‹ La Réforme Monétaire anglaiseChapitre 2 sur 31 · RUES · texte numérisé non relu

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reusement, ne réussit pas. Le métal jaune continua à s'infiltrer dans la circulation suédoise et les dirigeants de l’Institut d'Emission, devant les profits qui en résultaient pour eux, n’eurent pas la vertu nécessaire pour arrêter la planche à billets.

Les Etats-Unis furent plus heureux. Si, durant la guerre, l'inflation d’or y sévit aussi, ils parvinrent après la crise économique de 1921 à maintenir la stabilité des prix, malgré les quantités d’or prodigieuses qu'ils ne cessaient d'importer, en augmentant la couverture métallique de leur circulation et en substituant des certificats d’or intégralement gagés à des billets de banque en partie fiduciaires. « Politique coûteuse qui consiste à enterrer dan les caves de Washington ce que les mineurs du Rand ont péniblement amené à la surface » et qui aboutit à donner à l’or une valeur artificielle.

Tandis que dans les pays neutres et aux Etats- Unis, diverses expériences étaient tentées sur l’étalon-or, l’étalon de papier, chez les belligérants, inspirait aux économistes d’intéressantes réflexions. L'idée que la valeur d’une monnaie dépend en définitive bien plus de son utilité et de sa plus ou moins grande rareté que de sa valeur intrinsèque les conduisait à penser qu'il suffirait de réglementer concurremment le volume de la circulation de papier et du crédit pour obtenir une monnaie étalon dont la stabilité dépasserait de beaucoup celle de l’or et dont la souplesse correspondrait mieux aux conditions économiques complexes de l’après-gœuerre. C’est la théo-

rie de la « monnaie dirigée », infiniment séduisante et qui n’a que le tort très réel d’être en avance sur son temps.

Les conséquences désastreuses du papier monnaie dans certains pays européens au lendemain de l'armistice devaient détourner la plupart des Etats d’une circulation purement fiduciaire et les inciter à revenir au métal jaune. Les événements ne se sont pas fait attendre. Suceessivement, et par des voies diverses, plus de vingt pays ont rétabli l’étalon-or. D'autres s'apprêtent à les suivre. Selon l'expression

d'un banquier anglais « le monde entier retourne à

son ancien amour ».

Mais cette résurrection du passé ne saurait être complète. L'expérience des dernières années ne peut être perdue. L'idée de « monnaie dirigée » que létalon de papier avait fait naître tend à s'appliquer à l'or. De plus en plus on songe à réglementer la valeur du métal jaune. Aïnsi se poursuit une évolution

que nous avions vu débuter à la veille de la guerre

dans la conduite que tenaient alors les Instituts d’Emission. L'avenir lui appartient.

Parmi les réformes monétaires récentes qui ont eu pour principe le retour au métal jaune, celle accomplie par le Royaume-Uni en avril 1925 nous a paru particulièrement digne d'attention.

L'Angleterre était, avant la guerre, le pays par

excellence de l’étalon-or. M. Hartley Withers pouvait écrire en 1911 non sans quelque fierté : « Une monnaie immédiatement et incontestablement convertible en or, seul instrument de payement qui soit : universellement et toujours acceptable dans les pays économiquement civilisés ne peut être obtenue qu’à Londres ». Si l’on ajoute à cela que la technique bancaire approchait en Angleterre de la perfection, que le développement du crédit y avait été poussé aussi loin que possible, on comprendra que la Cité ait été avant 1914 le premier marché financier de l’univers.

Gette suprématie que la guerre lui avait ravie, la réforme de 1925 a eu pour dessein de la lui rendre. C’est assez dire l'importance qui s’y attache et cela suffit, nous semble-t-il, à légitimer notre choix. Mais d’autres raisons de l’étudier nous apparaissent.

Nous y trouverons d’abord un enseignement. La politique courageuse du Royaume-Uni dans les années qui ont préparé la réforme, les moyens aux-

‘quels il a recouru pour la réaliser et pour assurer son succès, enfin les conséquences qu'elle a eues sont autant de précédents à méditer. Dans la mesure où les comparaisons sont possibles, l'Angleterre nous mon-

tre la voie à suivre.

À cet avantage pratique s'ajoute, à nos yeux, un intérêt théorique plus profond. La Grande Bretagne, patrie de l’économie politique, est restée ce qu’elle fut. Des économistes comme Keynes et comme Hawt- ‘rey sont à la hauteur de l'héritage que leur ont trans-

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