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CHAPITRE XXXV

L'empereur Sigismond de Luxembourg Le concile de Constance '

Depuis lon^'temps, l'Allemagne n'avait pas eu d'empereur aussi riche en domaines que Sigismond, qui fut le dernier des Luxembourg. Roi de Hongrie, héritier du royaume bohème, ses États s'étendaient des Balkans à la Baltique et des Rarpatiies au Rhin. Dans l'Empire, il avait pour allié un des princes les plus puissants, Albert V d'Autriche qui fut son gendre et son successeur, et un des politiques les plus remarquables du siècle, le burgrave de Nuremberg, Frédéric de Hohenzollern, son sauveur à la bataille de Nicopolis, qui avait décidé son élection pour prix de l'engagement de la marche de Brandebourg (Ull). H s'en fallait cependant que la puissance de Sigismond répondît à l'étendue de ses États. De tous côtés, des ennemis redoutables : les Vénitiens lui arrachaient les côtes de l'Adriatique ; les Turcs se réunissaient de nouveau, après plusieurs années de guerres civiles, sous le commandement de Mahomet H ; les Polonais, désormais affranchis de la prépondérance magyare, voulaient reprendre à leur profit les projets d'union avec la

1 Aschljacli, Geschichle Kaùer's Sigismund 1838-45, 4 volumes. Hefele, Concilien Geschichle, 7 volumes; 2° édition 1873.

Hongrie; dans ses domaines héréditaires, des sujets turbulents: dans l'Empire, des vassaux indociles, des alliés peu sûrs et des adversaires mal réconciliés. Pour maintenir ces ambitions en quête de gain, et gouverner en paix tant de peuples que séparaient la race, la langue, l'histoire et les intérêts, ce n'eût pas été de trop d'un homme de génie.

Comme son frère, Sigismond avait reçu une éducation excellente. 11 parlait également bien le latin, l'allemand, le tchèque, le français et l'italien: il arrivait quelquefois à l'éloquence, mais se plaisait surtout aux discours familiers; il avait la répartie prompte et la raillerie aisée. Bienveillant, affable, sans hauteur et sans morgue, il aimait à se mêler aux bourgeois, et sa bonne grâce lui gagnait tous ceux qui l'approchaient; il le savait, et il mêlait à sa bonhomie un peu de calcul. Mais, même dans son abandon, il n'oubliait pas qu'il était, en théorie du moins, le maître du monde, et sa familiarité ne diminuait ni sa dignité ni son prestige. Grand, bien pris, les cheveux blonds et bouclés, les yeux bleus, mobiles et profonds, il était lier de sa beauté et de sa force, et en faisait volontiers montre, dans les fêtes et les tournois où il éclipsait tous ses rivaux. Malheureusement, d'un roi il n'avait que l'apparence, et du pouvoir il n'aimait que l'éclat. Quel contraste à première vue entre Venceslas indifférent, maussade, brutal, et Sigismond débordant de verve, séduit par toutes les ambitions, avide de tous les triomphes! En réalité, la nature des deux frères n'était pas si opposée. Comme Venceslas, Sigismond était incapable de persévérance et de suite. Aussi prompt au découragement qu'ardent à l'entreprise, il confondait l'agitation avec l'activité, la brusquerie avec la fermeté et le bruit avec la gloire. Facile aux revirements, inconstant dans ses amitiés, il

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