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LIVRE XIX

LA POLITIOUE

Élection de Charles-Quint (151 9> —Luther à la diète de "VSrorms (1531)

L'Allemagne, l'église allemande à la mort de Maximilien

Quelle que fût l'audace croissante de Martin Luther et l'intérêt que les hommes de ce temps prissent à la théologie, jamais thèses audacieusement avancées et vaillamment soutenues, dans deux petites universités saxonnes, n.'eussent produit une révolution semblable à celle qu'elles déchaînèrent en Allemagne et en Europe, si le sol n'eût été préparé, miné à l'avance pour l'explosion ; Luther fit jaillir du fond de la théologie l'étincelle déterminante. Grâce au philosophe Érasme, au docteurReuchlin, à bien d'autres, dans le monde savant, lettré, dans les universités, on était alors fatigué de la domination de l'Église sur les études, de l'oppression qu'elle faisait peser sur les esprits, et tout prêt à la révolte. On n'attendait qu'une occasion de secouer le joug ; on avait essayé déjà de le faire. L'ingérence séculaire de

l'Église dans les affaires temporelles de l'Allemagne, son union avec l'empereur, la part léonine qu'elle s'était faite aux avantages de la société civile, avaient amené dans la politique le même malaise que dans les lettres. Là aussi, il y avait mécontentement, désir de séparation, instinct de rébellion contre Rome et contre l'Église. Mais la révolte de la conscience devait tout entraîner : la littérature, la politique, et donner à la révolution son caractère dominant: le caractère religieux; parce que la foi, ayant tout envahi, tout pénétré au moyen âge, y était devenue tout l'homme, comme le patriotisme dans l'antiquité était devenu le fond même du Komain. Les causes politiques de la révolution n'en étaient pas moins cependant aussi profondes.

L'union de la papauté et de l'empire, en Allemagne surtout, et leur ambition de réunir l'Europe tout entière sous une double monarchie spirituelle et temporelle, qui embrasserait toute la chrétienté, avait provoqué les plus grands orages. Elle avait mis l'empire et le sacerdoce aux prises, et, bien que leurs luttes même les eussent si considérablement affaiblis, ils en gardaient des souvenirs, des rancunes et des regrets qui rendaient entre eux l'union et la paix plus difficiles encore. Non seulement les successeurs affaiblis des Otlons et des Frédéric avaient vu s'évanouir entre leurs mains lavieille suzeraineté impériale sur la Pologne, sur le royaume d'Arles, sur le Danemark, sur l'Italie, mais ils s'étaient réellement montrés impuissants à faire œuvre de souverains, en constituant solidement, sous leur autorité ferme ettutélaire, la nationalité allemande, comme le faisaient alors les rois de France, d'Angleterre ou d Espagne, et en lui donnant des institutions conformes à son génie. L'empereur Maximilien, le dernier souverain allemand du moyen âge et le second fondateur de la maison

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