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LA DOCTRINE LUTHÉRIENNE

fondement de la foi que la parole évangélique, il voit, dan s les chrétientés primitives de l'Orient et de la Grèce, les vrais membres de l'Église universelle. Il ne craint pas de faire cause commune même avec ceux que Rome traite d'hérétiques. 11 se reconnaît en eux comme il les reconnaît en lui-même, il proid partout les armes qu'on lui offre. 11 lit le livre de Laurent Valla sur la fausse donation de Constantin et s'écrie: «Mais quelles ténèbres, quelle méchanceté! » 11 étudie l'histoire de son pays, ses luttes contre la papauté et ses revers, et il s'indigne. Il hésite encore cependant à proclamer le schisme quand de plus ardents déjà, comme Hutten, jettent le cri de guerre: « A vos tentes, Israël; le sort en est jeté! Vive la liberté!» Mais bientôt le paysan de la Tliuringe, le bûcheron patriotique s'éveille et s'effarouche plein de colère et dissipe ses scrupules: « Trop de folie déplaît aux hommes, écrit-il à Spalatin, mais trop de sagesse déplait à Dieu. On ne petit défendre l'Évangile sans tumulte et sans scandale. La parole de Dieu est une épée, elle est une guerre, elle est une ruine, elle est un scandale, elle est une destruction et, ainsi que le dit le prophète Amos, elle est comme un daim dans le chemin et comme une lionne dans la forêt '. »

Le théologien Jean Eck, en revenant à la charge, déchaîna décidément Luther. Après son départ de Leipsick, encouragé par la condamnation lancée par les universités de Cologne et de Louvain contre son adversaire, Eck s'était dirigé sur Rome avec un livre qui tendait à établir l'autorité de la tradition et l'infaillibilité pontificale, pour y demander contre le moine augustin une bulle de condamnation. Les Fugger, banquiers des indulgences, avaient, dit-on, défrayé son voyage en Italie. La commission nommée, désireuse de

» Luiii. Epp. 1, p. 47.

défendre Rome sur toute la ligne, réveillait le procès endormi de Reuchlin et avertissait l'archevêque de Mayence de cesser de couvrir de sa protection le pamphlétaire Hulten. Effrayé, Luther écrivait encore une fois à Léon X, essayant de séparer sa personne de celle de ses prédécesseurs, de la cour, où il était, dit-il, comme Daniel dans la fosse aux lions ou un agneau au milieu des loups. Mais, le 16 juinl520, après une discussion à laquelle Jean Eck prit part, le sacré collège rédigea la bulle qui devait faire éclater le schisme. Après avoir condamné la doctrine contenue dans ses livres, elle déclare Luther, s'il ne se rétractait dans l'espace de 60 jours, hérétique opiniâtre, retranché comme une branche pourrie du tronc de l'Église, et elle somme toutes les puissances chrétiennes de l'appréhender au corps et de le livrer entre les mains du pape. Le pape, par un grand défaut de tact au moins, adjoignit à son cardinal légat Aléandre, le docteur Eck., pour aviser en Allemagne à l'exécution delà sentence.

Ce fut quand Jean Eck arriva porteur de sa bulle que Luther, pour dévoiler enhn, dit-il, les mystères de l'antichrist publia ses deux fameux livres de la Capiioité de Babylone et de la Réforme de l'Église adressée à la noblesse allemande; ils contiennent l'un l'exposition complète de sa nouvelle doctrine, et l'autre le projet d'organisation de sa nouvelle Eglise, c'est-à-dire toute sa réforme intérieure et extérieure ; et, pour la première fois, après avoir longtemps écritenlatin, parce qu'il voulait seulement avertir les savants et les lettrés, il écrit enfin en langue allemande. Quand la bulle latine arrivait, c'était faire la nation entière juge entre Rome et lui.

Le premier livre exclusivement Ihéologique déduisait toutes les conséquences du fameux principe du salut par

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la foiel l'amour. Il commence d'une façon terrible: «Que je le veuille ou non, dit-il, je deviens chaque jour plus habile, poussé que je suis et tenu en haleine par tant de maîtres à la fois. J'ai écrit sur les indulgences, il y a deux ans, mais d'une façon molle qui me fait regretter vivement d'avoir donné mes feuilles au public. Il faut remplacer tout ce quej'ai ditparcette uni([ue proposition : Les indulgences sont des billevesées inventées par les llagorneurs de Rome pour faire perdre la foi aux hommes et s'emparer de leurs biens ; » et, passante d'autres pratiques du culte, il les attaque au nom de la grûce, telle qu'il la comprend; pour lui, qui croit la divine miséricorde du Crucifié assurée à ceux qui croient en elle, la messe n'est pas un sacrifice qui se l'enouvelle chaque jour à la voix du prêtre, pour opérer à sa voix le salut de chacun ; la messe n'est plus qu'une œuvre commémorative. « Prêtres, dit-il, où avez-vous vu que la messe fiït un sacrifice? Jésus s'est offert une seule fois; il n'a pas voulu que le premier venu pCU l'oftrir tous les jours La messe est le souvenir de son sacrifice. Qui sacrifie donne à Dieu. » Donc point de messes privées, La foi étant le point essentiel, suffisant, les œuvres, les pralicpies tombent d'elles-mêmes ! Il n'est plus besoin des sacrements institués par l'Église. Luther n'en reconnaît plusque trois, auxquels il ôte même le caractère spécial que leur avait donné le culte catholique : Le baptême, qui rend seulement capable de la foi, mais qui ne fait plus le chrétien, et (jui ne sauve pas, sans la foi ; la communion qui maintientdansla foi, mais qui ne peut justifierle péclieur; la pénitence qui peut rendre lagràce si on l'a perdue, mais par le seul fait du repentir et de la grâce, sans confession ni absolution;" œuvres et pratiques, dit-il, confession, satisfactions, inventions humaines ; tout cela t'abandonnera si tu te reposes sur les vaines pratiques de la sujierstition humaine. Le salut

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