‹ La Réforme Monétaire en PologneChapitre 26 sur 36 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Des événements graves et inattendus sont certes venus contrecarrer l'exécution de la réforme, et l’on peut dire que M. Grabski a joué quelque peu de malchance. Ce fut d’abord la mauvaise récolte de blé et de seigle de 1924, inférieure de 30 % à celle d’une année moyenne, puis la crise mondiale du charbon et enfin la lutte douanière avec l'Allemagne à partir du 15 juin 1925. Tout ceci a contribué à influencer défavorablement la balance commerciale ; la guerre douanière, en particulier, fermait totalement le marché allemand aux produits polonais, qui devaient à tout prix et au milieu des mauvaises conditions de production, chercher à suppléer ce débouché jusqu'ici capital.

Ces faits donne une idée des principales difficultés surgies au moment où l’économie avait, malgré tout, fait quelques progrès dans ladaptation aux circonstances nouvelles, pour les branches dont les conditions de production avaient pu être améliorées, comme les centres pétrolifères et les industries du bois et du sucre.

Mais à vrai dire, si l’on admettait que ces circons-

tances fussent pour une part trop importante dans l’écroulement de la réforme, cela ne concourrait qu’à montrer davantage l’extrême précarité de cette dernière, puisqu'il aurait suffit d’une mauvaise récolte, de quelques difficultés d’exportations, — voire même de quelques fautes de tactique fiscale ou monétaire, — pour mettre en cause tout l'édifice dressé au début de 1924.

Aussi, tout en reconnaissant ce qu’il y eut de très fâcheux dans ces coïncidences, on ne peut leur attribuer entièrement l’échec d’une réforme, qui, à l’analyse, ne pouvait par son principe même mener bien loin le pays ; la longue période de stabilisation ne faisait illusion qu’à des esprits non avertis des conditions financières et économiques de la Pologne, au cours de l'exécution du programme fiscal et moné-

taire.

La crise économique dans laquelle s’est débattue la Pologne, tient avant tout dans les conséquences du développement d’une inflation particulièrement accentuée. Les troubles de la monnaie avaient été fort graves et très poussés dans ce pays ; aussi était-il nécessaire de prévoir une période de réadaptation pénible et longue, en raison de la contraction monétaire que la stabilisation n’avait qu’en partie atténuée. Les pertes de l’économie avaient été sévères, ainsi que

IE, RSR

le font ressortir les chiffres des dépôts et de la circulation. Rien ne pouvait du jour où cessait l'inflation, empêcher le développement d’une crise grave de rééducation économique avec toutes ses caractéristiques: capacité réduite de consommation, crise de production, diminution des exportations, rapide accroissement des faillites et du chômage.

Le pays avait donc besoin de grands ménagements pour s'adapter à la situation nouvelle. M. Grabski subordonnait au contraire toutes les considérations économiques à celles de l’équilibre d’un lourd budget, par l'application d’une fiscalité rigoureuse, au lieu de se soucier de pratiquer des économies sévères. Il avait pour ainsi dire, l'illusion de créer des capitaux en établissant le prélèvement sur la fortune. Son estimation de la capacité du marché intérieur, tant en matière d'impôts qu’en matière d'emprunts était par trop optimiste. Cette politique de vouloir drainer vers le Trésor une très forte quantité des capitaux sauvés de la débâcle ne pouvait pas aboutir, ainsi que l’a formellement montré la nouvelle inflation où fut acculé le Gouvernement.

Une telle politique nuisait aussi grandement au rajustement de l’économie, alors sans fonds de roulement, en contribuant à tarir le crédit, et à en porter le taux à un niveau prohibitif ; elle menait à une restriction sévère, au moment où la distribution raisonnée, mais suffisante de moyens de crédit, était indis-

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pensable. Après la violente secousse de l'inflation, le pays ne se trouvait-il pas déjà d’ailleurs à cours de disponibilités pour faire face aux nécessités d’une réorganisation.

Malgré l’appui d'impôts massifs et d’une politique libérale dans la réglementation des changes, l’afflux de devises détenues par les particuliers ne pouvait à lui seul arriver à former une réserve suffisante permettant à la Banque de dominer le marché des changes, et de maîtriser les fluctuations de la balance commerciale, Âu cours de la période de réadaptation forcément pénible, le déséquilibre intérieur ne s’effacerait qu’à la longue et allait pendant un certain temps engendrer un bilan passif, dont les réserves de la Banque ne pouvaient triompher en raison de leur exiguité. De même, le capital de l'Institut d’Emission s'était montré très rapidement trop étroit.

En tout état de cause, l'expérience a prouvé qu’après une inflation de l’envergure de celle qui s’était développée en Pologne, il était indispensable, pour maîtriser le marché des changes et la balance du commerce. ainsi que pour permettre à la vie économique de reprendre son cours par l'octroi de crédits mesurés et : d’un taux raisonnable, d’augmenter le fonds de réserve constitué par les capitaux nationaux, par des crédits extérieurs.

M. Grabski s'était d’ailleurs rapidement rendu à cette évidence, et depuis longtemps tentait de se pro-

curer une aide étrangère. Devant un budget trop chargé et menant fatalement au déséquilibre, l’opération n’avait pu réussir. Cette hantise du déficit budgétaire avait d’ailleurs créé dans le pays, vers mai 1925, un état d’esprit analogue à celui de 1923 : l’exportation des capitaux et la thésaurisation des moyens de change avaient repris et contribué en grande partie à entraîner le change, malgré la loi du 27 mai 1925, portant limitation du commerce des devises.

Les moyens techniques employés par M. Grabski avaient donc accentué une crise inévitable, Malgré tout, il est certain qu'avec quelques précautions et des moyens plus souples, la situation de l’économie eut été moins grave au cours de la période suivant l’arrêt de l'inflation, dans d’autres conditions de stabilisation toutefois.

Après une émission de billets inconvertibles aussi importante, la remise en marche du pays exigeait beaucoup de patience, et il fut fort imprudent de décréter une stabilisation rapide, trop peu de temps après la cessation de cette émission, sans s’être au préalable assuré que l’équilibre de la production et de la consommation s'était établi, et de façon durable, suivant les nouvelles conditions posées. Un tel équilibre ne pouvait apparaître qu'après une période de

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