : « Ce n'était point assez qu'il y eût un latin séculier, des poètes séculiers; voici naître à son tour une théologie laïque, c'est-à-dire l'hérésie. De prétendus docteurs, qui ne sont gradés dans aucune Faca/^e des ar/s, qui ne savent rien du Livre des Sentences et de la S(>mme ihéologique, qui ne sont ni albertistes, ni scottistes, ni occamistes, ni thomistes, s'avisent de traiter des choses de la religion, à leur mode, comme si ce n'était point matière subtile que les mondains ne peuvent comprendre. Aussi, il ne s'agit plus de savoir si la matière est l'être en acte ou en puissance, si l'essence et l'existence sont distinctes, si Dieu est dans le prédicament, ou s'il n'y est pas. Au lieu de cela, un certain Érasme, à Baie, petit homme qui ne peut pas ensavoir bien long, a écrit un livre des Prouerôes; le besoin, je vous le demande, après les proverbes de Salomon. Le voilà maintenant qui invente un Nouveau-Testament grec, comme si l'on avait affaire de cette langue hérétique que personne n'entend. A Sluttgard, en voici d'une autre ! Reuchlin, le plus entêté de tous ces hérétiques, a écrit un livre intitulé : De la Kabbale. On ne sait ce que c'est ; mais cela ne doit renfermer rien de bon. Le livre est hérissé d'hébreu et de grec ! Il ne se fonde point sur saint Bonaventure, mais

sur un certain Pythagore, nécromancien : c'est tout dire. La très sainte théologie n'a rien à apprendre des Grecs et des Hébreux. L'inspiration du Saint-Esprit vaut bien mieux. »

Les lettres qui instruisent Orluinus des sentiments de l'Allemagne sur l'aflfaire de Reuchlin et des débals du procès à Rome, ne sont pas les moins curieuses. Nous y apprenons que tous les orateurs, poètes et juristes, sous le nom de Reuchlinistes, ont formé une ligue pour défendre leur chef qui hebraiee voeatur Capnion. Tout le clan des humanistes itotus ordo) en est. A leur tête se trouvent Crotiis Rubianus, d'Erfurth, et un jeune chevalier poète, bientôt plus célèbre, Hutten, tous les deux auteurs de la mystilication. Dans la revue que les Obscurantins font de leurs ennemis, on voit figurer tous les humanistes en renom. Us citent l'imprimeur Froben « dont la maison à Râle est pleine d'hérétiques ». Mais ils ne savent trop que penser d'Érasme; car avant tout, disent-ils, Érasme est pour lui, Erasmus est homo pro se.

En parlant de l'instruction et du procès de l'affaire, les auteurs des lettres n'épargent même guère la cour de Rome sur laquelle ils comptaient cependant. Le prieur des dominicains Hogstraten avait pris le bon parti, nous disent-ils. Il s'élait rendu en personne à- Rome, les poches bien garnies, « car le pape, fort peu théologien (Léon X', était aussi une manière d'humaniste et de poète auquel il ne fallait pas beaucoup se fier ; et il était bon de s'assurer la bienveillance de la curie et des cardinaux. » Le prieur des dominicains va en effet à Rome. Il ne s'agissait pas tant encore pour lui de Reuchlin que des Juifs; et il ne le cachait pas ; car il était de ceux qui soutenaient le plus haut quMl

fallait forcer les Juifs à assister aux sermons chrétiens, leur TuMB vn. 18

interdire absolumenU'usureelles contraindre à d'honnêtes métiers. Et ce n'était pas là un propos en l'air ; un prince ecclésiastique allemand, éclairé cependant, l'archevêque de Mayence, Albert de Brandebourg, pensait à former une ligue des princes et des villes pour l'expulsion définitive des Juifs du territoire allemand. Il ne faut pas oublier cet élément qui communiquait à l'atfaire encore plus d'importance et de passion.

Déjà, aux deux cardinaux Dominico Grimani et de Santo-Eusebio, chargés de l'instruction du procès, Jacques Hogslralen avait fait adjoindre le cardinal de Sanla-Croce, protecteur de l'ordre des dominicains. Mais voici qu'un docteur, chargé par la cour pontificale de constater la fidélité de la traduction latine faite par Pfefferkorn des passages de Reuclilin incriminés d'hérésie, constate plus de deux cents contre-sens formels. Reuchlin écrit un livre contre les faussaires et les calomniateurs de Cologne. 11 les accuse de vouloir tirer seulement de l'argent des Juifs en menaçant leurs livres et leurs personnes. Un cri d'eft'roi s'élève à Cologne. L'autorité des maîtres est perdue. Déjà le prieur des dominicains devient à Rome l'objet de la risée publique. « Les Italiens s'étonnent que les frères inspirent tant de confiance et de terreur au-delà des monts. On laisse Hogstraten sans ressources. L'argent qu'il avait apporté d'abord est épuisé par les premiers banquets donnés aux cardinaux et par les gratifications aux référendaires. II faut que l'ordre des dominicains se fasse adjuger la distribution des indulgences qui doivent être promulguées, afin que eurs profits servent à abattre la puissance des Reuchlinistes. Les Juifs, dont Reuchlin est le défenseur, s'y entendent bien mieux ; ils n'épargent point l'argent pour séduire la cour pontificale et se sauver. »

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