I.A nÉGKNCE
sitrpris sotis Ir lil de Mnrie Stuart; seulcnicnt l’aventure avait fini d’une façon moins tragique. Chatelard avait porté sa tête sur le billot, Riehelicu en avait été quitte pour une inrarcération de quatorze mois é la Bastille. '
Il avait servi sous le maréchal de Villars. s’était trouvé près de lui à Douaiii, et jouissiiit de ce double privilège, assez rare, d’être adoré à la fois du mari et de la femme.
A peine était-il sorti de la Bastille, que mademoiselle deClmrolais, sœur de .M. le duc d(! Bourbon , se prit d’une folle fission (wur lui. A propos de M. le due de Bourbon, quand nous en serons arrivé à lui, nous dirons quebpics mots do madame la duchesse, sa mère, qui fiüsait ces charmantes chansons ((u'on chantait tout haut alors, mais qu’on n'oserait chanter tout Iws aujourd’hui, et deLouisIll de Bf)urbon, son père, qui, bossu comme un sac de noi.x, disait à Monsieur, frère de Louis XIV ;
— Monsieur, hier, au bal de l’Opéra, on m’a pris pour vous. — Ce à quoi Monsieur répondait :
— Monsieur, je mets cela aux pieds du crucifix.
En attendant, et à propos de son amour pour M. de Richelieu, arrêtons-nous un instant lï mademoiselle de Charohiis, qui, ainsi (pi'oii va le voir, mérite bien que l’on s'occiqie d’elle.
Madeuioisv'lle de Cliarolais n’était d’aucune cabale polilique, cl ne s’occiip'iit que de ses plaisirs; elle était belle , gracieuse, et avait reçu du ciel celle heureuse ou fatale sensibilité qui fait un liesoin de l’amour. Ce besoin, chez elle comme chez M. de Richelieu, s’était fait sentir avant l’Age de 15 ans, et, arrivés à l’Age de 20 ou 21 ans chacun, mademoiselle de Cliarolais avait en à peu près autant d’amants que M. de Richelieu avait eu de maîtresses.
Il était rc'sullc de cette charmante existence que mademoiselle de t'harolais, depuis l^e de 15 jusqu’il celui de 20 ans, avait eu un enfant tous les
Au reste, eU^Umn^ pas grand mystère, regardant cela, dit Bois-Jourdain (tàfijGStfM^langes histonques, comme un accident de r étal de grande fille et du titre de princesse. Cependant, chaque fois qu’un accident de ce genre arrivait , on disait mademoiselle de
LA RËGF.NCE
Cfiarolais malade pendant les six dernières semaines de sa grossesse ; alors elle ne voyait plus personne (|ue des amis intimes, et, quoi- ((u'on n'ignoràt rien de cette situation dans le public, c’était tellement |Kissè“ en luLitude, que personne n'en parlait; seulement la^ cour envoyait prendre de ses nouvelles, mais sans aller plus loin.
Une fois, cependant, il arriva que l’incognito fut rompu sans (|u’on cliercli&tà le pénétrer : le suisse de l’Iiétel ayant été changé, et su leçon ne lui ayant |ias été faite, il répondit à un domestique qui venait demander des nouvelles de la princesse.
— Mademoiselle va à merveille, et l’enfant aussi.
C’était à ce moment heureux de la vie de mademoiselle de Charolais(|ue .M. de Richelieu lui était apparu, et (pie, comme nous l’avons dit, elle s’était prise d’une folle pas.sion pour lui.
Au reste, ce qui, |ieut-étre, avait déterminé le régent à éloigner le jeune duc de Fronsac, qui venait de faire une seconde station à la Itastille ù cause de son duel avec M. de Gacé, ce qui ; disons-nous, avait d(‘cidé le prince à l’envoi de ce cordon bleu au prince des Asturies, c’était moins encore peut-être le désir de lier avec l’Espagne les négociations dont nous avons parlé que celui de rétablir, dans sa propre maison , la tranquillité troublée par le jeune duc.
Mademoiselle de Valois, fille du régent, s’était prise, pour M. de Richelieu, d’une passion non moins folle (pie sa cousine, mademéiselle de Gharolais.
Nous en demandons bien pardon à nos lecteurs, mais notre liabitude est de peindre les époipies, non pas d’après les historiens, mais d’après les annalistes ; non pas à la manière de Tacite , mais de Suétone ; non pas à la mode de M. Anquetil , mais à celle du duc de Saint-Simon.
Nous avons été sombre et triste avec la dernière période du siècle del/iuisXlV, qu’on nous permette d'être insensé, bniyani, graveleux avec cette éprxpie graveleuse, bniyante et insenséiî. A notre avis, l’histoire est un miroir sur leipiel l’historien n’a pas le droit de jeter un voile.
Revenons aux amours de mademoiselle de Valois.
Mademoiselle de Valois n’avait pas les mêmes facilités, pour voir
LA nÉGENCE
M. de Riclielicu, que sa rniisinc, mademoiselle deCharolais. laqSIle logeait au rez-de-chaussée, sur un jardin dont M. de Rkhclieii aTnil la clé. Mademoiselle de Valois était sévèrement gardée, |Kirson père surtout, si sévci'cment qu'un jour, au Uil de l'Opéra, M. de Mauconseil , ami du duc de Richelieu , vêtu d'un domino jiaFeil au sien, causait avec la princesse, lors(|ue le régent, qui sou|)çonnait l'amour des jeunes gens, |>ns$a près de sa lille, et, s'adressant à .Mauconseil qu'il prenait pour le due de Richelieu :
— Heau masque, lui dit-il, prenez garde à vous, si vous ne voulez pas retourner une troisième fois à la Raslille.
Mauconseil, effrayé, èta aussitôt son mas(|uo, afin que le régent pût voir qu'il s'élait trompé; le régent le reconnut.
— C'est bien, dit-il, mais l'avis n'en est |>as moins donné, monsieur de Mauconseil ; répétez donc à votre ami ce que je viens de dire à son intention.
Li menace n'effraya point Richelieu , qui se déguisa en femme et pénétra jus(|u'à lu princesse.
Le régent fut averti de cette infraction à scs volontés; mais comme dans son amour (lour lui , et de |>eur (|ue la menace de la Rastille ne fût mise à e.\écution , mademoiselle de Valois avait donné à son amant des armes terribles contre son père ; le régent dissimula sa colère, et donna au duc une mission en Espagne.
Voici comment le duc de Richelieu avait été choisi pour porter le cordon bleu au prince des Asturies.
Nous avons déjà parlé deux ou trois fois des bals de l'Opéra; c'était en eiïct vers la même époque qu'ils avaient été inventés par le chevalier de Bouillon, qui se faisait, on ne sait pourquoi , appeler le prince d'Auvergne , et qui avait eu le premier l'idée d'élever le parquet à la hauteur de la scène, et de faire de la salle de l'Opéra un salon de plaiu-pied. Le régent avait trouvé l'idée si heureuse, qu'il avait fait au chevalier de Bouillon une pension de six mille livres. On sait que l'Opéra était à cette é|XM)ue au Palais-Royal.
Vers ce temps on apprit la prochaine arrivée du czar Pierreà Paris.
C'était une grande curiosité pour les Parisiens, que ce monarque polaire qui s'élait fait charpentier à Saardam, qui était revenu à
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Pétcfsliourp ajKiiscr une révolle de SIrélilz, sa liache d’écarrissage à la main, ct(|iii eidiii avait écrasé, à l*ultava, Charles Xll, le lion du nord.
Depuis Innglemps, Pierre P' désirait voir la France; il avait témoigné ce désir à Louis XIY, dans les dernières années de son régne ; mais le roi attristé |Kir les infirmités de son âge , ruiné |»r la guerre de la succession , honteux de ne plus (Kiuvoir étaler le faste des premières années de son règne, le roi, le plus iKiliment qu'il lui avait été possible, avait fait détourner le czar de son projet.
Vers le commencement de l'année 1 7 1 7, il ri'solut donc de mettre à exécution ce projet renvoyé par Louis XJV à une autre époque. Le prince Kurakin, son ambassadeur, fit |iart au régent du désir que son maitre avait de visiter la France, et, de peur de quelque défaite, en faisant part de ce projet, annonça -que le prince était parti pour le mettre à exécution.
Le régent ne put donc s'excuser comme avait fait Louis XIV, et comme l'arrivée était prochaine, il envoya au-devant du Ciiar, jusqu'à Dunkerque, où devaient l’attendre avec les équipages du roi, le marquis de Nesle et du Libois, son gentilhomme ordinaire.
Ordre était donné de le recevoir au débarquement , de le défrayer sur la roule, et de lui faire rendre partout les mêmes honneurs qu'au roi.
En outre, le maréchal de Tessé alla au-devant' de lui jusqu'à Beaumont et le conduisit à Paris, où il arriva le 7 de mai.
Le czar était grand, bien fait, assez maigre; il avait le teint bmn et animé, les veux grands cl vifs, le regard perçant, ((uelquefois farouche, surtout loisqu'il lui prenait dans le visage un mouvement convulsif qui détrai|uait toute sa physionomie, et qui était occasionné par une tentative d'empoisonnement qu'on avait faite sur lui dans son enfance; cependant lorsqu'il voulait faire accueil à c|uelqu'un, sa physionomie devenait riante et ne manquait pas de grâce, quoiqu'il conservât toujours un («u de majesté sarmate. Ses mouvements étaient brus(|ues et précipités, son caractère impétueux , ses passions violentes; l'habitude du despotisme faisait que désirs, volontés, fantaisies se succédaient rapidement chez lui, et ne pouvaient soulfrir
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la moindre contrariété, ni des leiiips, ni des lieux, ni des circonstances; quelquefois fatigué de l’affluence des visiteurs qui se . présentaient chez lui. il les congédiait d'un mot, d'un geste, ou bien les laissait là, et allait où la curiosité l’appelait : si les carrosses n'étaient pas prêts, il entrait dans la première voiture venue, fùt-ce un carrosse de place. Un jour, n’en trouvant pas d'autre, il prit celui de la maréchale de Matignon qui était venue le voir, cl se lit conduire à Boulogne; dans ce cas, (jui se représentait souvent, le marielial (le Tess(‘ et ses gardes couraient comme ils |K>uvaient apria lui. Eulin, on résolut de lui tenir des carrosses et des chevaux toujours prêts, ce (pii fut textuellement exécuté.
Néanmoins, dans d'autres occasions, il donnait des preuves d'une certaine connaissance de l'étiquette; ainsi quebjue im|Kiticncc qu'il eût de visiter Paris, il déclara (pi'il lie sortirait |K>iut de chez lui qu'il n’eût reçu la visite du roi.
Aussi, ne voulut-on pas le tenir prisonnier longtemps; dès le lendemain de l'arrivée du czar à Paris , le régent lui lit sa v isitc. A peine fut-il annoncé chez le czar que celui-ci sortit de son cabinet, lit quelques pas au-devant de lui, l'embrassa, puis lui montrant de lu main la porte du cabinet, se tourna aussitôt, et passa le premier, suivi du régent et du prince Kurakin ; deux fauteuils étaient pré|iarés, le czar en prit un, le régent s’assit sur l'autre; le prince Kurakin, (pii leur servait d’interprète, resta debout.
Après une demi-heure d’entretien , le czar se leva , s’arrêta au même endroit où il avait reçu le régent qui , en se retirant , fit une profonde révérence , à laquelle le czar répondit (lar une inclinaison.
Le lundi, 10 mai, le roi à son tour fit sa visite à l'empereur ; au bruit de lu voiture, le czar s’avança jus(piedans la cour, reçut le roi à la descente de son carrosse , et tous deux marchant sur la même ligne, le roi à droite, entrèrent dans l'appartement où le czar prèscnUi le premier fauteuil , cédant partout la main ; après avoir été assis quelques instants, le czar se leva, prit le roi dans ses bras, l’embrassa à plusieurs reprises, les yeux attendris, et avec l'air et les trans|iorts de la tendresse la plusv^f^quée. Au reste, le roi, qui n'avait que sept ans et quelques'Wflit ne fut nullement étonné, il
Réception par Louis XV de Paul 1*', empereur de Russie.
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fit au czar un petit compliment et de bonne grftce à toi^
les caresses de l’empereur ; en sortant, 1& dèux princes gardèreiff le mÿme cérémonial qu’à l’arrivée, le czar donnant la main sur lui jusqu’à son carrosse, et conservant toujours le maintien de t’^alité.
Le lendemain 1 1 , le czar rendit au roi sa visite ; il devait être reçu à la descente de son carrosse par le roi, mais dés qu’il aperçut le jeûné prince sous Je vestibule des Toileries , il sauta en bas de sa voiture^ courut au-devant du roi; le. prit dans ses bras, monta ainsi l’escalier, et le porta jusqu’à l’appariement; arrivés là, tout se passa comme la veille, à l’exception- de la main que le roi donna ptitout chez lui an czar, comme il l’avait eue chez le prince.
En arrivant à Paris, le czar était descendu au Louvre où l'attendait l’appartement de la reine tout meublé et tout éclairé ; mais il l’avait trouvé trop lieau, et était remonté en carrosse en demandant une maison particulière; alors on l’avait conduit à l’hétel Lesdi- ^A^rcs, près de l’Arsenal, où il avait trouvé les appartements aussi et les meubles aussi riches qu'au Louvre. Il avait donc pris son de cette contrariété (T être trop bien logé, avait tiré d’un four-' gon son lit de camp et l’avait Tait tendre dans une garde-ro%.
Varton, l’un des maitreid’Hdtel du roi, était chargé'd'entretenir, matin et soir, au prince, une bible de quarante couverts, sans compter une seconde table pour les officiers, et une troisième pour les domestiques.
La visite duroi reçue et rendue, le czar courut Paris, entrant dans les boutiques, arrêtant les ouvriers, questionnant tout le monde, visitant les Gobelins, l’Observatoire, le Jardin-des-Planles, le cabinet de Mécanique, la Galerie des Plans, les Invalides ;jebmt un regard dédaigneux sui- les diamants de la couronne, mais s’arrêtant une heure à causer avec les charpenliers qui faisaient le |K>nt tournant.
' Quant à son costume, il était des plus simples et se composait d'un habit de bouracan serré par un large ceinturon d'où [icndail un sd^re,^rmé perruque ronde, sans poudré,' qui ne lui dépassait )>as lé' cbl,' InTune chemise sans manchettes. En arrivant à Paris il avait coi^àndé^e pèfnique, le |M;rru(iuier la lui avait apiwi-li-e à la moà^t'lTÀM-dii'e longue et fournie; le czar ne se donna pas ujcoK
la ))cine (Ir lui dire que ce ii'éluit |x>int ainsi qu'il In voulail, il prit des ciscauv et In n-duisit à la forme qui lui coiiYint.
Au milieu de toutes ses courses, il prit au czar l’envie de visiter , Saint-CjT; il étudia toutes les classes et se fit expliquer tous les exercices , puis soudain , ayant été pris du désir de voir madame de Maintenon, il monta chez elle et, sans s'arrêter aux observations de scs femmes, qui lui disaient que leur niaitresse était au lit, il entra jusque dans sa chambre, et comme les rideaux du lit et de la fenêtre étaient fermés, il tira les rideaux de la fenêtre d’abord, ceux du lit ensuite, la regarda avec curiosité et au bout de cinq minutes sortit sans lui avoir adressé- la parole.
Il visita la Sorbonne et en apercevant le tombeau du cardinal de Richelieu, il courut vers lui et embrassa la ligure du ministre de Louis XllI en s’écriant : '
— Je donnerais la moitié de mon empire à un homme tel i^e loi pour qu’il m’aidât à gouverner l’autre. ' C
La Monnaie eut son tour : le czar, apri-s avoir examiné la struc-^ lure et le jeu du lialaucicr, se joignit aux ouvriers pour frapper tlW [liéce, aussitôt frapjiée, la pièce lui fut présentée.
C’était une médaille à son effigie avec son inseription : Peints Alexioimtcli Czar. Hag. Ituss. lmp. Au revers elle portait une renommée avec ces mots : Vires acquirileundo.
Cette galanterie lui fut fort agréable; il n’avait jamais vu médaille aussi bien frappée (|ue celle-là, ni aussi ressemblante.
Le premier mois, Paris no s’occupa que du czar, le deuxième mois il produisit moins d’effet, le troisième tout le monde f avait vu et |iersonnc n’y faisait plus attention.
Le iO juin il [larlit pour les eaux de Spa.
Cependant le grand procès qui séparait la noblesse de France durait toujours; le testament de Louis XIV avait été cassé mais non l’édit du ü mai 1694, qui avait donné aux pritices légitimés le rang > immédiatement après les princes du sang, au-dessus des pairs, et celui du mois de juillet 1714, qui déclarait qu’au cas d’extinction, des princes légitimes de la maison de Bourbon, MM. du .Maine cl de Toulouse seraient, eux et leurs eï'ants légitimes, aptes à succéder.