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L'AVENIR DE LA RÉFORME

L'impression qui se dégage des pages précédentes est, nous semble-t-il, la suivante.

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L’Angleterre, à peine la guerre finie, a, par un effort méthodique et courageux, cherché à assainir ses finances et à rétablir l’étalon-or. Elle y est parvenue en 1925, dans les conditions particulières que nous avons exposées en détails et, depuis lors, le Gold Exchange Standard y a parfaitement fonctionné. La livre sterling est restée proche du dollar et ses variations n’ont presque jamais dépassé les limites des « gold points ». Quant aux conséquences économiques du retour à l'or, bien que momentanément graves, elles n’ont été que passagères et elles n’ont en rien compromis le succès de la réforme.

L’assainissement de la monnaie et des finances britanniques s’est accompagné d’un assainissement parallèle du crédit. Nous avons vu que l'actif des principales banques anglaises tend à reprendre la physionomie qu'il avait avant le conflit mondial. Le ta-

bleau suivant qui se rapporte aux bilans de fin d’année des dix-huit des principales banques anglaises marque bien cette tendance

Espèces en caisse

et à la Portefeuille Escomptes Banque d’An- de et gleterre o/o titres o/o Avances o/o 1913 .... 235.958.000 24.3 121.238.000 12.6 539.800.000 56 1924 .... 437.889.000 20.9 361.416.000 17.3 1.132.070.000 54.3 1925 .... 441.787.000 @1.3 317.572.000 15.3 1.167.952.000 56.3 1926 .... 444.014.000 21.1 8307.661.000 14.6 11.216.637.000 57.9

Le dégonflement du portefeuille de titres qui revient progressivement à ce qu'il était avant la guerre en est le fait le plus saïllant. Comme le faisait remarquer excellemment M. Lescure en 1926, c'est l’acheminement vers une situation normale, la substitution du crédit privé au crédit public, la reprise par les banques de la maîtrise du crédit (1). Si l’on ajoute que, malgré la grave crise économique la prospérité bancaire ne s’est pas un instant démentie (2), on voit que les finances anglaises, tant celles de l'Etat que celles des groupes privés, sont en train de redevenir ce qu’elles étaient avant la guerre : les meilleures finances du monde.

(1) Voir M. J. Lescure : Le redressement du crédit en France et en Angleterre, dans la Revue Economique Internationale, octobre 1926, p. 7-35.

) Selon l'observation juste, mais peut-être un peu

ls banquiers de la Cité, c’est le privilège

es üë gagner autant dans les moments difficiles que

dans les périodes de prospérité, ici, en finançant des affaire,

là, en avançant de l'argent aux industriels et aux commerçants gênés,

Comparée à une telle prospérité, la situation critique de l’industrie anglaise frappe d’autant plus les esprits et l’on s'explique aisément que nombre de gens aient cherché dans l’opulence des uns la cause de la misère des autres. C’est une opinion courante parmi les « Anglais moyens » que les divers gouvernements qui se sont succédés depuis l'armistice, à l'exception peut-être du cabinet Mac Donald, ont eu pour secret dessein de sacrifier les industriels de Birmingham et de Manchester, les ouvriers de la mine, de la filature et du chantier de constructions navales aux financiers de la Cité, aux fonctionnaires et aux rentiers de l'Etat. Des économistes même y ont vu le signe de l’apparition d’une nouvelle phase dans l’histoire du Royaume-Uni, l’agonie de l'Angleterre industrielle, la naissance d'une Angleterre spécialisée dans les affaires de banque et de commerce international. Nous avons exposé, dans le chapitre précédent, notre manière de penser et nous croyons avoir montré que la vérité n’est pas là. La crise économique dont souffre l'Angleterre n’est pas la rançon de sa prospérité financière, mais la conséquence de l’appauvrissement que la guerre a créé. Ce déstquilibre, du reste, ne lui est pas particulier : on pourrait le retrouver dans d’autres pays d'Europe, tant il semble que le désordre économique, legs du conflit mondial, soit un mal d’un caractère plus grave que le désordre monétaire.

Si délaissant désormais ce qui fut pour nous tourner vers ce qui sera, nous essayons de prévoir

l'avenir de la réforme et les écueils qu’elle peut rencontrer, les quelques remarques qui précèdent nous commandent une distinction : ou l'Angleterre verra, avec ses finances saines déjà reconquises, son industrie et son commerce redevenir florissants, et le succès définitif du retour à l’or nous paraît assuré ; ou la crise économique persistera, et, dans ce cas, nos pronostics sont plus sombres. Il convient d'envisager ces deux hypothèses tour à tour.

Que le monde se relevant des ruines accumulées par la guerre retrouve son équilibre et sa prospérité d'autrefois, que l'Europe, en particulier, oubliant ses vieilles querelles et son provincialisme désuet, cherche dans la suppression des barrières douanières et dans la réalisation d’une vaste unité économique le large débouché dont ses industries spécialisées ne sauraient se passer, que l'Angleterre, surtout, revenant sur un orgueil traditionnel, mais illégitime, consente à réduire son train de vie plus en harmonie avec ses moyens, en un mot que l'essor industriel et commercial du Royaume-Uni renaisse, la Grande- Bretagne ne se repentira pas d’avoir rétabli l’étalon-or. Les difficultés auxquelles la réforme monétaire pourrait se heurter seront facilement surmontées par un organisme vivace. è

Parmi celles-ci, la première à retenir et, sans doute, la plus importante, c’est l’énormité de la dette

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flottante ef de la dette à court terme. La dette flottante se compose, nous l’avons vu, des Avances par Voies et Moyens de la Banque d'Angleterre et des Départements Publics et des Bons du Trésor. Ceuxci constituent une masse considérable qui a varié, dans le premier semestre de 1927, entre 671 millions de livres sterling et 563 millions. Au 27 août dernier, elle atteignait le montant de 614 millions.

Une dette flottante aussi forte semble, à première vue, un péril redoutable pour le Trésor qui l’a émise. Viennent les Bons à ne pas être renouvelés et le gouvernement voit se creuser dans son budget un déficit considérable. Tout l’assainissement financier

du pays peut être en un instant compromis. En fait,

pareille éventualité est-elle à craindre? Nous ne le pensons pas. En premier lieu, cette dette flottante semble entrée dans les mœurs monétaires du marché de Londres. Jusqu'ici, le Trésor n’a eu aucune difficulté sérieuse pour faire renouveler ses Bons aux enchères du vendredi. La politique monétaire, suivie par les dirigeants anglais depuis le retour à l’étalon-or nous a même montré que cette masse d’engagements à très court terme, floin d’être préjudiciable à la réforme, a servi indirectement au Trésor et à l'Institut d'Emission pour maintenir ferme le loyer

de l'argent. Il importe de noter aussi que les Treg-

sury Bills, étant en majeure partie dans le portefeuille des grandes banques anglaises, le péril qui peut en résulter est subordonné à la politique de celles-ci. Or leur bon vouloir ne peut être mis en

doute. Selon l'expression de M. Lescure « il n’y a pas en Angleterre de plébiscite des Bons, à moins de considérer comme une plèbe les Five Big de Londres » (3).

Il faut remarquer, il est vrai, que, si la dette a été jusqu'à présent facilement renouvelée, en période de dépression économique, il pourrait ne pas en être de même, le jour où les affaires se réveilleraient. La concurrence que ferait alors le commerce au Trésor risquerait de rendre plus difficile le placement des Treasury Bills. Déjà en 1920, dans des circonstances analogues, cette concurrence avait abouti à une crise grave. Soixante-trois millions de livres de Bons du Trésor ne furent pas renouvelés et l'Etat dut emprunter à la Banque d'Angleterre sur des à-signations de Voies et Moyens (4). Bien qu'une reprise des affaires aussi intense qu’en 1920 ne soit pas à prévoir, on ne saurait se dissimuler qu'il y a là pour le succès de la réforme un écueil assez sérieux. Mais le remède, heureusement, nous-paraît proche du mal. Le réveil de la prospérité, en effet, en redonnant au Trésor de forts excédents budgétaires, permettrait au Chancelier de l’Echiquier le retour à la courageuse politique d'amortissement qu’il a suivie jusqu'en 1923. Tandis que, dans les dernières années, nous l'avons vu précédemment, l’amortissement r‘el n’a pas dépassé 36 millions et 23 & millions de livres

LS

(3) Lescure, art. cit. ! (4) Voir à ce sujet G.E. Bonnet, op. cit.» jp. 109.

“ar 137 es

sterling, et cela malgré des annuités prévues au Ludget de 5o et de 60 millions respectivement, il y a toutes raisons d'espérer qu'avec un réveil des affaires, cet amortissement pourrait atteindre 100 millions de livres par an. Le danger d’un non-renouvellement de la dette flottante serait ainsi grandement atténué.

Le péril de la dette à court terme n’est pas, lui non plus, négligeable. Dans les très prochaines années, des échéances considérables vont se succéder. Il est intéressant, à ce propos, de comparer le chemin parcouru, depuis 1922 jusqu’au début de 1927, en matière d'amortissement et de transfert de la dette à court terme en dette à plus long terme, et le chemin qui reste à parcourir.

Dans les cinq années en question, le gouvernement anglais a remboursé ou converti près de £ 640 millions de dette à court terme : à savoir, £ 424 millions de National War Bonds en 1922 et 1029026 170 millions d’'Exchequer Bonds en 1925, £ 46 millions de Treasury Bonds. En outre, le total des National War Bonds qui restent à rembourser a été réduit de £ 776 millions à £ 706 millions, celui des Treasury Bonds remboursables en 1929 de £ 245 millions à £ 30 millions, soit 285 millions de réduction sur la dette exigible dans les années 1927 et suivantes. Enfin, la dette à long terme a diminué de quelques £ 8o millions et la dette flottante de quelques £ 200 millions. C’est ce que résume Île tableau suivant :

(en millions de Æ£) Réduction Nouvelles de la créations Dette de Dette Dette flottante ...... 200 Emissions nouvelles de Dette à court terme .. 929 Treasury Bonds .... 315 Dette aux Etats-Unis... 25 Augmentation du 5 % : Divers emprunts War:Loan is -40a60 à long terme 8o Augmentation créée par des emprunts 1230 de conversion (705 millions dont 175 nominaux) ...... 530

Ce tableau nous montre un transfert très im-

portant de dette à court terme en dette à plus long

terme, ainsi qu'un amortissement sensible, qui font

tous deux honneur à la politique du gouvernement

anglais. Mais le chemin à parcourir demeure long.

Au premier janvier 1927, la dette anglaise se

décomposait comme suit

Dette flottante :

Bons du Trésor

Avances des Départements Publics Avances de la Banque d'Angleterre

Dette à court terme :

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