Tome VII
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n'est-il pas offert à tous ceux qui croient?Quels que soient les péchés de l'homme, s'il croit, il ne peut perdre son salut. La foi seule acquise, les œuvres sont ajoutées par surcroît; aussi est-ce elle qui mérite le salut et non les œuvres qui n'en sont que la conséquence. » Enfin, le salut dépendant exclusivement de la foi, il est ou il n'est pas; parlant, point de purgatoire. Luther, pour alïranchir la grâce du sai^erdoce, limite ou fausse la miséricorde divine. Les invocations à la Vierge et aux Saints sont également inutiles. L'homme est sauvé par la mort de Jésus-Christ. Plus de purgatoire, plus de prières pour les morts, plus de couvents où s'étiole, où se corrompt, une jeunesse inutile. Voilà le premier ouvrage.
Le second ouvrage étend à l'institution du sacerdoce et à la discipline du culte les principes du premier. La créature étant mise directement par la foi en communication avec le créateur, et le salut mis à la portée de l'homme par la grâce, le sacerdoce n'est plus l'intermédiaire entre Dieu et l'homme. Le prêtre n'est plus cet oint du Seigneur que l'ordination rend capable de remettre les péchés et qui ne peut perdre ses grâces supérieures. Il n'a plus le pouvoir d'opérer, pour le salut de cha([ue homme en particulier, le divin niiracle, de créer Dieu pour le sacrifier de nouveau"; il perd son caractère indélébile, sa position sublime audessus de l'homme. « Les prêtres en sont venus, dit-il, non plus seulement à se croire supérieurs aux laïcs, mais à les regarder comme des chiens, indignes du nom de chréliens. L'office du prêtre c'est de prêcher. S'il ne prècbe pas, il n'est pas plus prêtre qu'un homme en peinture n'est un homme. » La communion sous les deux espèces ne sera donc point un pi'ivilège réservé aux seuls prêtres; elle appartient à tous les chrétiens, parce que tous sont égaux entre eux ; parce ([u'ils sont, ainsi que s'exprime énergiquement Lu-
ther, tous prêtres. « Par là, tombent l'autorité du pape et de la cour de Rome, et tout l'édifice de la hiérarc'iie. Plus de vœux, plus de cloîtres qui assurent plus directement le salut des âmes. Périsse le célibat qui est une occasion de scandale. « Entre les chrétiens il n'y a que des différences de fonctions, non d'institution; les clercs ne sont pas dans la société au-dessus des laïcs. Parmi les chrétiens > quelques-uns seulement, particulièrementanimés de l'esprit de Dieu, sont choisis par lui pour enseigner les autres, entretenir le culte de sa parole, et plusieurs, en plus petit nombre, pour surveiller ceux-ci. non pour les dominer. » Nous sommes tous ensemble consacrés prêtres par le baptême, comme dit saint Pierre : « Vous êtes tous prêtres et rois. » Voilà le vrai sacerdoce. Pourquoi l'Église a-t-elle accumulé tant de biens? Que l'empereur mette la Bible et un livre de prières entre les mains du pape et (ju'il laisse les rois gouverner, punir les méchants et protéger les bons. Le clergé, comme dans la primitive Église, ne doit rien posséder, ni terres, ni fiefs, mais vivre d'aumônes, pour le ramener à la simplicité, à la pureté des premiers temps. C'était bien là une double révolution, dans le dogme et dans l'Église. Elle enlevait l'àme, sur les ailes du mysticisme le plus hardi au-dessus de la région des (éuvres et des pratiques, au risque de la laisser retomber sans les secours que la tradition avait préparés à sa faiblesse ; elle abaissait l'Église, en lui enlevant ce qui avait fait sa puissance et ses périls, au risque de la laisser sans intluence sur les consciences et à la merci de l'État. La parole de Luther n'en avait cependant que plus de puissance pour ravir les esprits. Ce qui avait dominé jusqu'alors sur la conscience et dans l'Église, c'était l'autorité. La première parole de liberté devait être saluée avec enthousiasme.
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Lettrés et docteurs, qui voyaient dans l'œuvre de Lullier la conséquence de leurs études, et ne trouvaient dans l'autorité ecclésiastique que des entraves ; moines et nonnes qui sentaient au fond de leurs couvents les chaînes de la discipline; princes laïcs, jaloux des ecclésiastiques, chevaliers ruinés qui convoitaient les richesses du clergé possesseur, bourgeois désireux de se soustraire à la juridiction ecclésiastique; manants à qui la dîme, les impôts étaient lourds et les indulgences coûteuses, tous répondent avec enthousiasme à ce cri de liberté, heureux de croire même leurs motifs égoïstes de haine ou de révolte légitimés par la parole de Dieu.
Tout concorde: le chevalier Ulrich de Hutten lui-même va vers Luther, comme Luther va vers lui. Il se fait théologien, voyant le moine se faire politique; et il s'adresse aussi au peuple allemand dans sa langue :« Je l'ai écrit d'abord en latin, » s'écrie-t-il, dans sa doléance et exhortation contre les papes. .Te le crie maintenant en allemand à la patrie tout entière ^: la nation est opprimée, le pays pressuré, les mœurs perdues. 0 Dieu! rends l'homme plus clairvoyant et la vérité plus visible. Non! non, la véritable Église n'est point à Rome ; l'Église c'est l'ensemble de tous les chrétiens. En vain vous fondez ordre sur ordre, comme si l'habit faisait l'homme pieux et non la foi. Le vrai ordre où il n'est point besoin de vêtement particulier, c'est la chrétienté ; prendre soin de son Ame, voilà la vraie religion, l'incomparable vêtement. Quoi, cet homme que douze valets soulèvent en litière dorée comme un impotent, pour donner la bénédiction, serait lechef de l'Eglise. Jésus, voilà le chef invisible, le seul, l'éternel ! >: l'AUe-
1 Op. Hutlen, t. V, p. 59. Lalein ich vor Qcschrieben liabe, lel^ schrci icJies an dus r^terland.