‹ La regence et Louis 15Chapitre 32 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Rien , en effet , n'était plus innocent que la cour du roi Louis XV, à l'époque où nous sommes arrivés, c'est-à-dire au 1" janvier 1732.

C'était encore aiî régent qu'était due cette chasleté de la jeunesse de l>ouis XV. Dissolu pour lui, athée, blasphémateur, il avait préservé le royal enfant dont Dieu lui avait donné la garde, de tout contact avec l'orgie univcivielle dont il était le chef. I/)uis XV élait sorti des mains du moderne Sardanapale avec la robe blanche d’Ëliacin.

Aussi , quelle heureuse existence eût été celle de cette pauvre princesse qu'on était allé chercher dans une vieille comnianderie d'Allemagne, pour en faire la reine de France, si, en même temps que la femme, elle eût su être la maîtresse de son royal époux. Aux yeux de Louis XV, Marie Leezinska était la plus belle de toutes les femmes, et la fteondité de la reine faisait foi que le roi ne s'en tenait pas aux simples louanges. D'abord, au bout de dix mois de mariage , elle avait mis au monde une |)remière princesse, puis deux jumelles, puis un fils, ce dauphin dont la naissance avait donné lieu à tant de fêtes, puis le duc d'Anjou, qui élait venu consolider le sceptre dans la main de la branche ainée. Cinq eukmts en cinq

LOUIS IV

aus! et le là're île cette nombreuse famille avait lui-mème à peine vingt et un ans!

Et cependant, tout autour du roi, ce n’étaient que plaisirs. Nous avons dit les amours de toutes les grandes dames de l'époque. Tous les amours se croisaient comme un réseau dans lequel tout cœur venait se prendre, excepté celui du roi. Marie Leczinska ctaitson seul amour, la chasse était son seul plaisir.

C’était une chose merveilleuse que les chasses de la jeunesse de Louis X'V, avec toutes ces galantes amazones qui les suivaient. La belle comtesse de Toulouse , mademoiselle de Charolais, mademoiselle de Clermont, mademoiselle de Sens, toutes ces héroïnes des peintures de Vanloo, qu’il nous a laissées vivantes après un siècle de celle vie mythologique dont toute l’éilbque est parfumée. Ces chasseresses, non pas chastes comme Diane, mais amoureuses comme Calypso, qui couraient les bois de Rambouillet et de Vincennes, de Boulogne, de Versailles et de Satory, non pas en calèche comme mesdames Henriette de Montespan et dclAVallière,. mais à grande course de chevaux, leurs cheveux poudrés, noués par des chaines de perles et de rubis, le petit chapeau à trois cornes coquettement (lenché sur l’oreille, l’amazone à revers, serrée au corsage et traînant jusqu’à terre , sans cependant cacher le petit pied qui éperoimait le cheval avec un aiguillon d'or.

Au reste , toutes ces chasses n’étaient pas sans dangers : cerfs et sangliers vendaient chèrement leur vie aux illustres piqueurs qui les poursuivaient l’épieu à la main. Dans une de ces chasses, M. de Melun fut tué : c’était l’amant de mademoiselle de Clermont; mais la jeune princesse était si indolente que madame la duchesse demandait le lendemain ;

— Croyez-vous que mademoiselle de Clermont se soit aperçue que son amant est mort?

Puis, au retour, c’étaient de ces joyeux soupers comme en font des esprits et des estomacs de vingt-cinq ans, des nuits passées au jeu , nuits plus agitées et plus brûlantes encore que les jours où l’or roulait sur les tables en étincelantes cascades. Ije roi jouait comme son aïeul Henri IV, seulement Henri IV gagnait toujours, et le roi

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