CHAPITRE VU
I.es années qui suivent la signature de la paix sont employées, par les différentes puissances qui y sont intéressées, à l’exécution des articles de celte paix.
Ainsi , le 1 6 avril , le comte de Trawn prend possession , au nom de
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Vmpcrciir, des duchés de Parme et de Plaisance. Ainsi, les 18 janvier et31 marejM. de La Galaizière, maître des rcijuétcs, prend possession du duché de Bar et du duché de Lorraine. Le 9 juillet, le grand-duc de Toscane, Gaston, qui semble pressé de rendre son duché à l'empire , meurt dans sa soixante-sixième année ; c'est le dernier des Mcdicis, dont la race a régné 237 ans. Aussitôt cette mort signifiée, le prince de Craon fait prêter serment aux sénateurs, pour le duc de lorraine. Le 3 février 1739, le roi de Sardaigne, et le 21 avril de la même année, les rois d'Es[iagne et des Deux-Siciles , accèdent aux traités de Vienne. Enfin, le l'' juin, la paix est proclamée à Paris : pendant ce temps le reste de la société de Louis XIV disparait, et la société de Louis XV se constitue.
Le duc de Berwick meurt à l'àge de C8 ans, le maréchal de Villars meurt à l'àge de 81 ans, M. le duc du Maine meurt à l'àge de 66 ans, le cardinal de Biny meurt à l'àge de 81 ans, le comte de Toulouse meurt à l'àge de 64 ans, M. le maréchal d'Estrées meurt à l'àge de 76 ans, le duc de Mazarin meurt à l'àge de 79 ans, le maréchal de Roquelaure meurt à l'àge de 82 ans , la princesse de Conü meurt à l'àge de 72 ans; enfin, Samuel Bernard meurt à l'àge de 86 ans.
11 ne reste, d’un au Ire temps, que le cardinal de Fleury, qui, à son tour, va bientôt mourir.
Autour du jeune roi, âgé de 27 ou 28 ans, la jeune génération se presse. I>c duc de Richelieu en est l'ainé; mais le duc de Richelieu n’a jamais eu d’àgc; Richelieu est tout, auprès du roi, diplomate, ambassadeur, convive à table, compagnon à la chasse, professeur d’amour, professeur de guerre; c'est lui qui donne le ton à toute cette folle jeunesse, qui a Marivaux pour poète , Watfeau pour peintre ; Crcbillon fils pour romancier.
Après le duc de Richelieu , vient le beau La Trémouille , dont l’intimité a été si tendre avec le roi, qu’on en a brûlé Duchauffour. La Trémouille, qui, pendant la dernière guerre, est tombé de cheval, à la tète de son escadron , et qui ne s’est préoccupé que d'une chose , de cacher son visage pour ne pa.s être défiguré; le comte d’Agen, qui est de cette ambilicuse famille des Xoaillcs, qui, parmadamede
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Mainlenon, a eu une presque alliance avec Louis XIV, comme les Mortcmarl , par madame de Mü'nles|>an ; le marquis de Souvré , élevé près du roi, dans l'inUmité du roi, et qui, lors de sa maladie, l'a soigné eu excellent cœur, en ami dévoué ; le maixpiis de Gesvres, le marquis de Coigny, le duc de Nivernais, le marquis d'Aulin. Tous ces jeunes seigneurs, enfin, qui viennent de faire le siiige de Phili|isbourg, de gagner les liatailles de Parme et de Guastalla , sur les impiiriaux, et qui s'apprêtent, le cha|ieau à la main, la manchette plissée, le nœud à l'épaule, à gagner, sans rien chiffonner de tout cela, la bataille de Fontenoy, sur les Anglais.
Pour tout ce monde spirituel, railleur, débauché, Versailles, avec ses grands appariements, ses longues galeries, son parc aux allées droites, n'csl plus ce qu'il faut aux petits soupcis ; scs petits appartementSj les salons sans éliquello où l'on puisse se rouler sur le satin, SC voir dans les glaces, s'entendre sans avoir besoin de crier.
Ixiuis XV achète Choisy à M. de La Vallière; Clioisy, ce sera le Marly de I/)uis XV.
Alors, Lemoine, Caysevox, Pigallc, Boucher, se mettent à l'ouvrage; les uns taillent le marbre, les autres couvrent In toile.
Toute celle cour, jeune, ardente au plaisir, amoureuse de la guerre, avide encore plus d'amour que d'honneur, était, comme on le comprend bien, l'ennemie du vieux cardinal. On voulut renouveler une tentative du genre de celle qui avait échoué du temps de madame de Prie, sous M. le duc de Bourl)on; les conspirateurs furent madame de Mailly, sultane toujours n'gnantc, La Trémouille et Gesvres; il s'agissait de sul>slituer M. de Ghauvelin au cardinal. Le cardinal sut tout par la société du comte de Toulouse, ((ui lui était toute dévouée. Malheureusement pour les conspirateurs, M. de Ghauvelin était ministre des affaires étrangères pendant la dernière guerre, et, à tort nu à raison , le bruit avait couru qu'il avait reçu de Vienne des sommes considérables pour que la Savoie fût maltraitée; en effet, on se le rapirelle, pour prix de son alliance active, Gharles-Em.nanuel n'avait reçu (|ue deux petites provinces.
l.e cardinal rassembla tous ces bruits vagues, les coordonna pour en faire un acte d'accusation, présenta cet acte d'accusation au
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conseil du roi, et fit décniter la disgrâce de M. de Chauvelin.
Le 20 février, M. de Maurcpas entra cliez M. de Chauvelin, et lui remit cette lettre du cardinal de Fleury.
« L’amitié que j'ai toujours eue pour vous , Monsieur, m’a retenu « jusqu’à présent de vous porter le coup que l'honneur, la con- ^ science, la probité et le bien de l’État, m’obligent à vous porter B aujourd’hui. '
« Signé : le cardinal dk Fleury. »
En même temps, M. de Jumilhac attciidait à la porte, avec ordre de conduire M. de Chauvelin à Gros-Bois.
M. de Chauvelin, abattu, le cardinal se retourna contre La Trémouillc et de Gesvrcs, le roi voulut soutenir ses deux amis ; mais il lui fallut céder. Le cardinal exigea l’exil, et l’exil fut accordé. Le vieux chancelier d’Aguesseau reprit les sceaux, M. Amelot, intendant des finances, fut nommé secrétaire d’État des affaires étrangères, et M. de Maurepas, ministre d’Ëtat.
Madame de Mailly était la seule dont le cardinal ne se fût pas vengé; c’est que le cardinal, les yeux li'és sur le roi, comprenait que Louis XV allait bientét le venger du reste.
En effet, Louis XV, âgé de trente ans à peine , a déjà usé une portion des plaisirs de la vie. Louis XV est blasé sur la table, Louis XV est blasé sur le jeu, Louis XV s’ennuie au milieu de cette cour spirituelle, élégante, sensuelle, parfumée, Louis XV est triste, il plaisante sur la mort qu’il craint, une seule chose peut raviver Louis XV, qui a usé de tous les changements, excepté d’un seul, le cliangement en amours. Celui-là, nousallons le voir l’épuiser comme les autres.
' Parmi les quatre sœurs de madame de Mailly, il y en avait une qui rêvait une singulière renommée; c’était de partager les bonnes gràccs du roi avec sa sœur, de s’emparer du cœur de Louis XV, puis de son esprit, d’arriver à renverser le premier ministre età gouverner la France. Cette sœur, qui n était pas encore mariée, était mademoiselle de Nesle, elle venait d’entrer dans sa vingt-troisième année, elle liabiLait l’abbaye de Port-Royal. Et cependant elle n'était pas jolie; elle ne s’abusait pas sur sa figure, et savait que le roi ne