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Ce régime d’étalon-or, sans circulation métallique intérieure, ce que les Allemands appellent une Goldkernwährung ou « circulation à noyau d'or », a pour origine théorique un Projet célèbre de Ricardo « tendant à l’établissement d’une circulation monétaire économique et sûre » (6). Déjà, avant lui, Adam Smith avait bien vu que l'avantage d’une circulation de papier sur une circulation métallique, c’est de libérer une certaine quantité d’or et d'argent pour leur donner une utilisation plus profitable, c'est, pour emprunter la belle comparaison de l’auteur de la « Richesse des Nations », de « transformer une bonne partie des grandes routes en bons pâtu-
M. Lansburgh, manque pour l'instant d'intérêt pratique, son intérêt théorique demeure entier. L'idée de se garantir contre une dépréciation de l’or est en soi fort intéressante. Voir à ce sujet l'expérience si curieuse tentée pendant la guerre par la Suède et rapportée par M. Cassel idans son livre remarquable : La Monnaie et le Change après 1914, chap. VITE, p. 94 et s.
(6) Voir Ricardo, Œures complètes. Edition des Prineipaux Economistes, Paris, 1847-48, p. 586 et s.
rages et en champs de blé » (7). À sa suite, Ricardo déclare : « L'introduction des métaux précieux à titre de monnaie peut à juste titre être envisagée comme un des pas les plus brillants qui aient été faits dans la carrière du commerce et de la civilisation industrielle. Mais le progrès de l'expérience et des lumières nous enseigne qu'il y a encore un pas à faire. et qu'il faut leur enlever cette fonction qu'ils ont si avantageusement accomplie à des époques moins éclairées ». Ricardo s'inspire ici de l’expérience des années qu'il vient de vivre. Au moment où il écrit, au lendemain des guerres napoléoniennes, la quiestion se pose, comme elle devait se poser un siècle plus tard, de savoir si la Banque d'Angleterre doit reprendre ses paiements en espèces. Et Ricardo répond (on croit entendre M. Keynes) : « Une monnaie de papier sagement dirigée marque un tel progrès dans les idées commerciales que je regretterais amèrement de nous voir ramenés par l'influence des préjugés vers un système moins avancé ». Et il continue : « Si l’on ordonnait à la Banque de reprendre ses paiements en espèces, on arriverait seulement à diminuer considérablement ses bénéfices sans produire d'avantages immédiats pour les autres membres de la société. Si l’on accordait aux porteurs de billets d’une, deux et même cinq livres, lle privilège d’avoir des guinées, leur choix ne serait certaine-
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(7) Adam Smith : Wealth of Nations, T. I, livre 2, ch. 2.
SE: à MA
ment pas douteux ; si bien que, pour satisfaire à de futiles caprices, on aurait substitué un agent très coûteux à un autre agent à bas prix » (8). Nous voici au passage essentiel, sur lequel semble avoir été calquée la réforme monétaire actuelle et qui fait honneur à [la prévision géniale de Ricardo : « Garantir le public contre toutes les variations qui ne seraient pas déterminées par celles de l’étalon lui-même, effectuer les mouvements monétaires au moyen de l’argent le moins coûteux, serait atteindre le degré de perfection le plus élevé auquel on puisse amener la circulation d'un pays. Or, on obtiendrait tous ces avantages si l’on obligeait la Banque à délivrer au lieu de guinées, et en échange de ses billets, des lingots d’or et d'argent, évalués au titre et au prix de la monnaie : de cette manière, toutes les fois que le papier descendrait au-dessous de la valeur des lingots, la Banque serait en même temps astreinte à
‘échanger son papier contre l'or au titre et au prix
de 3 £ 17 sh. l’once. Afin de ne pas surcharger les opérations de la Banque, les quantités d’or demandées en échange de papier au taux de 3 £ 17 sh. 103d.
(8) Il est intéressant de remarquer que le but recherché par Ricardo est avant tout d'établir une circulation économique. Celui-ci pense, en effet, que l'or pourra être utilisé à des emplois plus profitables. Mais, dans les circonstances actuelles, cet avantage du système préconisé par Ricardo semble douteux. Les demandes de l’industrie sont incapables d’absorber la production d’or mondiale. Si bien que les Banques Centrales devront poursuivre leur politique des fortes réserves. Comme le dit avec raison l’auteur d’un article suggestif de l’Economist (11 juillet 1925), « la nécessité de garder de l'or improductif est un élément inhérent au système de l’étalon-or ».
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et celles offertes devraient être de vingt onces au moins. En d'autres termes, la Banque serait obligée, à partir de vingt onces, d'acheter toutes les quantités d’or qui lui seraient offertes au prix de 3 £ 17 sh. l'once et de vendre celles qui lui seraient demandées au prit de 3 £ 17 sh. 10 + d. et le soin qu’auraient ses administrateurs de régler la masse de leur papier la garantirait contre tous les inconvénients qui pourraient résulter pour elle de ces dispositions. La loi devrait laisser en même temps importer et exporter sans entraves tous les lingots. Ces opérations sur les lingots seraient d’ailleurs très rares, si la Banque s'attachait à rapporter ses avances el ses émissions au critérium que j'ai déjà si souvent indiqué, critérium qui consiste dans le prix des lingots au titre, indépendamment de la quantité générale de papier en circulation ». Et Ricardo de conclure : « Sous l'empire d’un tel système, avec une circulation ainsi dirigée, la Banque serait affranchie de tous les embarras, de toutes les crises. Les seules éventualités qui pourraient l’atteindre sont ces événements extraordinaires qui jettent la panique sur tout un pays et font que chacun recherche les métaux précieux, comme le moyen le plus commode pour réaliser ou cacher sa propriété. Il n’y a pas de système qui puisse garantir les Banques contre de telles éventualités ».
I} semble, à lire ce texte, qu’il soit à la base de la réforme que nous étudions. Nous y retrouvons la suspension des paiements en espèces, la circulation
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de papier gagée sur des lingots d’or, la vente de l’or à prix fixe par la Banque, avec la même stipulation que les quantités d'or demandées devraient être supérieures en poids à une certaine limite (avec une différence dans la fixation de cette limite, sans importance pour le principe), enfin la libre exportation de l'or. Le Projet de Ricardo ne se différencie de la loi actuelle que par la nécessité pour la Banque d'acheter l'or qu’on lui apporte à un taux fixe et dans le maintien de la frappe libre, même à l’usage des particuliers.
Pourtant, quelques grandes que soient les analogies que nous puissions relever entre les propositions du célèbre économiste et la réforme actuelle, il est peu probable que Ricardo soit l’inspirateur direct du Gold Standard Act. Les auteurs de la loi de 1925 avaient en effet présent à l’esprit un autre système, beaucoup plus récent, puisqu'il date à peine de la fin du siècle dernier, et qui a l'avantage sur le Projet de Ricardo d’avoir été mis en pratique. Nous voulons parler du système connu sous le nom de Gold Exchange Standard.
ET * * Le Gold Exchange Standard ou étalon-or de change a pour but de lier indissolublement à l'or une monnaie métallique autre que l’or ou une mon-
naie de papier. Il a pour moyens la suspension de la frappe libre ou l’arrêt de l'émission et de l’expan-
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sion du crédit selon les cas, et la fixation d’un taux d'échange de la monnaie nationale contre de l'or, taux qui doit être à l’avenir le cours invariable du change ; il suppose que le gouvernement et la Banque seront toujours en mesure de livrer de l’or pour les besoins du commerce extérieur et seuls maîtres d'adapter le volume de la circulation nationale aux besoins du commerce intérieur.
Comme le dit excellemment M. Baudin : « Le Gold Exchange Standard n'est pas le fruit des recherches d’un savant : il a été créé par les faits euxmêmes ; il n’est pas né dans le cerveau d’un penseur ; il a jailli d’un ensemble de circonstances et il nous offre un des plus admirables exemples que l’on puisse trouver de cette spontanéité des phénomènes économiques qu'Adam Smith a si bien mise ea lumière » (9).
C'est aux Indes qu'il a fait son apparition dans les dernières années du dix-neuvième siècle. Avec la dépréciation du métal blanc, le change de l’Inde n'avait pas cessé de baisser ; de 1876 à 1890, la roupie était passée de 2 shillings à 1 sh. 4 d. Les débiteurs de l'Inde, ayant la possibilité de faire transformer des barres d’argent en espèces libératoires, trouvaient en effet plus avantageux d'acheter des lingots d'argent sur les marchés européens et de faire des remises de ce métal, lorsque le cours du change
(9) L. Baudin : Le Goid Exchange Standard, dans la Revue des Sciences Politiques, 1924, p. 206-274.