‹ La réformeChapitre 85 sur 120 · JEAN ECK · texte numérisé non relu

JEAN ECK

amis, à ses élèves ; jetée au vent, elle appartenait à la tempête.

L'appel de Luther du pape mal informé au pape mieux informé était un défi que la cour de Rome avait relevé en écrivant à l'empereur Maximilien et à l'électeur Frédéric le Sage, pour se faire livrer le fugitif. Mécontent du pape qui avait contribué à empêcher l'élection de son petit-fils, Maximilien répondit évasivement, protestant de'son dévouement; et il prit un malin plaisir à rappeler les plaintes et griefs du peuple allemand, les maladresses de la cour de Rome dans l'affaire de Reuchlin et dans celle de Luther, les progrès des novateurs dans la faveur des princes. L'électeur de Saxe, Frédéric le Sage, était fort embarrassé. Il avait à ménager contre Maximilien la cour de Rome. Mais il s'était pris d'un goût assez vif pour Luther. L'université de Wiltemberg, qui lui était chère, implorait sa protection. Érasme, encore l'oracle du temps, lui écrivait en sa faveur: « 11 convient à ta sagesse de ne pas permettre que, sous ton règne, un innocent soit abandonné à l'impiété sous prétexte de piété. » L'électeur'hésita. tl parut retirer sa main de la tête de Luther, puis l'étendre de nouveau sur lui. Le docteur biblique ne savait aussi que résoudi-e ; s'il devait rester ou partir ; mais oi!i porter ses pas ? « Le pauvre n'a rien à craindre, disait-il, car il n'a rien à perdre. Pour ce corps chétif, ils abrégeront peut être sa vie d'une heure ou deux. » Et une autrefois : « Enfin, j'ai retroussé ma robe, ceint mes reins, et suis prêt à partir, comme Abraham, sans savoir où j'irai. » En attendant, pour ébranler l'autorité du Saint-Siège qui s'était mis en travers de la grâce, aidé de Melanchton, Luther commentait YÉpitre de saint Paul aux Galates ; il tournait et retournait les canons et lesdécrétales des papes et s'écriait avec espoir et avec effroi : « .J'y trouve le Christ

Page 1