LA POLOGNE A LA FIN DE L’INFLATION
La Pologne tient le second rang, après l'Allemagne, pour l’émission illimitée de billets de banque inconvertibles, quoique la période d’inflation ait été chez elle plus courte que dans les autres pays. De 876 millions au 11 novembre 1918, la circulation est passée à 570 trillions au 27 avril 1924, jour de la mise en liquidation de la Caisse Territoriale de prêts (P. K.K.P.), institut officiel d'émission, alors qu’au bout d’un temps presque double, l’Autriche n’avait atteint que le septième trillion. Lors de la proclamation de l'indépendance, en 1918, la Pologne se trouvait d’ailleurs, ainsi que nous l’avons vu, en présence d’une monnaie de papier déjà un peu dépréciée, et sans autre garantie que les quelques millions d’or lui revenant de la liquidation de la Banque d’Autriche- Hongrie, et aussi du fonds de réserve de la Banque de l'Etat russe.
L’inflation avait été, dés le début de l’existence de cette Nation, le seul moyen susceptible, en l'absence
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d’un concours financier étranger suffisant, de procurer les fonds nécessaires à l’organisation complète d’un pays ruiné par une guerre qui se poursuivit jusqu’en 1921, et où tout était à créer. Peu à peu, l'Etat s'était laissé entraîner à couvrir ses dépenses, surtout par l’émission de billets et par divers emprunts intérieurs. Par contre, le rendement de l’impôt était faible ; pendant le premier semestre 1923, il ne fournissait que 1,4 trillion, ne couvrant même pas les dépenses militaires, alors que l'inflation donnait deux trillions. En dehors de quelques temps d’arrêt marqués par des essais infructueux en vue d’organiser une politique fiscale plus rigoureuse, l'Etat n’avait pu échapper aux conséquences d’une émission sans cesse croissante.
La mauvaise situation des finances du pays, mal administré et balloté par les incertitudes de politique intérieure, était donc à la base de l'inflation. La dette de l'Etat vis-à-vis de la P.K.K.P. de 6.825 millions de marks polonais fin 1919 s’élevait à 111.332 milliards en décembre 1933, ce qui correspondrait, d’après les économistes polonais, à un bénéfice de 6 à 700 millions de dollars réalisé par l’émission de billets aux dépens
de la nation.