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jaune ne nous paraît pas de nature à compromettre profondément le succès du retour à l'or. Elle présente, toutefois un inconvénient particulier à l’Angleterre. On n'ignore pas qu’en vertu du Bank Charter Act de Peel le chiffre de l'émission fiduciaire ne peut dépasser une limite fixe et qu'en conséquence la circulation des billets de banque et le volume du
crédit suivent servilement les variations du stock de
métal. Le jour, prochain peut-être, où, selon Iles indications du Comité Cunliffe, reprises, nous l'avons vu, par le Comité Bradbury, l’émission des currency-notes sera transférée à la Banque d'Angleterre, si le fonctionnement de celle-ci reste réglé par les termes de l'acte de Peel, la limite de l’émission fiduciaire se trouvant élevée jusqu'à concurrence du résidu d'inflation officiellement admis, il en résultera peut-être pour la circulation anglaise un certain manque d'élasticité. Survienne dans le monde une crise grave, d’origine monétaire ou autre, qui aura pour conséquence un drainage de l'or à l’extérieur, et une diminution sensible des réserves de la Banque, le volume de la circulation et par suite du crédit anglais pourra s’en trouver affecté dans des pro-
portions plus fortes que celles qu'eût légitimées l’im-
portance de la crise.
Ces considérations ont incliné certains économistes et certains financiers éminents. de la Cité à proclamer la nécessité de la révision du Bank Charter Act. Outre la menace toujours présente d’une crise, ils observent que dans les conditions monétaires
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actuelles, la circulation d’un pays a besoin de plus de souplesse qu'avant 1914 et M. Mac Kenna, qui est un des plus ardents champions de l’abrogation de l'acte de Peel, va jusqu'à prétendre que la prospérité de l'Amérique pendant ces dernières années s'explique par la politique libérale des Banques de réserve Fédérales. Aussi, est-ce à leur exemple, ou suivant Ja loi qui régit la Reichsbank, que devrait être conçu, d’après eux, le rajeunissement de l'Institut d'Emission britannique. Le volume des billets devrait être couvert par de l’or dans une certaine proportion qui serait fixée à 30 ou à 4o % et chaque fois que la circulation dépasserait le chiffre autorisé par le stock de métal, la Banque devrait payer une taxe qui augmenterait à mesure que la proportion d’or aux billets émis irait en diminuant. Hâtons-nous d'ajouter que cette proposition s’est heurtée à la résistance d’autres personnalités importantes des milieux économiques et financiers qui n’invoquent, à «léf d'autres arguments, que la fidélité aux vices : ditions britanniques.
Quoi que nous pensions d’une controverse où nous n'avons pas à prendre parti, et quel que soit le régime sous lequel la Banque d'Angleterre se trou-
vera placée à l'avenir, nous ne doutons pas qu'avec
leur merveilleux instinct financier, les Anglais ne parviennent, à surmonter les quelques autres obstacles d'ordre secondaire que le rétablissement définitif de leurs finances peut encore rencontrer sur sa route, L'habileté dont ont toujours fait preuve les
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dirigeants de la Banque d'Angleterre et du Trésor suffit à nous donner confiance. Déjà, avec l'adoption du Gold Standard Act, la prééminence de Londres comme marché monétaire s’est affirmée. Le jour qui ne saurait tarder, où, par l’unification des billets de la Banque et des currency-notes, l'assainissement des finances anglaises sera parachevé, nul ne songera à lui contester cette première place. La Cité sera redevenue le centre financier du monde.
Si, nous plaçant maintenant dans la seconde hypothèse, celle de la persistance de la crise dont souffre actuellement l'industrie anglaise, nous envisageons les perspectives qui s'ouvrent devant le retour à l'or, nos prévisions sont plus sombres. Sans doute, la Grande-Bretagne est-elle parvenue, malgré la dépression économique qui l’accable, à revenir au métal jaune et à maintenir la livre sterling au pair durant les deux ans qui se sont écoulés depuis la promulgation du Gold Standard Act. Sans doute, les finances anglaises ont-elles pu être assainies et la prospérité du monde bancaire reprendre, non pas au prix, mais en dépit de la crise industrielle. Maïs il y a là, à nos yeux} une situation qui, àvec le temps, deviendrait: paradoxale et qui ne saurait durer. La persistance du malaise écononiique; en aggravant de plus en. plüs les excédents d'importations sur les exportations, les importations de produits alimentaires
augmentant avec l'accroissement de la population, tandis que les exportations d'objets manufacturés varieraient peu ou diminueraient, conduirait au déséquilibre irrémédiable de la balance des comptes. Pour solder ses déficits incessants, l'Angleterre ne. pourrait indéfiniment songer à l’appoint des capitaux à court terme. Cette méthode qui était légitime exceptionnellement n’est pas un remède durable. Un jour ou l’autre, les capitaux flottants pourraient se lasser de courtiser la Cité. Ce serait le commencement de la décadence. Le cours de la livre s’effondrerait. Pour la soutenir, la Grande-Bretagne n'’aurait plus alors le choix qu’entre l’utilisation de ses réserves d'or ou la vente de son portefeuille de titres étrangers. Celles-là seraient vite épuisées. Ceux-ci seraient plus durables. Ils pourraient même assurer à l'Angleterre une certaine longévité. Mais que comptent un ou deux siècles en face des millénaires d’une civilisation ?
On a objecté, il est vrai, qu’à admettre la gravité de la crise industrielle, l'avenir du Royaume-Uni n’en serait pas compromis. Il en serait transformé. Renonçant à vivre de ses usines, comme il y a cent ans elle renonçait à vivre de ses terres, l'Angleterre vivrait de sa banque. Elle se spécialiserait dans cette branche du commerce international et ses placements étrangers lui fourniraient le complément de revenus nécessaires. Quoiqu'il nous paraisse diffcile d'imaginer que la prospérité financière de M Grande-Bretagne puisse survivre à son développe-