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LE NOUVEL EMPEREUR

mains et tenir sa première diète à Worms. Il était âgé de vingt-deux ans. Froid et pâle detigure, grêle de corps, quoiqu'il se tînt passablement à cheval et rompît une lance comme un autre, l'air sérieux, mélancolique même, il ne paraissait pas annoncer encore l'ambitieux et profond politique qu'il devint plus tard, et il ne représentait pas même extérieurement très bien la majesté impériale. Marguerite d'Autriche sa tante était sa conseillère. Guillaume de Croï, seigneur de Chièvres, qui était un modèle de réserve et de prudence pour son élève, était son ministre principal, et après lui Gattinara. Il se faisait lire d'ailleurs assidilment les rappoi'ts sur les plus importantes affaires, les examinait avec Sùin; et quelquefois, il prenait avec rapidité des résolutions qui étonnaient ses conseillers; et celles-ci une fois exprimées, il ne s'en départissait pas.

Déjà, à Bruxelles, cette petite cour bourguignonne, qui se voyait tout à coup chargée des destinées morales et politiques de l'Europe, avait été assaillie de sollicitations et de conseils de toute nature, qui témoignaient de l'agitation produite par la grande affaire du moment. Lutheravait fait pour l'empereur et adressé à Sa Majesté un abrégé vif et hardi de son livre de la Reforme adressée àia Noblesse allemande. Hutten était parti pour Bruxelles afin de lui remettre deux petits opuscules en guise de leçon d'histoire à l'usage d'un prince pour les circonstances présentes : « Que les empereurs ont toujours eu le droit de faire ou de déposer les papes ; comment les papes se sont toujours conduits à l'égard des empereurs. » Le premier livre était plus religieux, le second plus politique. Ils arrivaient à peu près au même résultat: Religieusement, ramener le dogme et la discipline à l'enseignement et à la parole évangélique ; polili([uement, alïranchir l'empire du droit divin, le sous-

traire à rimrailiant vasselage de Rome, en faire un Étal tout laïque, fondé sur l'union du souverain avec les États, princes, nobles et villes; séculariser les biens du clergé, en lui assurant d'honorables traitements, pour le ramener à la pureté et à la simplicité des premiers temps et faire ainsi du sacerdoce allemand une Église toute nationale. Il sufllsail de l'autorité de l'empereur, croyaient Lutheret Hutlen, pour opérer cette révolution que le roi Henri VIII fit un peu plus tard en Angleterre. Sa volonté pouvait commencer la régénération du pays, en séparant rAUemagne de l'Italie, en affranchissant l'empire de Rome. Tout s'opérerait aisément sous rimpulsion impériale; l'intérêt de l'empereur, de l'empire, de la religion, tout concordait.

Mais il n'était pas facile, pour les personnes et pour les écrits, de pénétrer auprès de l'empereur. Deux légats du pape, Caraccioli pour les affaires politi(iues, Aléander pour celles qui regardaient la religion, enfin Glapion, un moine franciscain, confesseur de Sa Majesté, faisaient bonne garde. « Ne comprends-tu pas, César, » avait dit Hutten, « qu'il s'agit dans tout cela de ta personne, de ton pouvoir. » Il dût quitter Bruxelles sous peine d'être arrêté. A mesure qu'ils s'avançaient en Allemagne, leslégatssentaienlcependant que le terrain se dérobait sous leurs pas. « L'Allemagne se détache de Rome, diraient ils, les princes se détachent du pape; encore quelques délais, quehiues ménagements et il n'y a plus d'espoir. » Aussi s'etforçaient-ils de montrer l'étroite solidarité de l'empire et de la papauté. « Menacer le Saint-Siège, disaient-ils n'est-ce pas menacer le saint empire? Vouloir se séparer de Rome, n'est-ce pas vouloir saper les fondements mêmes de son autorité? Sans la papauté, l'empire n'est rien en Allemagne; protecteur de l'hérésie au nord des Alpes, Charles pourrait-il même garder la

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