EU TE
portent pas ». Parfois même, il renferme des opinions discutables, notamment quand il affirme la nécessité d’une déflation pour faire baisser les prix.
Outre les critiques de détail que nous lui avons adressées au cours de notre étude, nous voudrions faire à ce Rapport un reproche d'ordre général : celui d’avoir passé sous silence, dans un examen du retour à l’étalon-or, le problème de l’or lui-même. Conseiller à d'Angleterre de rétablir l’étalon-or sans envisager la question du métal jaune paraît une gageure. Il semble que les membres du Comité Bradbury aient ignoré et les Résolutions de la Conférence de Gênes, et la politique du Federal Reserve Board, et les théories de M. Hawtrey sur la « gold managed currency », et les pages véhémentes où M. Keynes montre les inconvénients de l’or. Il eût été peut-être utile que les auteurs du Rapport méditassent ces inconvénients et réfutassent les arguments de M. Keynes. Ils auraient du reste trouvé un avocat éloquent en la personne d’un disciple de celui-ci, M. Mac Kenna lui-même. Ils n'auraient eu qu'à reproduire ce que l’éminent président de la Midland Bank déclarait au début de 1925 : « En l’état actuel des connaissances et des sentiments, un des plus grands avantages de l’étalon-or est son effel moral. Une nation aura meilleure opinion de soi, elle se sentira plus honnête si sa monnaie est convertible en or. La crainte d’être forcé de suspendre l’étalon-or agit comme un frein salutaire sur l’extravagance d’un gouvernement qui peut être prêt à af-
LR
fronter une simple fluctuation du change, mais n’osera pas suspendre les paiements en espèces. C'est un réel avantage pour une nation d’avoir une circulation fondée sur une valeur. universellement reconnue ; cela inspire confiance et facilite les transactions ;nternationales, Même si l’étalon-or n'était pas préférable pour d’autres raisons, son universalité serait décisive en sa faveur. L’argument repose peut-être sur des bases plus psychologiques qu’économiques, mais ce ne sont pas les moins puissantes, tant que nous n’avons pas atteint ce point où ce sont les considérations économiques seules qui nous guident pour juger de la désirabilité de telle méthode ou de tel système. Aussi longtemps que neuf personnes sur dix dans tous les pays penseront que l’étalon-or est le meilleur, il le sera effectivement » (27). Enfin, il eût été souhaitable aussi que les auteurs du Rapport se demandassent quelle influence l’adoption par l'Angleterre du « gold exchange standard » aurait sur la valeur de l’or (28). Ils seraient restés ainsi dans la tradition de Ricardo (29).
Malgré toutes ses imperfections, le Rapport du Comité Bradbury est appelé à occuper dans l’histoire des finances anglaises une place de premier plan.
(27) Mac Kenna : Discours à l’Assemblée Annuelle de la
Midland Bank, Economist, 1925. De (28) Voir à ce sujet un intéressant article de l'Economist, 11 Juillet 1925, p. 9r. s
(29) Ricardo, Mac Culoch's Edition, p. 468-469.
rs 47 re
Il vaut du reste par son bon sens et par un certain optimisme très britannique qui n’est pas pour nous déplaire : car nous pensons, nous aussi, que l’histoire peut se répéter et « qu’une politique financière courageuse est capable de surmonter avec une facilité surprenante de formidables obstacles ».
Les chapitres suivants nous diront si nous avons
raison ou tort