LE TRIOMPHE DE CAPNION ET DE LA RENAISSANTE
Pour cette cause ou pour une autre, Jacques Hof^straten, après avoir obtenu du pnjie la nomination d'une commission nouvelle composée de dix-huit personnages, cardinaux évèques, référendaires, docteurs, allait être condamné. Dix des commissaires avaient déjà voté contre lui, lorsque le magister sacri palatii obtient du pape un sursis [mandatu.m de super sedendo). Ce moyen terme tire la cour pontificale d'embarras, en faisant entrevoir une condamnation dont la honte est épargnée aux dominicains ; mais il mécontente les deux partis : Reuchlin, persuadé que la rancune des dominicains, n'ayant pu l'atteindre vivant, le poursuivra mort ; et Hogstraten qui, si l'on en croit le correspondant d'Ortuinus, affiche, sur la porte d'une église, un appel à un concile général et, de retour à Cologne, menace l'Église d'un schisme.
Le triomphe de Capnion et de la Renaissance
Cette première lutte entre l'autorité ecclésiastique et la liberté de la science n'est-elle pas une sorte de préface de la Réforme? Deux ans plus tard, Luther dira que l'occasion seule de s'enrôler parmi les Reuchlinistes lui a manqué; le crédit du grand maître des hérétiques en Allemagne, est ébranlé. La Renaissance découvre, met à nu, sous le respect pour la tradition, l'esprit de routine et l'ignorance; sous les dehors de la religion, l'égoïsme de l'intérêt ; sous la sévérité de la répression, le relâchement des mœurs. Elle accoutume les esprits à envisager de près ce (ju'ils n'osaient regarder, à approcher plus familièrement ce qui les avait toujours tenus à distance ; elle les éveille, les enhardit, les dispose à de plus grandes luttes.
Attentive à condamner des excès qui pouvaient entraîner trop loin, la cour pontificale, en refusant aux dominicains la condamnation de Reuchlin, publie en 1517, pour les consoler, le bref qui condamne les Episiolx obscurorum virorum. Il fttait un peu tard. Depuis deux ans l'un des auteurs des lettres des obscurantins avait écrit son Triumphus Capnionis, dans l'année 1517. C'est le cri de Iriomplie de la Renaissance allemande.
Le docteur Reuchlin, alors le vrai représentant de cette Renaissance, y fait son entrée triomphale dans la ville de Cologne. La vieille forteresse allemande de la théologie a été obligée de^capituler. Toute la population de Cologne agitantdesbranchesde lauriers, vieillards, enfants même, se précipite au-devant de ce vainqueur nouveau dans les combats de la science, afin de lui rendre des honneurs dignes de lui; quelquesjeunes étudiants ouvrent la marche triomphale et portent au milieu de livres monastiques, de haire, de bulles et d'indulgences, les dieux des vaincus, vaincus euxmêmes: la Superstition, au visage triste, inquiet et pusillanime, lève les mains au ciel, prête à tout croire et n'examinant rien ; la Barbarie inculte et rebelle, les vêtements en lambeaux, la chevelure en désordre, dresse dédaigneusement sa tête, oij dort une langue de plomb; l'Ignorance, avec son front qui fuit, mollement étendue dans son inertie, glorieuse de son obésité, légère et vantarde, privée d'oreilles et d'yeux, parle toujours et erre au hasard ; enfin l'Envie, maigre et sans sommeil, nourrie de fiel, l'œil oblique et taché de sang, toujours prête à nuire aux bons, aiguise ses dents en silence ! Les vaincus enchaînés, suivent les dieux, dévorant leur humiliation, rongeant leurs fers, cachant sous leurs capuchons leur colère mal étouffée : c'est toute la cohorte des Obscurantins. 4u