‹ La Réforme Monétaire en PologneChapitre 4 sur 36 · LE · texte numérisé non relu

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Certes, la vie économique en avait reçu un vigoureux coup de fouet, et l’on peut dire que l'inflation

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avait permis à la Pologne un prompt relèvement agricole, industriel et commercial, — d’ailleurs facilite par les ressources multiples du pays, un des plus riches de l’Europe Centrale. De nombreuses sociétés avaient vu le jour, les capitaux-actions passant ainsi en 1922 de 39 à 110 milliards de marks polonais. Le chiffre d’affaires de la production industrielle et agricole de 6 milliards de francs-or avant guerre était monté à 10,8 en 1933, dont 9,3 pour l’industrie seulement. Une activité considérable régnait dans toutes les branches, activité qui correspondait plutôt d’ailleurs à une hypertrophie de l’économie tout entière; les bénéfices de grand nombre d’entreprises nouvelles n’étaient en effet qu’apparents, et les véritables conditions du développement économique étaient restées pendant cinq ans masquées par ce flot de billets, et pour ainsi dire méconnues.

L’inflation, en dehors des besoins de l'Etat, avait également sa source dans les fortes émissions faites par la Caisse territoriale de prêts à l’occasion de crédits consentis aux différentes banques, sous forme de réescomptes à des taux fort bas, et dans des proportions anormales pour une Banque d’émission. Par contre-coup, les Banques utilisaient d’une façon aussi généreuse ces crédits libéralement accordés, se départissant des règles les plus élémentaires de prudence au sujet du rapport de l’encaisse au montant des dépôts. Cette large politique de crédits, qui pro-

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curait aux industriels de puissants fonds de roulement à bon compte, avec d’ailleurs l’assurance de rendre au bout du contrat de prêt des marks ayant considérablement diminué de valeur, ne pouvait qu’inciter ceux qui en bénéficiaient à augmenter sans limites leurs moyens de production et leurs immobilisations, — au lieu de songer à constituer des réserves et à pratiquer des amortissements. Une telle aisance de crédits dans une période d'inflation permettait également de pratiquer plus facilement encore une politique du moindre effort, sans souci d’améliorer en quoi que ce soit les conditions de production et par suite le coût de revient, alors que l’économie polonaise était d’une manière assez générale foncièrement arriérée, tant dans l’industrie que dans lagriculture. La consommation du reste profitait, elle aussi, de prix alors excessivement bas, résultat des crédits à discrétion et du décalage des cours des denrées vis-à-vis de celui du change (soit 30 % ou 50 % seulement de ceux d’avant-guerre), ce qui poussait à la rendre exagérée.

Mais, au fur et à mesure du développement de l'inflation, le pouvoir d'achat des capitaux diminuait singulièrement, ainsi qu’il ressort de la valeur intrinsèque des dépôts et des capitaux des diverses Banques ou Sociétés ; les frais généraux de toutes sortes, les salaires augmentaient avec la hausse croissante des prix, et les Banques, qui ne faisaient rien pour com-

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primer leurs dépenses, se virent contraintes d’aggraver singulièrement les conditions de crédit jusque-là pratiquées. C’est ainsi qu’elles devaient restreindre leurs diverses opérations, et augmenter le taux d’intérêt d’une façon presque prohibitive (fin novembre 48 % plus une commission de 24 %), taux que l’on commençait à supporter difficilement malgré la dévalorisation toujours plus rapide des capitaux empruntés.

Lorsque M. Grabski prit le pouvoir dans le courant de décembre 1923, la Pologne, parvenue au dernier stade de l’inflation, se trouvait donc en état d’anarchie économique. C'était la fuite organisée devant le mark, abandonné comme étalon monétaire ; tous les calculs se faisaient en devises stables. Les prix suivaient rigoureusement la dépréciation du mark sur le marché des changes, ou même la dépassaient par suite de l’habitude prise au cours de l'inflation de les évaluer, en tenant compte d’une prime d’assurance pour le cas de baisse subite de la monnaie, Le pouvoir d’achat de l’argent, jusque-là plus élevé à l’intérieur qu’à l’extérieur, tendait à l’équilibre, par suite de l’acheminement des prix vers le niveau de ceux des nations à étalon or, et la prime d’exportation disparaissait ainsi peu à peu.

Cette hausse des prix de plus en plus rapide majo-

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