ULRICH DE IIUTTEN PAMPHLETS POLITIQUES
pctit-fils de Maximilien, parce qu'il avait ceint la couronne de Naples, de devenir notre empereur'.
« Et qu'est-ce, au dire du pamphlétaire, que Rome, ce •caravansérail où l'on Irouve des hommes de toute nation, des monnaies de tout genre, des conversations de toutes langues, où l'on ne rencontre que des courtisans, des prêtres et des scribes, où l'on erre au milieu des lieux saints, des vieilles ruines et des maisons suspectes. Eli mais, si le Christ préférait cette ville pour capitale, il la conserverait pure. Ce ne peut être en considération du lieu que Dieu fait choix d'un peuple, mais bien en considération du peuple qu'il fait choix du lieu où il établit sa justice. En Allemagne, la ville de Mayence ou celle de Cologne ne pouvait-elle aussi bien mériter d'être choisie de Dieu pour être la capitale de l'empire, même du Christ. » Et, arrivant à une conclusion qu'on n'attendaitpassitôt: « Il n'est besoin, dit-il, pour opérer cette révolution, de prendre les armes contre Rome qui crierait a. l'hérésie. Assez longtemps nous sommes allés nous faire décimer au-delà des Alpes. Mets toi-mrme la couronne sur ta tète, empereur! Que toute l'Allemagne s'entende, princes, chevaliers, villes, pour se passer de Rome; rendons les' élections épiscopales aux ciiapitres, sans confirmations, sans bulles romaines et sans pallium; réformons-nous nous-mêmes. Il suffira de laisserRomeà Iafaim,à la pesteetauxïurcsciuis'avancent. » Ainsi commencent à poindre, au sein même des passions ■nationales et politiques, l'idée d'un empire lai'cindépenWant •de l'Église, d'une Église libre, nationale, allemande, en un •mot de la séparation, du schisme et, par conséquent, de la fuine de la hiérarchie et de la monarchie catholique, uniirerselle, du moyen âge.
tl, Trias rom, t. III, p. 434. — Ib. 432. — Ib. p. 491.
Cependant c'était à des arguments tirés du fond même de la théologie chrétienne qu'il était réservé d'ébranler le plus sérieusement cet édifice. C'était un enfant de TÉglise, un moine révolté qui devait porter le coup le plus terrible à cette autorité romaine une et triple à la fois, comme la tiare pontificale qui avait si longtemps dominé les esprits, les consciences et les intérêts.
Le vieil Érasme restait encore sur le terrain où il s'était placé. « H me semble, disait-il, que l'on avance plus par modération politique que par emportement. Ainsi, le Christ a amené le monde sous son obéissance. 11 vaut mieux crier contre ceux qui abusent de l'autorité des prêtres que contre les prêtres eux-mêmes. » Mais Érasme était dépassé; il ne s'agissait plus de lettres, mais de foi; vainement exprimet-il avec regret la crainte que Luther ne donne naissance à une nouvelle scolastique plus obscure et plus ardue que l'ancienne. Luther paraît et le culte des lettres pures s'eflace devant la passion de la théologie, comme la politique bientôt prendra place à sa suite. La Renaissance littéraire tourne à la Renaissance religieuse. Le jeune Mélanchton, « le petit grec », n'était venu à Wiltemberg que pour y enseigner la langue qu'il avait apprise du vieux Reuchlin. Auprès de Luther, il fait tourner sa connaissance du grec à l'étude plus précise de la Bible et des Pères. Après la dispute de Leipsick, il devient fervent théologien. Le premier, il dit que ce sont les Pères qu'il faut commenter avec la Bible et non la Bible avec les Pères. Car la Bible est le fondement, le rocher de la foi. Hors de là, il ne veut rien reconnaître. Le premier, dès la fin de 1519, il sonde déjà le mystère sur lequel repose tout le système de l'Église visible, le mystère de la transubstantiation, et il l'attaque dans son premier livre sur la théologie. Celui qui avait
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le courage de l'aclion et celui qui avait le courage dt; la méditation s'associaient à la même œuvre. Luther lui-même en marque bien la différence : « Je suis né, dit-il, pour me mettre aux prises sur les champs de bataille avec les partis et les démons. C'est pourquoi mes esprits sont pleins de guerre et de tempête. Il faut que je déracine les souches et les troncs, que je comble les flaques et les bourbiers. Je suis le grossier bûcheron qui doit prépai'er les voies et égaliser le cliemin. Le maître-ès arts, Philippe, s'avance tout doucement. Il cultive et il plante ; il sème et il arrose joyeusement. » Autour d'eux se groupe bientôt toute l'opposition allemande ; mais ils restent théologiens et cela fait leur force dans ce temps.
C'est le chevalier de Hutten, qui nous annoncera l'évolution des intérêts humains autour de la foi nouvelle. Il n'avait d'abord pas plus épargné ses sarcasmes aux auguslins et à Luther qu'aux autres moines ; maintenant, il regrette que sa position officielle auprès de l'archevêque de Mayence ne lui permette pas de se déclarer le compagnon du docteur contre le pape. Il le fait bientôt assurer sous main de ses sympathies par le jeune Mélanchlon.Tout à l'heure il lui écrira : « Le bruit court que tu es excommunié, Luther. Que tu es grand si cela est vrai ! On me dépeint à Rome comme un de tes partisans. J'ai toujours pensé comme toi. Si l'on croit que nous nous sommes entendus d'avance on se trompe. Quoi qu'il en soit, en toute occurence, je suis à toi; continuons à travailler à la délivrance de notre patrie; toi, avec succès, moi, selon mes forces. )' 11 savait, comme il le disait, son œuvre plus humaine et celle de Luther plus divine. Mais il s'efforçait déjà d'appuyer ses idées politiques d'arguments théologiciues, s'essayait à lire la Bible, pour emprunter quelques traits à
ce riche arsenal. Le chevalier-poète tentait de se faire théologien pour mieux ruiner Rome.
La doctrine luthérienne
On a prêté quelquefois à Luther le dessein d'affranchir scientifiquement l'esprit humain, la raison humaine, de l'autorité, et politiquement l'Allemagne de la suprématie romaine. Erreur! C'est à Hutten, un homme de la Renaissance qu'il faut attribuer celte pensée. Luther surtout est d'abord un moine exclusivement préoccupé de théologie, très peu de littérature et de politique. 11 maltraite à la fois et le lettré Érasme et les princes qui ne songent qu'à leurs Étals; il accuse les uns et les autres d'oublier le Seigneur pour de misérables intérêts. La réforme entre ses mains est un mouvement tout d'abord purement religieux ; il veut retourner au christianisme primitif. Luther pratique la liberté d'examen mais sans la revendiquer en théorie, et pour la soumettre à la Rible. Il ne repousse pas l'autorité, il la déplace; mais l'ébranlement de l'autorité dans le domaine de la foi se communique par voie de conséquence au domaine de la politique ; et, sans le savoir, sans le vouloir, le théologien Luther affranchit d'autant mieux l'esprit d'examen du servage de la scolastique et le pouvoir politique du joug du droit divin, qu'il ne paraît préoccupé que de délivrer la conscience chrétienne de la servitude de la tradition romaine.
Voyez comment Luther est mené peu à peu à ébranler tout par voie de conséquence. Retombé sur lui-même, après le fameux tournois Ihéologique de Leipsick, où il a reconnu Jean Huss comme son précurseur, rattaché sa doctrine à celle des premiers Pères et déclaré ne reconnaître d'autre