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leur paraissait trop élevé. Il en résultait pour l'Inde une véritable inondation de métal blanc que les besoins du commerce et la thésaurisation ne pouvaient pas absorber. Le gouvernement indien pensa que, pour y remédier, il suffirait de suspendre la frappe libre de l'argent et d'introduire progressivement l'étalon-or. Un Projet, voté lle 25 juin 1893, ferma en conséquence les Hôtels des Monnaies aux apports des particuliers et décréta que l’or serait échangé contre des monnaies d'argent au change fixe de une roupie pour 1 sh. 4 d. Les débiteurs de l’Inde n’ayant plus la possibilité de déprécier la circulation indienne par des envois de métal, il s’en suivit une contraction de la circulation qui, conformément à la théorie quantitative, fut favorable au change. Celui-ci se stabilisa, au bout de quelque temps, autour du taux de 16 pences pour une roupie. Mais cette stabilisation n'était durable qu’en période de balance des comptes active : en effet, si les dettes de l’Inde surpassaient ses créances, Îles débiteurs indiens devaient exporter de l’argent qui, sur les marchés extérieurs, était pris pour sa valeur réelle. Le change devait baisser. Pour remédier à ce danger, fut créée une puissante réserve d’or, en métal et en titres, où furent accumulés les souverains importés pendant les périodes de change favorable : c'est aux Indes la « paper currency reserve », à Londres la « currency chest ». En outre, avec les bénéfices réalisés sur la fabrication des roupies, fut constituée une «gold standard reserve », contenant principalement des
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titres, des consolidés et autres valeurs sterling, destinée à soutenir le change indien, en période de balance des comptes défavorable.
Ainsi naquit le Gold Exchange Standard du désir de stabiliser le change de la roupie et de conduire progressivement les Indes à l’étalon-or. À l’expérience, il se révéla viable, et il apparut bientôt aux économistes comme dépassant singulièrement le but modeste qu'il s'était d’abord proposé. On voulut y voir un moyen pour les pays pauvres d'établir l’étalon-or à peu de frais, un régime qui plaçait le métal jaune « à la portée de toutes les bourses ». Certains pays d'Amérique suivirent l'exemple des Indes et un Américain, Conant, mit en théorie ce que la pratique avait créé.
Pour Conant, la clé du système est dans la théorie quantitative : si des importations exagérées de marchandises provoquent des conversions excessives de monnaie intérieure en or, il en résulte une contraction de la circulation. Cette contraction amène une baisse des prix, d’où un essor des exportations de marchandises et un nouvel afflux d’importations d’or. L'équilibre se rétablit. En période de balance des comptes favorable, le processus est inverse.
La réalité, malheureusement, ne répondit pas pleinement à l’optimisme de l’économiste américain. Le système indien, à la suite d’une série de mauvaises récoltes, subit en 1908 une crise exceptionnëllement grave. Les réserves constituées pour parer aux déficits de la balance des comptes furent presque en-
tièrement épuisées (10). Si la crise avait duré quelques semaines de plus, le change de l'Inde se serait vraisemblablement effondré. D'autre part, les systèmes analogues, instaurés en Amérique, notamment aux Philippines, s'ils n'avaient pas échoué, avaient eu un succès au moins douteux. À la vague d’ optimisme succéda une vague de pessimisme.
À juger des choses impartialement, il semble que le Gold Exchange Standard n'était ni si bon ni si Mauvais qu "on lavait cru. Ce n était pas un régime parfait, capable de surmonter Hé innombrables difficultés auxquelles se heurte, à tout instant, la vie économique des peuples. Il avail sans doute des imperfections. Reposant sur la théorie quantitative, d'après laquelle Îles prix se modèlent exactement sur le volume de la circulation, il devait admettre des écarts dans son fonctionnement, comme la théorie elle-même souffre dans les faits des exceptions. C’est ce qui est arrivé aux Indes en 1908 : la restriction considérable de la circulation, provoquée par l'échange des roupies contre de l'or, n’a eu aucun retentissement sur les prix. Dans ces conditions, le coup de fouet à l’exportation ne s’est pas produit ; le mécanisme était rompu. Mais cet inconvénient, si grave qu'il soit, puisqu'il vicie l’économie même du
(10) Au mois de mars 1909, la Gold Standard Reserve contenait moins de 8 millions de livres sterling ; la Paper Currency Reserve était tombée à un million et demi de livres sterling, sur lequel 92. 000 livres seulement étaient possédés par les caisses indiennes (Voir Arnauné : on vie, Crédit et Change,
5° éd., p. 312-3713).
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système, n'est pas particulier au Gold Exchange Standard. Le régime de l’étalon-or lui-même connaît un phénomène analogue. On sait l'explication classique des mouvements du métal jaune sous un étalon-or parfait : l'excédent des importations sur les exportations conduit à des sorties de métal; il en résulte une contraction de la circulation qui doit aboutir à une baisse des prix, encourageant les exportations, rétablissant l'équilibre de la balance des comptes et ramenant l’or dans le pays. Ici aussi, il suffit que Îles prix ne suivent pas exactement le volume de la circulation pour que le mécanisme si sensible cesse de jouer ou ne joue qu'avec retard (11). Certes, la technique bancaire peut, à l’aide des variations du taux de l’escompte, précipiter une baisse des prix qui tarde à se produire, mais n’en est-il pas de méême, ou sensiblement de même, sous un régime de Gold Exchange Standard ?
Une série de balances des comptes défavorables est pour un pays, sous quelque régime monétaire qu'il soit placé, un événement fâcheux. Admettons même que sous l’étalon-or de change, il soit particulièrement fâcheux. L’épuisement des réserves est la ruine du système, tandis que l'accumulation de trop fortes réserves enlève au système son principal
(xx) Voir à cé sujet Keynés, op. cit., pp. 184-185 et, notamment : « Le défaut du régime d’avant-guerre... était qu'il était trop peu sensible ».
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avantage : celui d’être assez peu coûteux (12). En résulte-t-il que, devant ce danger très réel, on doive renoncer au Gold Exchange Standard ? Comme le fait remarquer avec infiniment de justesse Conant, l'hypothèse des balances des comptes défavorables, dans le cas d’un étalon-or de change, est assez analogue à l’hypothèse d’une présentation simultanée à une banque de tous les billets qu'elle a émis. De même que cette éventualité n’a pas empêché les banques de naître et de se développer, de même la menace de déficits de la balance des comptes ne saurait vicier irrémédiablement le système du Gold Exchange Standard.
Non seulement le Gold Exchange Standard ne fut pas abandonné, mais il alla se multipliant et se perfectionnant. La guerre, d'abord, lui fournit l’occasion d’applications intéressantes : il parvint à stabiliser les changes anglo-égyptien et franco-algérien. C’est ainsi qu’en Egypte le taux de stabilisation fut fixé à 97 piastres et demie pour une livre sterling et que, malgré une balance des paiements très défavorable à l'Angleterre, le change se maintint stable à ce cours (13). D'autre part, à l’usage, le
(12) On peut, il est vrai, accumuler des titres au lieu d’accumuler de l'or. Maïs on se heurte alors à la difficulté de les négocier en masse, difficulté qui se présenta en 1908 et qui obligea la Banque d'Angleterre à intervenir et à racheter ellemême les titres de la Gold Standard Reserve pour soutenir Îles cours. C’est, du reste, le même problème qui se pose pour les banques dans la composition de leur actif.
(13) Voir à ce sujet le cours de M. Rist, 1925-1926.
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systètne se perfectionna et S'assouplit. On vit apparaître, à côté du Gold Exchange Standard ce que l'on a pu appélér un Crédit Exchange Standard, dañs lequel les crédits détenus pat ün paÿs dans les banques étrangèrés jouent le rôlé de la résérve d'ôr et où la réglementation du crédit à l’intérieur cofrespond à là Suspeïision de la frappé libre où à la réglementation de l'émission. Un mécänisme aussi subtil demande un paÿs où là téchnique bancaire ait atteint un haut développement. C’est Ië cas de la Nouvelle- Zéländé et en partié dé l'Australie. M. À. H. Tocker a pu démotitrer que lés deux traits esséntiels du Gold Exchange Standard se retrouvent dans ces paÿs : les banqües sont toujours eh état dé fournir dés moÿens de paiement extérieurs grâce à leurs soldes créditéurs dans les banques étrangères, particulièrement anglaises ; elles sont, d'autre part, toujours en mesuré de restreindre où de développerlle crédit à l’intérieur, cé qui revient à dire d’échängér dé la morifiaié na: tionale contre de là thonriaié étrañgère. En Nouvéllé-Zélande, notämmeënt, le préMier püint ést obtenu à la faveur de balances des comptes favora: bles, lé second par uné telle élasticité du crédit que les dépôts dans les banques néo-zélandaises augmentent et diminuent parallèlement à l'augmentation ou à la diminution des crédits détenus à Londres par la Nouvelle-Zélande. Ïl en résulte que, lorsque la réserve de crédits s’épuise, les dépôts däns les barques de la colonie diminuent, les prix baïssent, les exportations sont favorisées et 18 sÿstèmié rétrouve son équi-
libre. L'auteur montre, d'autre part, que c’est cette absence d’élasticité qui, en empêchant une hausse des prix, qui eût découragé les exportations, de se produire, à failli provoquer en Australie une hausse du change au-dessus du pair (r4).
Au Gold Exchange Standard ainsi développé et perfectionné, l’après-œuerre devait ouvrir de larges perspectives. Il présentait, en effet, sur l’étalon-or parfait des avantages indéniables. Au premier plan, son économie de métal. I] facilitait par là aux nations appauvries par la guérre le moyen de stabiliser leur change sans qu’elles éussent à recourir à l’accumulation onéreuse de stocks d’or considérables. T1 permettait én outre d'éviter cette demande aiouë de métal jaune, familière aux périodes d’après-œuerre, qui
avait provoqué un siècle auparavant une longue dé-
pression des prix. Demandé qui risquait d’être d’autant plus difficile à satisfaire que la production des mines d’or accuse dans ces dernières années un ralentissément sensible. Le système du Gold Exchange Standard avait d'autre part l’avantage de ne pas bouléverser les habitudes des populations. Les individus, pendant la guerre, se sont déshabitués de l'or ; et il semble que les pièces d’or, aussi séduisantes qu’elles soient, aient du mal à reconquérir leur place (15).
(14) Voir à ce sujet le très intéressant article de M. AH. Tocker, dans l’£conomic Journal, 1924, décembre, p. 556-579.
(15) C'est ainsi qu'en 1922 la réintroduction de l'or en Suisse s’est heurtée au peu d’emipressement de la population à s'en servir.
Le Gold Exchange Standard avait comme autre avantage sur l’étalon-or parfait une plus grande souplesse : la possibilité d’avoir des réserves d'or non seulement dans les caves de la Banque Centrale, mais sur les principales places du monde, donne au système une sensibilité, une promptitude de réaction contre les fluctuations internationales du change, que le régime d’avant-guerre ne connaissait pas. Enfin, le Gold Exchange Standard, en devenant un « Credit Exchange Standard », faisait place à cètte politique des crédits extérieurs préférés à l'or dont le développement n'est pas un des traits les moins curieux de l'après-guerre (16).
Rien d'étonnant, dans ces conditions que la Conférence Economique de Gênes de 1922 ait pu recommander l'étalon-or de change à l'attention des pays désireux de revenir à l'or (Résolution IX) et qu'il ait trouvé, dans la pratique, de nombreuses applications. Sans parler de tous les pays qui y ont recouru, sans faire allusion, par exemple, au Ghili et à la Finlande, à se limiter aux nations qui sont retournés à l'or le même jour que la Grande-Bretagne, à savoir les Pays-Bas, les Indes Néerlandaises, l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, tous,
(16) Tandis que certaines banques centrales, comme la Reichsbank, vendent leurs avoirs étrangers pour accumuler de l'or, d’autres, comme la Banque des Pays-Bas et celle dè l'Afrique du Sud préfèrent à l'or des crédits étrangers (Memorandum sur les Monnaies et les Banques Centrales, 1925, Pu* blications de la Société des Nations, Questions économiques et financières, 1926, Il, 28, p. 64 et s.).
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parmi ces Etats, sauf l'Afrique du Sud, renonçant à établir un étalon-or parfait, ont adopté Île Gold Exchange Standard. Cette quasi-unanimité est, nous semble-t-il, le meilleur jugement que l’on puisse porter, en terminant, sur la valeur du système. Et, du reste, à y réfléchir un peu, l’adoption du Gold Exchange Standard par l’Angleterre, patrie s’il en fut des saines doctrines monétaires, n'est-elle pas, en définitive, pour cette forme d’étalon-or, si séduisante et si discutée, la meilleure consécration qui soit ?
Il nous reste à examiner brièvement — après ce long exposé du Gold Exchange Standard qui nous a paru indispensable pour replacer la réforme anglaise dans son cadre — les particularités que présente le système en Angleterre.
Nous avons vu que le Gold Exchange Standard a pour but de lier indissolublement à l’or une monnaie métallique autre que l’or ou une monnaie de papier, pour moyens, dans le premier cas la suspension de la frappe libre, dans le second la réglementation de l’émission des billets et du volume du crédit. Comme il s’agit en Angleterre de lier à l’or une monnaie de papier, le problème qui se pose à elle est de réglementer l'émission des billets et le volume du crédit, de façon à toujours proportionner les moyens de circulation aux besoins des transactions
intérieures. Quant à la suspension de la frappe libre, prévuë sous la lettre c, 1° de l’article I du Gold Standard Act, elle 4 uni tout autre but : celui d'éviter que ñe soient tournées les dispositions précédentes relatives à l’inconvertibilité des billets et que ne soit par là supprimé un des avantages primordidux dé la réfornie : Son économie dé métal. Mais, notons-le bien, elle n’ést pas à la base du système. Si l’on compare, par exemple, là réforme indienne et la réforme anglaise, ce qui correspond à la suppression de la frappe libre de l’argent aux Indes, c’est, en Angleterre, la réglementation de l’émission ; quant à la frappe libre de l'or, elle aurait pu subsister, comme subsistait du reste aux Indes la frappe du mohur, sans que la réforme fût compromise. On risquait seulement d'aboutir à l’étalon-or parfait (17).
La deuxième condition du Gold Exchange Standard est, nous l’avons dit, la fixation d’un taux invariable d'échange de l'or contre la monnaie nationale. Ce taux d'échange c’est, dans la réforme anglaise, celui de 3 £ 17 sh. 10 À d., auquel la Banque est tenue de vendre de l’or. Dans ces conditions, les réserves de la Banque d'Angleterre constituent avant tout non le gage de la circulation de papier, que l’on
(17) Les raisons de cette suspension de la frappe libre de l'or, qui pourrait à première vue prêter à confusion, ne sauraient trop être analysées. Remarquons, du reste, que Ricardo, datis son Projet d’une circulation économique et sûre, admettalt “galement la frappe libre de l’or; mais il pensait qu’elle ne jouerait pas. C’est ce qui s’est produit dans l'Inde.
peut considérer, semble-t-il, comme entièrement fiduciaire, mais l'équivalent de ce qu'était, dans le système indien, la « paper currency reserve ». Pour ce qui est des crédits américains, on pourrait les comparer, si l’on veut, à la « Gold Standard Reserve » de l'Inde.
Enfin, comme dans tout régime de Gold Exchange Standard, la réforme britannique suppose pour réussir que la Banque sera toujours en mesure d'échanger de l’or contre de la monnaie nationale et de la monnaie nationale contre de l’or. C’est dire que la question de la balance des comptes a un intérêt considérable, puisque d'elle dépend, en définitive, l’approvisionnement de la Grande-Bretagne en métal jaune ; c’est dire, d’autre part, l'importance que prend la possibilité pour la Banque d'Angleterre et pour le Gouvernement de réglementer l'émission des billets et surtout le volume du crédit dont le rôle en Grande-Bretagne est essentiel.
Nous verrons dans Île chapitre suivant si le Trésor et la Banque, par une surveillance continue du marrhé monétaire, se sont acquittés, en toute perfection, de cette mission délicate.