IA RÉGENCE
tenant des j;.-mles-du-cor|)s, conduit au château de Donllens en Picardie, et laissé sous la garde de Favancourt, lirigadier des mousquetaires.
Quant à la duches.se du Maine, ce fut le duc d'Ancenis, capitaine des gardcs-du-corps , qui rarrêhi dans une maison de la me Saint- Honoré., (|u'cllc avait prise pour être plus à porli'e du chàleau des Tuileries. Le duc d'.Anccnis la conilnisit à L\on, d'où un lieulenant et un eveinpt des ganles-dn-corps la eondnisircid au château de Dijon.
Après la visite faite chez lui, par Lehlanc et Dulmis, .M. le prince lie Lellamare fut acheminé sur l'Esiwgne. Il voulut rt-clamer, invo- (pier If droit des gens, mais il lui fui répondu que le droit des gens n'exislait point pour les conspirateurs. Il partit en cons«'‘quence de Paris, accompigné de Dniihois et de deux capitaines de cavalerie, (|ui s'arrêtèrent ii lîlois avec le prince, en attendant rarrivés; de M. de Saint-Aignan, notre ambassadeur à .Madiid, aprè'S quoi on le lais.su continuer lihrenient sa roule.
M. de Saint-Aignan arriva plus vite qu’on ne s’y attendait. Juste an moment où on arrêtait le prince de Cellamare, il recevait luiméme l’ordre de ipiilter Madrid. On ignora tonjours la cause de cette brutalité, que quelques jversonnes attrihucrent à un propos tenu par M. de Saint-.Aignan. — M. de Saint-Aignan aurait dit à propos d’un testament que venait de faire Philippe V, et dans lequel, en cas de mort, il nommait la reine régente et Albéroni premier ministre :
— Il pourrait bien en être du testament du petit-fils comme il en a été du testament du grand-père.
L’année 1 7 1 8 se ferma par la nouvelle de la mort de Charles XII, qui depuis dix uns occupiit l'Europe de ses chevuleres(|ues folies.
Il fut tué d’un coup de fauconneau, tiré de la forteresse de Frédéricks-Hall qu’il assiégeait : voici l’opinion commune.
Seulement, sans prendre consistance, le bmit courut qu’il avait eu la tête cassée d’un coup de pistolet, tiré par un officier, que le service de ce prince moitié fou avait lasse.
CIIAI'ITliK IX.
!.« rùsiillat iialure! du tons eus uvunumeiils fui la guerre avec 1 Ls- IMgiie.
Le ^ janvier la Fraiu [Uildia son nianilVsle.
Il conleouil l'élal de la l’ianre à la mort de Louis XIV; le l>csoiu iiu'elli' a\ail di’ la paix, la néecssilé pour cliacun de se réunir eonli-e eelniipii la tioulilait. Il ex|Misail les a\anlag<-s faits au roi d'I'lspagiie par le Irailé de la i^uadruple alliaiiee : tels que la renoneialion ahsolue de l'eni|KTeurau rovaume d'Kspagnc, renoneialion qu’il n'avait jamais voulu aeeorder jiisipi'alors ; l'assurance et rimes'ilinx' des dueliés de Toscane, l’arnii^ et l*lais;inee pour lesenfanis de L reine, et la reversion du r<iyaunie de Sardaigne accordée au roi d'Espagne en écliange de la cession qu'il faisait de la .Si( ile.
lx‘ manifesie de la France ap|>ela celui de l'Espagne.
l’hilipiMî V e\|)Osait de son cévié lis motifs (pii l'avaient déterminé à faire la guemi à l'ciiqiereur ; c'élaieni les mauvais procédés des im|iériaux dans l'exéculion des Irailés lois de l'évacualion des [ilaces de la Catalogne et des Iles de Mavorque et d'iviigi, dans lesipielli s ils avaient jeté, en |>artant, des semences de réliellioii, et auxipielles ils avaient fait passer des secoure |)oiir les enqiéclicr de se soiniiellre; de plus, il rappelait l'atlentat commis (lar le gouvernement de Milan sur le grand iiiipiisiteiir d'Espagne, arix'dé conlre le droit des gens lorede son |iassigc dans cetle ville. Et eiilin les négociations qui sef lisaient à Londres et à Vienne pour rendre la Sicile à l'cnqicrcurci jn iver la camronned'Esiiagne du droit de revereioiislipiilée (VU' les Irailé'S.
Or, comme d'après les uianifesles, cluicuiie des deux puissances avait raison, elles en apiM’lérenl à l’arbitre inviKjué en jiareil cas, au Dieu des arnié’es.
1^ 10 mars, les Irmqx'S fran(;aises commandées par le général de Itcrwick, canqH'i'cnt entre Bayonne et Saint-Jean-l’icd-de-l’ort, prèles il commencer les lioslililés conlre l’Espagne.
Le la mars, le prétendant arriva en Espagne prêt à fiire, avec l’aide du cabinet de Madrid, une nouvelle leiilalivc sur les cûles
irAnylcfeire afin d’y opÉrcT une divereimi qui piU emiR'cljer colle puissance (loiircndrc parti pour l'empereur.
Le2l avril, le marquis de Silly passa la Bidassoa et s’cmpiara du cliàlcau do Béhofiie.
Le 27, l'hiliiqie V, ipii s’étail décidé à quitter la jeune reine pour prendre en iK-i-sonne le commaiulemenl de son arrnw, fit puldier une proelauialion déelarant que son amitié (mur le roi de France et son zèle \>our la nation française, le déterminaient à prendre, Ininième, le commandemeni des troiqn-s (mur les tirer de l'o[i|iression.
Im roi Philipim V croyait voir à cette déclaration la France se soulever loul enlièro cl une portion de l'armée française (lasser dans les rangs de l'armée espagiude.
Mais lu France avait liien autre chose h faire que de s’occuymr de la [u-oclamation du roi Philippe V. Elle s'occupait de la captiviU'; de M. de Biclielieu.
Le 28 mai-s 1719, longlem(vs après hîs autres conspirateurs, M. de' Rieliclieu iivait été arrêté, comme nous avons dit, dans sa chamiue à coucher cl conduit à la Bastille.
la' régent qui en voulait depuis longtenqis à Bichelieu, avait dit que le duc, eùt-il «piatre tètes, il avait de quoi les lui faire coiqs’r tontes les ((uatre; mais comme les (irenves de la cul|iahilité du duc n'avaient [las été rendues |iuhli(|ues, qu'une stade lettre (>ar laquelle M. de Bichelieu essayait de faire rester son régiment il Itayonne, courait les salons, on donnait une autre cause, une cause toute personnelle à l'arrestation de l'hoimue à la mode.
Quoi qu'il en fut de la omse de celle arrestation, le fait n’en fut pas moins un grand événement pour les femmes; le due de Birhelieu semblait être leur chose à elles, on leur prenant le duc, on leur prenait un bien qui leur ap|iarlenail : on ei'it dit que les salons de Paris, depuis ceux de la cour jusqu’à ceux de la bourgeoisie, vivant (lar le duc, s’en allaient mourant de|mis que le duc était en prison.
Une autre (mrsonne (Partageait en ce moment, avec l’homme à la mo<le, le privilège scandaleux de [iréoceu|mr Paris, c’était madame la duchesse de Berry ; madame la duchesst; de Berry qui n’avnit [us
LA BÉGEMCK
voulu faire, disait-on, une seule démarche en faveur du prisonnier, son ancien amant, et cela pir jalousie contre mailemoisellc île Valois.
\ l'époque <lc la semaine s;iinte, madan\e de Herry, toute grosse qu'elle était, s'était, comme d'habitude, retiriic aux Filles-du-Calvaire, dans un appartement qu'elle habitait à l'épo(|uc des dévotions de Pâques ou pendant les caprices religieux qui lui prenaient quelquefois.
Cet appariement était une pauvre cclhde dans laquelle elle vivait comme une simple religieuse, couchant sur un lit aussi dur qu'une piei re cl faisant scs |irièrcs sur la dalle humide, sans vouloir accepter |xiurmellie sous scs genoux, ni nattes, ni cous.sins.
Aussi quand les saintes filles voy.iient la royale iHMiilenlc pleurer et prier ainsi , ne coraprenaieiil-elles rien à toutes les rumeurs rlu monde qui pénétraient jusqu'au fond du courent, et qui prétendaient que les [léchés de la M.idelciiie antique n'étaient que des peccadilles [très de ceux de la Maileleinc moderne.
G;lle fois la duche.sse de Berry lit des Pâques encore plus sévères ((ue de coutume; elle éhiit sous le [Kiids d'une prophétie i|ui avait produit sur elle une vive impression. Avant d'entrer en retraite, la princesse, di‘giiisé*e de façon à ne jxis être reconnue, avait été visiter une es|iéce de l«)hémiennc fort en ré|iutatioii à cette é[)oque, la- ' quelle, à riusficction de sa main lui avait dit :
« l'olrc accouchement sera périlleux, mais si vous en réchappez vous vivres loiiytemps. »
OItc pro|)hétie avait d'autant plus frap|x; la princesse , qu'elle coïncidait avec nue autre qui lui avait été faite dans sa jeunesse et qui lui annonçait qu'elle ne dépiLsserait |i,is sa vingt-cinquième année.
Quelipic précaution i[uc prit la [irincessc, le hasard ou la fatalité donna raison à la bohémienne ; dans le huitième mois du sa grossesse, la princesse lit une chute qui tua son enfant.
\ l'instant meme de la chute, la lièvre prit la princesse; la nuit suivante elle eut le transport, au bout de quelque temps elle se trouva si mal que le bruit du sa mort prochaine s'était répandu dans Paris.
En cet état, madame la duchesse de Beri’y ébiit abandonnée île» médecins. Alors, alin de tout tenter, rempyrisme après la science,
on parla de l’élixir de Garus , (jiii était fort à la mode à celle époque. Carus fid mandé; il examina la princesse et la trouxa si mal, qu'il ne voulid répondre de rien.
Connne il ji’y avait plus il'espoir, le duc d'Orléans, malgré la coléiv de Chirac, ne dériila pas moins de |Kinsser la chose à hoid. Garus Ut scs conditions, c’est-à-dire qu’à partir du moment où la princesse aurait pris son élixir jus(ju’à l’heure de la guérison ou de sa mort, -elle lui appartiendrait cniiércmenl. Il demanda (pie luiméme et deux gardes ne quittassent point la cliamhre de la princesse, alin que lés deux gardes-malades pussent veiller, (piand lui prendrait un instant de re[»)s. Tout lui fut accordé, promis, juré. Li princesse prit l’élixir, et Garus et ses deux gardes s’établirent d.ans sa cluimhre.
lae remède réussit au delà de toute es|iérance. A l’instant même la duchesse se sentit soulagée. I‘eiidant queh|ues instants, on craignit ((UC ce soulagement, comme celui ((u’avait é|irouvé le roi laïuis XIV, ne fûtijue momentané. Mais, le soir, le mieux augmenta, se soutint le lendemain toute la journée, de sorte ipie vingUpialre iieures apriB avoir administré le remède, Garus froyait pouvoir re- |Hindre du salut de la princesse.
Mais Garus avait com|ité sans Chirac. Chirac était furieux de voir qu’un charlatan réussissait là oii la mi'decine avait échoué. Il savait que Garus avait dit que dans l’état où se trouvait la princesse, c’està-dire après avoir (iris son élixir, tout purgatif était mortel. Il guetta l’instant où Garus, écrasé de fatigue, dormait sur une ottomane, se présenta à la [lorte, et, d’un geste impérieux, il commanda I ■ silence aux deux gardes, qui, sachant l’influence (|ue Chirac avait sur le duc d’Orleaus, n’osèrent s’o(i((Oser à son action ; et, s’a()[irocliant du lit de la princesse, il lui (irésenta un breuvage.
La princesse, à moitié endormie, prit ce qu’on lui (ir('‘sentait sans s'informer ni ({uelle était la (mtion, ni ({uelle était la main qui la lui offrait, et Chirac disparut avec sa tasse vide.
Au bout de ciii(( minutes, la princesse se dressa sur s<vn lit en poussant des cris affreux , se plaignant d’iqirouver fous les synqitomes de reuqioisuunement.