‹ La réfugiéeChapitre 7 sur 17 · I.A RKll TtIKI: lUo · texte numérisé non relu

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coninio ceux-ci, et qui s'imposaient : « Quand ou est brave, on se tire toujours d'affaire », ou : (' Quand on est débrouillard, on n'attrape jamais un mauvais coup. »

Il était possible que cette belle assurance ne fût pas chez elle aussi profonde qu'elle s'ingéniait à le faire croire, et Ghislaine parfois la surprenait inquiète. Mais Régine croyait, en agissant ainsi, accomplir un devoir filial. Elle croyait aussi être dans son rôle de jeune fille française. Elle pensait : ceux qui ne reculent pas devant le péril des batailles, doivent avoir des fiancées et des sœurs capables de se montrer braves, même en face de leurs affections menacées.

L'heure s'avançait. Madame de \'ersenne parlait maintenant de regagner Chinon.

— Attendez que mon père revienne, chère madame. 11 a le clieval et la voiture. Quand il les aura ramenés, je pourrai vous reconduire.

— C'est donc vous, maintenant, qui faites les fonctions de cocher?

— Certainement. Elt je ne m'en plains pas. Vous savez, chère madame, que j'ai toujours aimé les chevaux.

— C'e.st vrai, même toute petite, je me rappelle.

— \'ous vous rappelez que j'arriv'ais chez vous, montée sur mon poney, et toute seule? \'ous en étiez un peu scandalisée, \'ous me grondiez. Alors

je VOUS demandais, pour m'en retourner, un cavalier servant. Et je partais, accompagnée, cette lois, par...

Elle s'interrompit subitement,' quelques secondes à peine, le temps pour madame de Souzay de froncer imperceptiblement les sourcils. Et, tout de suite, elle reprit :

— ...Par l'un de vos fils.

— C'étaient des enfantillages, dit, souriante, madame de Versenne qui s'apercevait que la mère de Régine goûtait médiocrement l'évocation de tels souvenirs.

Mais la jeune fille insista.

— Justement, c'est ce qui en faisait le charme. On s'amusait franchement, sans penser à l'avenir, ni aux obhgations, parfois pénibles, qu'impose la vie.

Dans cette dernière phrase un ton mélancolique avait soudain reparu.

Inquiète de nouveau, la marquise regarda sa fille. Et, très habilement, sans paraître rien voir, madame de Versenne changea le cours de la conversation.

Quelques^ instants plus tard. M. de Souzay arrivait.

— Hien encore, fit-il en entrant.

Régine avait eu raison de le dire, ses parents se tourmentaient. Dès qu'un retard se produisait dans rarriv(''0 des lettres que Guy écrivait très

réguliènMiicnt d'ordinaire, on voyait le marquis devenir taciturne, et sa femme faire de vains efforts pour ne laisser point transparaître ses angoisses.

Anxieusement, aujourd'hui, elle interrogeait :

— Vous êtes bien retourné à la poste, avant de partir?

— J'en arrive directement.

— Et toujours rien ?

— Rien.

Les questions de la marquise étaient inutiles. On devinait que le pauvre honmie avait wcu tout le jour dans l'attente tiévreuse d'une dépèche ou d'une lettre, arpentant en tout sens, pour tâcher à se calmer, les rues tortueuses de Chinon, entrant plusieurs fois à la poste, et cherchant à deviner, avant même qu'elle eût répondu, ce que signiliait l'expression, mystérieusement placide, empreinte sur le visage de l'emplo'yée en sarrau noir.

Régine s'empressa de combattre l'impression découragée qu'il rapportait de son énervante journée.

— Je ne trouve pas qu'il y ait lieu de s'inquiéter, répéta-t-elle, avec l'inlassable optimisme qu'elle opposait aux craintes exprimées ou silencieusement ressenties par ses parents.

M. de Souzay, saisissant l'occasion de donner libre cours à sa mauvaise humeur, se fâcha.

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— Qui veut trop prouver ne prouve rien, dit-il. Je trouve, au contraire, très inquiétant d'être, depuis plus d'une semaine, sans nouvelles de ton frère.

— Il en a été de même au mois d'août.

— Ce n'est pas une raison pour que, dette fois-ci, il ne lui soit rien arrivé.

Comme tous les natures impressionnables et primesautières, le marquis passait aisément de la plus confiante sécurité aux pressentiments les plus sombres. C'était avec le courage et même l'enthousiaste fierté convenant à un descendant des preux qu'il avait v.u partir son fils. Et il ne pouvait rester plus de trois jours sans nouvelles.

Il écouta, cependant, les rassurantes paroles que lui adressa madame de Versenne, et, pour les mieux entendre, cessa de marcher de long en large dans le salon, avec une maladive agitation.

Quand l'excellente femme le vit un peu calmé, elle partit, en compagnie de Régine. Monsieur et madame de Souz.iy, et Ghislaine, descendirent avec elles jusqu'au bas du perron où la voiture restait attelée.

— Je ne vous offre pas, chère madame, un véhicule bien confortable, dit la jeune fille en aidant sa vieille amie à monter dans la charrette anglaise.

— Oh ! ma chère petite, répondit madame de Versenne, quand oh a l'habitude d'nllor à pied!

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Elle se retourna pour saluer, du sourire et du geste, ceux qui restaient.

— A demain ! Rappelez- vous que j'ai besoin de votre aide.

— Bien sûr.

Régine rassembla les rênes. Le vieux cheval, reti*»uvant peut-être d'héroïques souvenirs dans la légèreté de cette main d'amazone, partit au galop de chasse.

Dans une poussière fine, que le couchant dorait, s'éloigna, disparut l'attelage. Mais l'esprit de Ghislaine garda longtemps l'image de la vieille femme et de la jeune fille, heureuses de partir côte à côte.

Elle continua de voir, par la pensée, Régine affectueusement penchée vers madame <le NCrscnne. Elle devina quonlrr elles se renouait la causerie tout à Thoure interrompue, que toutes deux, parlant du j)assé, évoquaient de chers souvenirs.

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