‹ La Réforme Monétaire en PologneChapitre 19 sur 36 · SR PAU · texte numérisé non relu

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destruction pendant l'inflation, et la réduction, par raison d'économies, des commandes de l'Etat, jusquelà fort importantes, on se rend compte que l’économie polonaise ne se trouvait certes pas dans les conditions réclamées, pour une adaptation facile et sans heurts au changement de politique monétaire résultant de la cessation de l'inflation. Un chômage croissant rapidement annonçait la gravité d’une crise commencée dans toutes les branches (100.530 en janvier — 159.060 en décembre). (Voir Tableau V.) L'industrie était dans une situation fort précaire, et de nombreuses entreprises ne travaillaient que deux ou trois jours par semaine, ou étaient en passe de s’arrêter complètement.

La hausse des prix de détail au-dessus du niveau des indices-or venait accentuer celle des salaires valorisés, et entraînait par là-même une élévation du coût de production, étant donné d’autre part la vive avance des matières premières. Il était donc de toute nécessité de pratiquer une politique d’abaissement du coût de revient, si l’on voulait parvenir à diminuer

la crise.

b) INFLUENCE DE LA POLITIQUE FISCALE

La politique fiscale inaugurée ne pouvait, bien au contraire, par sa mise en œuvre, que grever les prix de revient plus lourdement encore et au moment le

plus défavorable. Ces hauts prélèvements fiscaux, joints à la perte de substance de l’économie à la suite de l'inflation, augmentaient l’état de fait de disparition des capitaux de circulation et aggravaient la cherté de ceux qui subsistaient et, par conséquent la crise. Le prélèvement sur le capital, en particulier, avait été prescrit de façon accélérée par M. Grabski, alors que la stabilisation engagée venait de consommer définitivement et effectivement, un prélèvement d’une autre envergure sur le capital de toutes les classes possédantes, sur les biens desquelles la nation entière avait vécu durant l'inflation. Il y avait là, semble-t-il, une gageure que de vouloir, dans un pays où les fonds de roulement étaient sensiblement réduits, du fait de l'inflation, à nouveau frapper rudement et en un court laps de temps, le peu de capital qui avait pu échapper à la dépréciation successive des diverses monnaies étrangères circulant en Pologne lors de la reconstitution de l'Etat, puis à une inflation ininterrompue pendant cinq ans. L’échec complet allait prouver l’inopportunité d’un impôt qui avait en fait contribué grandement à paralyser l’économie du pays, et à augmenter l’envergure de la crise.

Cette politique massive fiscale s’était révélée en tous points anti-économique, et le pays, après un effort particulièrement discipliné et volontaire, avait fini par tout faire pour se débarrasser d’un poids qu’il

ne pouvait continuer à supporter. Cela devait amener le déficit budgétaire et, par suite une inflation nouvelle. Un tel rigoureux recouvrement des impôts avait dépouillé de ses derniers moyens d’exploitation le pays qui se trouvait sans le moindre argent comptant.

c) LE MANQUE DE CRÉDITS

Depuis la stabilisation jusqu’au fonctionnement de la Banque de Pologne, la pénurie des moyens de paiements avait été moins grande que vers la fin de linflation, en raison de la mobilisation des devises en marks, dont la circulation avait doublé en trois mois. Le manque de disponibilités s’était au contraire fait rapidement sentir fin avril 1924, au commencement de la liquidation de la P. K. K. P. par suite de la politique de crédits de la nouvelle Banque d'Emission. Le capital de cet Etablissement fixé à 100 millions de zlotys était fort restreint ; sa souscription en or et devises stables, entièrement couverte par le pays, avait elle aussi contribué au manque d’argent comptant, mais avait toutefois permis d'augmenter les réserves de change. Celles-ci constituaient avec l’or la couverture statutaire des billets dans la proportion de 30% ; elles commandaient donc, en fait, le volume de la circulation, qui atteignait fin décembre 1924, 550 millions (plus 123 millions de billon et monnaie de billon), montant fort réduit pour un pays

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