L\ BI:GENCE
Le régent n’avait aucun motif de soutenir le maréchal , le maréchal était un de ses plus achaniés calomniateurs. A chaque indis|)osilion du roi, un entendait siffler la voix du maréchal , et cette voix disait ; |)oison. Mais comme il était de sang-froid, il pria Dubois de SC calmer, lui dit que pour ne pas le laisser écraser, lui Dulx>is, sous les haines qui le menaçaictd, et que l’arrestation d'un hommecomme le maréchal ne ferait qu'enfler encore, il voulait prendre l’arreshdiou pour son compte, et que cette arrestation aurait lieu, ce qui ne pourrait tarder, à la première insulte que lui ferait le maréchal.
A tout hasard, on envoya chercher M. de Saint-Simon pour préparer, comme il le dit lui-méme, la mécanique où prendre M. de Villeroy.
Le duc de Saint-Simon fut de l’avis du régent, et pensa qu’avec l’insolence bien connue du maréchal, il ne tarderait pas à fournir l’occasion belle, pleine et entière à Son Altesse.
M. le Duc, qui assistait à la conférence, fut de l’avis de M. de Saint-Simon ; mais il proposa de ne pas s'en rapporter au hasard et de préparer le piège.
Ce piège, ce fut .M. de Saint-Simon qui le trouva.
Au prochain conseil, M. le duc d'Orléans parlerait nas au roi, et si le maréchal , comme c'était son habitude , venait fourrer son oreille entre eux deux , M. le duc d'Orléans emmènerait le roi dans son cabinet , alors, sans aucun doute , M. de Villeroy voudrait suivre le roi ; le régent le lui défendrait , M. de Villeroy se porterait alors, probablement, à quelque extrémité dont profiterait Son Altesse.
Tout serait en conséquence préparé |>our l'arrestation du roarérhid .
Tout se passa comme l'avait prévu M. de Saint-Simon , le maréchal voulut écouter ce que le régent disait au roi , le maréchal voulut suivre le roi dans le cabinet du régent; alors le régent dit positivement au maréchal qu'il avait quelque chose de particulier à dire au roi et qu'il devait lui parler seul; ce à quoi le maréchal, prêtant de plus en plus le flanc, répondit que Sa Majesté ne jiouvait pas et ne devait pas avoir de secrets ;iour son gouverneur; mais à cette ol>scrvation le régent se retourna.
— Monsieur le maréchal, lui dit-il, vous vous oubliez, vous ne
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senloz pas la force de vos termes, et il n’y a que la présence du roi qui m'empêche de vous traiter comme vous le méritez.
Et sur ces paroles, Son Altesse lit une profonde révérence au roi , et sortit.
Le maréchal courut après le régent pour s’excuser, mais celui-ci, d'un geste, lui fit comprendre qu’il n’accepterait aucune excuse.
La journée se passa pour le maréchal à se rengorger, disant qu’il avait fait son devoir, et rien que son devoir, mais que cependant , comme la conscience de son droit l’avait peut-être entraîné un peu loin , il se présenterait le lendemain chez le régent pour s’en expliquer avec lui.
Le lendemain , en effet , avec cette superbe épée qui ne l’abandonnait jamais, le maréchal traversa la cour et se présenta chez le duc ; comme d’habitude, la foule s'ouvrit à son passage, et, o^mmc il ne vit rien de changé aux honneurs qu’on lui rendait, il demanda tout haut :
— Où est M. le duc d’Orléans 7
— Il travaille, monsieur le maréchal, répondit l’huissier de service.
— Il faut que je le voie, dit le duc, qu’on m’annonce.
Et au même instant M. de Villeroy s'avança vers la porte, ne doutant pas qu’elle s’ouvrit devant lui.
Elle s’ouvrit en effet, mais ce fut La Fare, capitaine des gardes de M. le régent, qui en sortit, et qui , s’avançant vers le maréchal , lui demanda son épée.
En même temps Leblanc lui présenta l’ordre d’arrestation signé du roi, tandis que le comte d'Artagnan, capitaine des mousquetaires gris, faisait avancer une chaise toute préparée dans un coin.
En un tour de main , le maréchal fut poussé dans la chaise, et la chaise, refermée sur lui, emportée par une fenêtre qui s’ouvrait en porte sur le jardin.
Au bas de l’escalier de l'orangerie, un carrosse, entouré de vingt mousquetaires, attendait le maréchal pour le conduire à Villeroy, lieu de son exii.
Villeroy était à une (fizaine de lieues de Versailles.
Restait le roi à instruire de l’exécution. Le roi, comme tous les
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cnninls aimait tous ceux (|ui le louaient : or, nul ne le louait plus que M. de Villeroy. Le roi aimait donc fort le maréehal.
Aussi, à la première nouvelle de soli alisenee, sans vouloir enteiidre aucune des raisonsqui avaient motivé celte arrestation , le roi SC prit à pleurer : le régent essaya de le consoler; mais, à tout ce qu'il puf dire, le roi ne rx'pondit point, ce que voyant le régent, il salua le jeune prince et se retira.
]a; roi fut triste tout le reste du jour; mais le lendemain ce fut bien autre chose, lorsqu’il ne vit point paraître l’évèque de Fréjus, et qu'ayant demandé où il était, on lui répondit qu'il n'était plus à Versailles, et qu'on ne savait où il était.
En même temps il se ré|wndit le bruit qu’il s’était fait, entre le marrébal cl l’évéquc, un pacte par lecpiel chacun s'était engagé, si l'autre était exilé, à s'exiler volonlaireinent en même lein|)squc lui.
Villeroy avait si bien convaincu le roi qu’il n'était entouré que d’ennemis et (pie d'empoisonneurs, (ju'il ne devait la vie ipi’aux soins assidus de son gouverneur et de son prt'cepleur, que, se voyant s('‘paré de l'un et de l’autre en même temps, il entra dans un véritable désespoir.
Le régent n’avait point prévu le coup et était dans le plus mortel embarras. Dubois s’était imaginé, sans raison aucune, que l’évéqiie élîiit à la Trappe ; et sur ce simple soupçon, »n allait y envoyer un courrier, lorsqu’on apprit que M. de Fréjus s’était tout simplement retiré à Bàville, chez le président de Lamoignon.
Dès que le régent sut à quoi s'en tenir sur la retraite de M. de Fréjus, il courut dire au roi que son précepteur serait de retour dans la journée, ce qui consola un peu le jeune prince. Iaî courrier, dijè en selle [lonr aller ù la Trappe , partit pour Bàville, et , comme l’avait promis le régent au roi , le précepteur revint dans la journée
.M. de Fréjus était quitte de son serment. Il s’était en cITct exilé volontairement le même jour que M. de Villeroy. Ce n'était pas sa faute si le roi lui avait ordonné de revenir; or, comme le premier devoir d’un sujet est d’obéir, M. de Fréjus avait obéi.
A partir de ce moment, le régent comprit que l’évêque était une puissance, il lui expliqua longuement le motif qui l’avait fait se
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porter i\ cotte cxtr6mité vis-à-vis de M. de Villcroy, et finit par la lui faire approuver. Au fond, M. de Kréjiis éfiiit enehanté d’ûtre débarras.sé d'un homme dont plus d'une fois, lui, avait eu aussi à suppôt ter la jactance et l'orgueil.
Il en résulhi que lui-même présenta et recommanda au roi le duc de Qiarost, à qui le régent avait donné la place du maréchal
Quant à ce dernier, comme on trouvait la terre de Villeroy trop près de Versailles, on l'envoya prisonnier à Lyon.
Dubois se trouva donc non-seulement premierministre, mais encore dél)arrassé de scs deux ennemis les plus à craindre, Nocé et Villeroy.
L’Académie profita de la circonstance pour nommer Dubois aca- ^ démicien.
Pendant ce temps, un des hommes qui avaient fait le plus de mal à la France sous le règne précédent, mourait à Windsor. Nous voulons parler de Jean Churchill, duc de Marlborough. Une chanson nous vengea de lui , et d'un nom terrible fil un nom ridicule.
L'époque fixée pour le sacre arrivée", le SS9 octobre la cérémonie eut lieu.
Les six pairs de France laïcs y furent représentés par six princes du sang, ce qui n'avait jamais eu lieu : le duc d'Orléahs représenta le duc de Bourgogne , le duc de Chartres y tint la place du duc de Normandie, le duc de Bourixui celle du duc d'Aquitaine, le comte de Charolais celle du comte de Toulouse, le comte de Clermont celle du comtede Flandres et le prince de Conti celle du comte de Cham[Kignc.
Le maréchal de Villars représenta le connétable de France, et le prince de Rohan le grand maître de la maison du roi.
Lorsqu'on mit la couronne sur la tète du roi , au lieu de la garder, il l'ôla et la posa sur l'autel. On lui dit que ce n’était point dans le cérémonial du sacre; mais le prince répondit qu’il aimait mieux manquer au cérémonial et faire hommage de sa couronne à celui qui la lui avait donnée.
A son retour de Reims, le roi séjourna quelque temps à Villers- Colerets, où le duc d’Orléans lui donna des fêtes magnifiques; puis de là, il fit étape à Chantilly chez M. le duc de Bourbon, qui dépensa un million pour le recevoir.
Aussi, voyani ce luxe, Canillac disnit-il.
• On voit bien que le fleuve Mississipi a passé par là. »
Ce fut pendant son séjour à VilIcrs-Cotei-ets et à Chantilly que le roi prit pour la première fois le plaisir de la chasse, plaisir qui devint chez lui une passion.
A son retour à Paris, M. le duc d'Orléans fit partir pour l’Espagne, accompagnée de madame la duchesse de Duras et du chevalier d’Orléans, mademoiselle de Beaujolais, sa fdlc, dont le contrat de mariage, avec l’infant don Carlos, avait été signé le 26 novembre.
Ce mariage n’eut pas son exécution.
Huit jours après la signature de ce contrat, mourut la princesse Palatine, mère du régent.
Les s|iectacles furent fermés pendant huit jours, le deuil fut de quatre mois.
Peu d’accidents de cette importances’accomplissaicnt sans exercer la verve des faiseurs d’épigrammes.
On proposa cette épitaphe pour la défunte :
Ci-GiT l’Oisiveté.
Un vieux proverbe dit, on se le rappelle, que l’oisiveté est la mère de tous les vices.
Ce fut avec le fameux tremblement de terre de Portugal, qui inspira une tragédie à maître André, le dernier événement de l’année 1722.