LE TRIOMPHE DE CAPNION ET DE LA RENAISSANCE
premier )-ang,Hogslralen semble encore vomir le feu par la bouche ; on reconnaît celui qui navait d'autre argument que le feu. Voulez-vous écrire sur la théologie ? au feu ! Dire vrai?au feu! Kaux ?au feu ! Agir bien? au feu ! Mal? au feu I Le feu, il le jette par les yeux, il le respire et s'en nourrit encore. »
Igneus est totus,vorat igncm, vescilur igni.
« Après lui viennent Arnold de Tongres, le faussaire, Ortuinus Gratins, qui essaye de cacher sa méchanceté sous les oripeaux de sa poésie, Pfefferkorn, le juif, qui s'est fait chrétien pour éviter d'être pendu par les siens; enfin toute la genl ennemie des études et des lettres, conduite maintenant aux plus affreux supplices du Tartare. Mais, le vainqueur s'avance, traîné sur un char attelé de bœufs, une branche de laurier dans une main, un livre dans l'autre, le visage serein. C'est lui qui a osé le premier descendre dans l'arène et affronter l'Ignorance et la Superstition, lui dont le courage égale la science, lui que l'Allemagne peut opposer avec confiance aux plus belles gloires de l'Italie. « Réjouissez-vous amis ; le bandeau de l'Ignorance tombe, l'Allemagne ouvre les yeux; le règne des théologistes est tini. Un pontife savant a honte de leurs sottises ; les études ileurissent: saint Jérôme est ressuscité; une lumière nouvelle éclaire l'Évangile. Courage, humanistes et poètes ; et vous, ennemis de la lumière, pendez-vous ; lagueum sumiée, theologistœ !
Avoir dans Érasme et dans ce pamphlet ce scepticisme hardi et ironique qui annonce le xviu* siècle, comment penser que la théologie d'un moine révolté, qualifiée par notre philosopiie « de plus obscure et plus ardue que l'an-
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cienne », ferait aboutir bientôt la Renaissance à la Réforme ?
Maintenant l'ébranlement était donné, les lettres inoffensives en Italie et protégées par l'Église, avaient attaqué en Allemagne une institution de l'Église. Les esprits éveillés, enhardis, étaient préparés à entreprendre ou à supporter de plus grandes choses. Reuchlin, sans le vouloir, sans le savoir a préparé le terrain à Luther; le moine Augustin luimême qui appellera Érasme son précurseur a dit aussi: que l'occasion seule de s'enrôler parmi les Reuchlinistes lui avait manqué.
Un des auteurs des Epistolx obscurorum virorum,2iprhs avoir célébré envers latins le triomphe de Reuchlin, ajoute avec enthousiasme: « Réjouissez-vous, amis, le bandeau « de l'Ignorance tombe, l'Allemagne ouvre les yeux, le « règne des théologisles est fini ; les études fleurissent et « les génies; ô siècle, ô lettres, c'est une joie de vivre. » Ce n'était cependant pas le triomphe de la liberté, de l'esprit humain, trop jeune encore, assez mal avisé d'ailleurs en Italie où il aboutissait, bientôt, à un scepticisme littéraire qui compromit sa nationalité, et fourvoyé déjà en Allemagne, malgré Érasme et Reuchlin, dans le juvénile éclat des Epistolx obscurorum, que le xvi« siècle devait inaugurer. La Renaissance des lettres semblait annoncer un instant, sous l'ironie ménagée de quelques Italiens et le cynisme hardi de quelques Allemands, ce que le xviii« siècle osa avec tant de hardiesse contre la décadence et les abus de l'Église, mais aussi avec tant de légèreté, d'imprudence et d'injustice contre le christianisme même, quand un homme surtout^ vint, qui, sans se préoccuper du libre examen, qu'on voit trop en jeu dans ce siècle, entraîna l'activité des esprits et les besoins des âmes sur un autre terrain, chrétien