ULRICH DE HUTTEN; PAMPHLETS POLITIQUES
Ulrich de Ilutlen ; pamphlets politiques
On allendait beaucoup en Allemagne de Charles-Quint, et toutes les espérances, qui s'agitaient autour de son nom, prouvent surabondamment que la nation était dans un état de crise morale et politique dont Lulhei- n'était point l'auteur mais l'une des manifestations, il est vrai, bientôt la plus considérable. Il n'y avait pas longtemps que le pamphlétaire liutten avait analysé les principales causes de la faiblesse et de l'anarchie de l'Allemagne. « Chose étrange disait-il, c'est la race la plus pure, la plus homogène de l'Eui-ope qui est la plus divisée-, la vraie cause de ce mal, c'est un désir elfréné d'indépendance, une haine invétérée de toute soumission. Personne ne veut obéir; l'empereur est impuissant à rétablir la paix, et l'empire est méprisé. Tous les Allemands sont braves mais ils n'ont de vertus que pour s'entre-déchirer. Ce sont de vigoureux athlètes mais il n'y a pas un soldat parmi eux et l'Allemagne est le champ clos où ils dépensent leurs forces à leur ruine commune, » et il ajoutait : « Il est temps que l'empereur fasse l'unité de la patrie. Les princes ne peuvent rien sans lui; il ne peut rien sans eux. Pour que l'empire soit fort, il faut qu'il ressemble à la main que les doigts libres mais réunis rendent plus forte et plus adroite. »
Mais le même écrivain qui imprimait un recueil de Lettres d'un publiciste allemand du xii'' siècle sur la querelle des investitures, au temps du pape Grégoire VU», semblait donner à ses sentiments nationaux et tout gibelins une ex-
I Op. Hutt, in, 545. De uniLale ccrlesiœ conservanda et schismate quod fuit inter flenr. IV' et Grcg. VU.
pression qui annonçait plus d'intentions belliqueuses contre la papauté que de désir d'établir l'ordre et la paix en Allemagne, en écrivant le panégyrique des vaillants empereurs du moyen âge, ces héros tout nationaux des temps chevaleresques et chrétiens, les Otlons, les Frédéric qui. dans l'intervalle des croisades contre les païens, avaient passé leur règne à guerroyer contre les papes, les Grégoire VII et les Innocent III. « Car depuis, disait-il, que les papes avaient prétendu opposer leurs décrets aux constitutions impériales et distribuer à leur gré les bénéfices ecclésiastiques, donations généreuses de la libéralité de nos ancêtres, ô honte! les Césars germains ont baisé les pieds d'un prêtre de Rome; les Teutons, comme s'ils avaient été vaincus, sont devenus les esclaves des esclaves de la délicatesse et de la débauche; et l'Allemagne a été livrée en pâture à l'Italie. Les empereurs Charles IV, Frédéric III n'avaient-ils pas, en effet, dû traverser l'Italie sans escorte pour recevoir la couronne à Rome et s'en aller le lendemain? Maximilien, qui avait désiré toute sa vie cet honneur, l'avait-il jamais obtenu? Espérons, continuait-il ailleurs, que le nouveau roi ne se laissera pas ainsi jouer et mépriser, lui et son peuple. C'en est trop que la nation allemande, celle à qui on demande le plus, soit, à Rome, la plus bafouée. Oui ! laïcs et clercs, nobles et vilains, femmes, enfants, marchands, valets se rient de nous à Rome . Il n'est pas jusqu'aux Juifs, ces esclaves de toute nation, qui ne nous poursuivent de leurs injures. Ce n'est pas à Rome seulement, c'est chez nous que ces Romains nous raillent; enpleinediète d'Augsbourg, le légat Caïetano, en voyant la magnificence de nos princes, clercs et séculiers, ne s'est-il pas écrié : « Les beaux palefreniers que nous avons! «elle pape l'oniain, le Florentin, ne prétendait-il pas interdire au