AFFINITES
Ghislaine en avait fait la remarque judicieuse : la Touraine, claire et douce, connaît à peine l'hiver. Entre l'arrière-saison qui souvent se prolonge, clémente, tiède, parfumée, et les premiers symptômes du printemps qui s'annonce, quelques semaines froides ou sombres, et c'est tout. Très vite, sur cette contrée qui semble son domaine, le soleil recommence de régner en vainqueur. Tout renaît à sa vivifiante lumière ; tout se^ pare, sous ses caresses, de grâces renouvelées. C'est l'herbe des prairies, diaprée des premières fleurs, frileuses encore dans la fraîcheur des matins et des soirs, mais dont les frêles corolles s'épanouissent à midi. Ce sont les moissons jeunes étendant sur les champs
comme un tapis de velours où la brise, en passant, met des reflets d'émeraude. C'est le duvet léger dont semblent se couvrir les branches qui bourgeonnent. Et c'est partout, sur les vieux murs ou sous les feuilles nouvelles, les premières chansons sortant des premiers nids.
De même que, sous les effluves printaniers, les choses revenaient à la vie, de même, grâce aux soins attentifs dont il était l'objet, Guy de Souzay recouvrait peu à peu la santé.
Des personnes qui l'entouraient, à hâter sa convalescence chacune avait contribué : madame de Souzay avec sa maternelle sollicitude toujours en éveil et la ponctualité qu'un malade souvent a si grand besoin de se voir imposer ; Régine, Ghislaine et Françoise en le charmant toutes les trois.
Depuis son retour à Fréteval, il s'était accoutumé à voir toujours près de soi, tantôt sa sœur, qu'il chérissait, tantôt la garde-malade discrète, réservée, presque froide et distante, mais très assidue, que mademoiselle de Gelrode était devenue pour lui.
Les deux jeunes filles, en efl'et, demeurant à tour de rôle avec la marquise, s'étaient, durant des semaines, ingéniées à distraire le blessé : un jour la Belge, le lendemain la Française, toutes deux ensemble quelquefois, quand madame de Ver-
senne, pour un après-midi, se pouvait passer de leur concours.
Enfin Françoise vint, et ce fut vraiment, elle, un rayon de soleil.
Ghislaine avait été, le jour de l'arrivée de la jeune femme, déconcertée par ce flot de paroles, scandalisée par ce manque de tenue, si contraire à la dignité qu'elle-même avait appris à garder. Ses impressions, d'abord un peu confuses, avaient pu se résumer à peu près en celle-ci : madame de Méan est drôle, spirituelle, mais elle a été bien mal élevée. Depuis, la jeune Belge était revenue d'une partie de ses préventions et formulait maintenant un jugement moins sévère, non qu'elle approuvât la déplaisante manie qu'avait la jolie cousine des Souzay de jouer un peu les personnages de Gyp, mais dans le caractère de Françoise, plus complexe, qu'elle n'avait pu, à première vue, le discerner, elle démêlait à présent le désir d'amuser, le besoin de s'étourdir, et, par-deseus tout, beaucoup de fanfaronnerie. Et puis, enfin, il fallait le reconnaître, la verve débridée de la jeune femme plaisait à Guy infiniment. Or. Ghislaine, — sans doute comme infirmière s'intéressant à son malade, et aussi par amitié pour Régine. — Ghislaine chaque jour demandait à Dieu la guérison de Guy. Elle ne pouvait que savoir gré à celle qui opérait, à vue d'œil. cette guérison tant souhaitée. Oui.
depuis qu'elle était là, le jeune homme faisait de quotidiens progrès. Il avait commencé par rire ; puis il avait causé. Un jour, Françoise avait eu l'idée de chartter avec lui un duo : il avait chanté. Enfin, le temps étant devenu plus beau, et Guy se sentant chaque jour plus vaillant, elle l'avait décidé à faire quelques promenades. A la force des poignets, il se hissait dans la charrette anglaise. Et Régine, Ghislaine, Françoise et le blessé partaient ensemble pour quelque excursion.
Le médecin, consulté, avait approuvé cette thérapeutique, jugée par la marquise un peu hardie d'abord.
— Il va se fatiguer, docteur.
— Madame, je vous assure que ça lui fait du bien. Les plaies sont, aujourd'hui, toutes cicatrisées. Il est bon de remettre en mouvement le membre si longtemps immobilisé. Puis, ce pauvre garçon a tellement souffert qu'il a subi une forte dépression morale. Cette journée et cette nuit passées étendu sur le champ de bataille. Ces grandes émotions dont il ne parle jamais. C'est un nerveux. Il a besoin de distractions. Les promenades sont excellentes pour lui. Il devrait môme en faire quelques-unes à pied.
— A pied !
— Parfaitement.
— Il ne peut pas marcher.
La réfugiée 18â
• — II faut quMl marche.
Madame de Souzay fit part de cette consultation à Françoise, et, grâce à elle, le conseil du docteur fut suivi. Guy marcha, d'abord appuyé aux bras de sa sœur et de sa cousine, puis aidé de deux béquilles, puis d'une seule. Enfin il se contenta d'une canne. Sa claudication n'était plus qu'un souvenir, pénible encore, car il boitait très bas, des longs jours moroses qu'il avait vécus sans pouvoir bouger. Il avait, à circuler et à faire des projets d'excursions, une joie d'enfant.
— Connaissez-vous bien Chinon, mademoiselle? demanda-t-il un jour à Ghislaine.
— J'y vais ordinairement tous les deux jours, à moins que madame de Versenne n'ait pas besoin de moi.
— Oh ! je sais que vous connaissez la maison de notre vieille amie, le quai Gharles-\'II et le quai Jeanne-d'Arc, la gare, la place de l'Hôtel-de-Ville et l'ancienne GraïufRue, que des édiles, dans le mouvement, ont éprouvé le besoin de nommer rue Jean-Jacques-Rousseau. C'est un anachronisme, n'est-ce pas, pour une rue que surplombent de vieux pignons du xv® siècle.
— C'est surtout pompier, déclara Françoise, sans lever les yeux de son ouvrage, car ce jour-là elle travaillait.
— Vous connaissez tout cela, mais vous ne
connaissez pas, j'en suis sûr, la rue du Grand-Carroi, ni la rue de la Lamproie.
— Celles-là ont gardé de jolis noms.
— Avez- Vous seulement visité le château?
— Jamais.
— Ah ! ça, par exemple, c'est trop fort ! Nous le visiterons demain.
— Demain, je passe la journée chez madame de Versenne.
— Justement, quand vous en sortirez, à cinq heures, nous irons vous chercher. N'est-ce pas, Françoise?
— Ça me botte, répondit brièvement la jeune femme qui, parfois lasse de parler, se faisait un jeu de devenir, durant plusieurs heures, laconique, presque muette.
Le lendemain, à l'heure fixée, Françoise, Régine et Guy vinrent chercher Ghislaine chez madame de Versenne. On causa pendant quelques instants avec l'excellente femme, puis on partit en bande pour visiter la ville.
— Nous commencerons par aller demander à monsieur d'Arzilly de nous accompagner. Ce sera beaucoup plus intéressant. 11 connaît si bien son vieux Chinon !
Contre cette proposition de Guy, avec véhémence Françoise protesta.
— En voilà une idée ! Il nous raserait, ce bonhomme-là, avec ses vieilles histoires.
Timidement le jeune homme essaya de discuter :
— C'est que moi, tu sais, Françoise, en archéologie...
— Tu es complètement nul.
Guy rougit un peu et regarda mademoiselle de Gelrode. Elle comprit qu'il se rappelait la visite des musées de Bruges. Elle intervint :
— Vous calomniez votre cousin, madame. Il a lu, pendant qu'il était retenu sur sa chaise longue, des livres qui n'ont pas dû le laisser ignorant des choses du passé.
— Vous le défendez bien, dit Françoise malicieuse.
Ni Ghislaine ni Guy ne relevèrent le propos. Régine conclut :
— Je ne partage pas les préventions de Françoise contre monsieur d'Arzilly. Mais il demeure assez loin d'ici et il ne faut pas que Guy marche trop. Il est tard d'ailleurs. Nous aurons beaucoup plus vite fait de monter directement au château par la rue du Grand-Carroi et la rue Jeanne-<l'Arc.
Cette solution sage fut acceptée. Le petit groupe traversa la place de la Chapelle-du-Pont et gravit la curieuse ruelle bordée de vieux pignons entre lesquels, comme au bout d'une avenue, se dresse, aérienne, la haute tour de l'Horloge.
— C'est idéal ! s'exclamait Françoise. Je vous demande un peu si l'on a besoip des explications d'un vieil archéologue pour trouver ça joli. Tiens, Guy, regar'de la petite tourelle au coin de cette maison... Et cet autre vieux logis dont les murs sont lambrissés d'ardoises,, . Et celui-ci, avec ses pignons surplombants,..
Elle marchait en avant, le nez en Tair, intéressée au plus haut point, comme si, pour la première fois, elle voyait ces choses que, depuis son enfance, elle connaissait. Régine et Ghislaine, au contraire, réglaient toutes deux leur pas sur le pas du jeune homme qui, à mesure que la côte se faisait plus raide, avançait plus lentement.
Peu à peu, en efïet, la rue était devenue une sorte d'escalier aux marches inégales et pavées de cailloux pointus. Guy trébuchait, presque à chaque pas. Appuyé d'une main à sa canne, de l'autre il s'accrochait aux rampes de fer, scellées çà et là dans le mur des maisons bâties au bord de la ruelle.
— Tu es fatigué; Guy? demanda Régine.
Sans qu'elle eût parlé, mademoiselle de Gelrode
posait, d'un regard, cette même question.
Il leur répondit à toutes deux en même temps.
— Non, merci. La côte est un peu rude pour moi. Mais je me reposerai là-liaut.
— Allons ! criait Françoise déjà parvenue au
sommet qu'il fallait atteindre. Encore deux ou trois bons coups de jarret, et ça y sera.
Le blessé fît un dernier effort. Soutenu par sa sœur, il rejoignit enfin la jeune femme.
— Voyez si l'on n'est pas récompensé de sa peine ! proclamait celle-ci, enthousiaste, devant le panorama qui s'étendait sous ses regards.
La vallée, en effet, la rivière et la ville étaient à leurs pieds maintenant. A gauche, venant des lointains bleus où s'estompe l' Ile-Bouchard, la V^ienne décrivait une courbe charmante, puis en deux bras se divisait. Sous ses peupliers blonds s'allongeait Tile fuselée qui fait face à la ville. Le pont s'y appuyait, comme pour s'aider à gagner l'autre rive où s'élevaient, bien groupées, les maisons du faubourg. Plus près, Tantique cité, aux toits pointus, se blottissait, étroite, entre la falaise et les quais. On l'apercevait toute, depuis les deux tours romanes du vieux Saint-Mexme jusqu'à la flèche gothique dominant Saint-Maurice.
Quelques instants plus tard, Guy reposé, les quatre promeneurs franchissaient le pont jeté sur le large fossé qui précède la tour de l'Horloge. Marchant toujours en avant, Françoise sonnait déjà à la porte ogivale qui donne accès dans le château. Tout de suite on lui ouvrit, et, en poussant un cri, elle recula.
— Comment ! Vous ici? C'est vous qui êtes le gardien de ces ruines?
— Je n'en suis pas le gardien, répondit en riant M. d'Arzilly, mais je viens m'y promener tous les jours. Je sortais, je vais rentrer pour faire mon métier de guide,
— Nous qui avions hésité à aller vous chercher !
— Et qui vous étiez décidés à visiter le château sans moi... Je ne vous l'aurais jamais pardonné.
11 commença sans retard ses explications. Ghislaine était ravie d'avoir rencontré ce cicérone érudit. Françoise, furieuse, faisait la moue.
La visite des ruines commença par ces logis royaux dont il ne reste plus que quelques pans de mur, mais dont l'archéologue chinonais connaissait parfaitement l'histoire. Il reconstitua, pour ses auditeurs, cette demeure écroulée. Ghislaine, en l'écoutant, eut successivement l'impression de revivre l'époque d'Henri II d'Angleterre, celle de Charles VII de France. Elle crut voir accoudée aux fenêtres à meneaux la belle Agnès Sorel, errer dans ce logis que son ministre allait détruire, austère et mélancolique, Louis XIII. Mais le grand souvenir qui, pour elle comme pour tous, planait sur ces ruines, c'était le souvenir de la bergère venant de Lorraine jusqu'ici pour faire connaître à son roi les ordres qu'elle tenait de Dieu.
0 pierres sacrées du vieux pignon, hotte encore
conservée de la vaste cheminée, seuls débris subsistant de cette salle du trône oi^i, en dépit de son déguisement, Jeanne inspirée sut reconnaître Charles, vous l'avez vue l'humble fdie se frayant un passage parmi les courtisans moqueurs, désignant le roi, saluant en lui la France. Comment, en vous regardant, n'être point ému, surtout à l'heure tragique où cette même France subit d'autres envahisseurs, et, se ressaisissant comme au temps de la Pucelle, sent grandir en soi le même vouloir de vaincre?
Régine, Françoise, Ghislaine et Guy écoutaient, silencieux, la merveilleuse histoire. Ils marchaient maintenaat sur le sol que Jeanne a foulé, avec un pieux respect, comme sur les dalles d'un sanctuaire.
Ils gagnèrent ainsi, ayant franchi un autre fossé d'enceinte, ce que l'on nomme le château du Coudray.
— Remarquez, expliquait M. d'Arzilly, comme nos pères savaient (Construire et comme ils savaient se défendre. La tour de l'Horloge, par laquelle vous êtes entrés, formait, avec les logis royaux, le château du Milieu. De chaque côté de cette partie centrale qu'habitaient les princes, s'élevait, pour la protéger, une autre forteresse : à l'est, le château Saint-Georges, depuis longtemps détruit, et dont vous avez pu, en arrivant, voir les vestiges parmi les vignes ; à l'ouest, le château du Coudray.
Dans ce dernier fut, après l'entrevue royale et jusqu'à son départ pour Orléans, logée Jeanne d'Arc. Voici, à droite, le donjon dont le premier étage lui sjervit de chambre. Là, s'élevait la chapelle, — hélas! détruite, — où elle pria.
On voyait, en effet, les fondations de murs rasés au niveau du sol, et, vers le milieu de ce qui fut la chapelle, à la place même peut-être où l'héroïne s'agenouilla, un merisier au tronc tordu dont les frondaisons restent aujourd'hui l'unique voûte de l'oratoire d'autrefois.
Mademoiselle de Gelrode ne pouvait s'arracher à ces prenants souvenirs. Tandis que M. d'Arzilly, poursuivant ses explications, donnait à présent de curieux détails sur la tour de Boissy et la tour du Moulin, elle continuait de contempler le donjon où la vierge lorraine a dormi, le sol moussu marquant l'étroit espace du petit sanctuaire qui la vit prosternée.
— Vous ne montez pas avec les autres, mademoiselle, sur la plate-forme de la tour de Boissy?
— Non.
— Je préfère, moi aussi, ne pas grimper encore ces marches.
— Ce n'est pas pour la même raison que...
— Je le sais bien. Vous ne voulez vivre, ici, que du souvenir de Jeanne.
— Vous avez compris, répondit-elle, en arrêtant sur lui le regard clair de ses grands yeux.
Puis, voulant expliquer :
— C'est la première fois, moi, que je vois tout cela. Ensuite je n'ai pas, comme vos compatriotes, le don de m'émouvoir et, l'instant d'après, de penser à autre chose. Moins aisément remuées peut-être, plus longtemps que vous nos âmes du Nord restent vibrantes du même émoi.
— Vous êtes des sages et des fidèles, dit Guy d'un ton qui n'était point le ton d'un compliment banal.
M. d'Arzilly, Régine et Françoise s'attardaient au faîte de la tour de Boissy. Ils dépassaient à peine de la tête les hauts et larges créneaux. On apercevait pourtant l'archéologue, entraîné sans doute par son sujet, qui gesticulait, la jeune fille qui l'écoutait avec déférence et la jeune femme qui, semblant moins attentive, riait par instants d'un beau rire clair, bien vite emporté par l'air plus vif de ces hauteurs.
Ghislaine et Guy firent ensemble quelques pas vers la terrasse qui s'étend au couchant.
— Tenez, reprit le jeune homme, ma cousine Françoise, voilà quelqu'un dont l'esprit très mobile ne s'attache pas longtemps au même objet. Gomme vous le disiez tout à l'heure, c'est un défaut, un défaut très français.
Il déplut à la jeune fille d'avoir paru blâmer la cousine des Souzay.
— Je n'ai pas lait allusion à madame de Méan, dit-elle en .rougissant un peu.
Puis, revenant à son rôle d'infirmière :
— La marche vous fatigue. \'ous devriez vous asseoir, monsieur.
Il y avait un banc, tout au bout de la terrasse, à côté de la tour du Moulin. Ils s'y assirent tous deux. En face, le soleil, dans un ciel embrasé, s'abaissait vers la Vienne. Ses rayons aveuglants ne laissaient discerner aucune nuance, aucun contour. Dans un éblouissement on voyait la rivière scintiller de mille feux et courir se perdre en un vaste océan dont les flots fantastiques étaient de pourpre et d'or.
— C'est le matin, observa Guy, qu'il faut s'asseoir ici. A cette heure, le soleil...
Elle l'interrompit, pour dire, de sa voix harmonieuse et profonde :
— Il est si beau, monsieur, votre soleil de France !
— Vous l'aimez?
— Je vous pardonne, à cause de lui, de n'avoir pas compris nos brumes flamandes.
»— Et d'avoir été léger, ignorant, un peu sot, en voyant avec vous les merveilles de Bruges?
— Vous êtes trop sévère pour vous-même.
— Non. Ce jour-là, j'ai mérité... ce... ce qui m'est arrivé.
C'était la première fois qu'ils osaient en parler. Pourquoi, à cette heure, en ce lieu? Était-ce que, maintenant, accoutumés de vivre ensemble comme s'ils étaient parents, comme s'ils s'étaient toujours connus, comme s'il n'avait jamais été question pour eux de savoir si, un jour, ils s'aimeraient, ils pouvaient ne plus craindre ce souvenir? Était-ce que leurs âmes, s'étant imprégnées ici des mêmes pensées, sentaient naître entre elles, au milieu de ces ruines évocatrices, quelque affinité mystérieuse?
Ils n'eurent pas le loisir de se le demander.
— Vous rêvez à Jeanne d'Arc ou au soleil couchant? interrogea Françoise qui avait décidément laissé Régine et M. d'Arzilly au sommet de la tour.
— Non, répliqua Guy, nous parlions de toi.
— Ça, c'est gentil.
Et, tout en regardant malicieusement Ghislaine, elle continua de s'adresser à son cousin :
— Voici la récompense : donne-moi ton bras. Je vais t'aider à descendre cette horrible ruelle. C'est plus difficile encore que de la monter, tu syis.
Le jeune homme accepta.
— A tout à Thenre. Ghislaine, ilit en riant la jeune femme.
Elle avait, depuis longtemps, supprimé le « mademoiselle » cérémonieux.
— Vous direz aux autres que nous sommes partis.
La jeune fille les vit s'éloigner, lui élégant et svelte, elle petite et sémillante. Ils franchirent le pont jeté sur la douve qui sépare le Coudray des logis royaux. Ils prirent l'allée ombreuse qui longe les ruines, blanches dans la verdure. Ils disparurent au premier tournant.
Alors Ghislaine regarda le couchant qiie le soleil incendiait encore. Soit qu'elle fût aveuglée par ses obliques rayons, soit qu'elle voulût chasser une vision pénible, immobile et pâle dans la lumière dorée, elle ferma les yeux.