‹ La regence et Louis 15Chapitre 41 sur 88 · I.OUIf XT · texte numérisé non relu

I.OUIf XT

pouvïil soulTril' les remnias ; mais elle avait de l'ima^iiialioii un caractère aventureux et liardi , et à force de disirer elle en était arrivée à croire. Aussi écrivait-elle à une chanoiiiesse de ses amies nommée madame de Dray ;

O J’enverrai lettre sur lettre à ma so-ur de Mailly, elle est l>onne, « elle m’apixdlcra prrè d'elle. Je me ferai aimer du roi, je chasserai « Kleury et je go'ivcrncrai*la France. »

Toutes ces choses réussirent d'abord selon les vœux de mademoiselle de Nesic.

Madame de .Mailly se laissi loucher par scs lettres qui lui i«'ignaient tout l'ennui d« couvent; elle (il venir pris d’elle la pauvre recluse.

Mademoiselle de Nesle dressa toutes ses Ixitteries. Louis XV qui s'ennuyait à trente ans comme laïuis XIV s'était ennuyé à soixantedix, trouva une distraction dans l'esprit de la nouvelle venue, et quand madame de Mailly s'aperçut des projets de sa sœur, il était déjà trop tard pour qu'elle pût s'y opposer.

Alors madame de Mailly prit le parti d'aider aux amours du roi au lieu de les comlvallre; d’ailleurs elle aimait tant le roi, qu'elle aimait mieux le posséder à moitié que de le perdre tout à (iiit. Madame de Mailly espérait d'ailleurs que cette complaisance resterait ignorée, mais ce n’était point là le but de mademoiselle de Nesle ; elle fit si bien, que le roi s'ouvrit de son bonheur à quelques courtisans, si bien qu’au bout de trois mois, le secret de la pauvre madame de Mailly fut celui de toute la cour. Seulement, la chose connue, il s’agissait de marier mademoiselle de Nesle.

On jeta les yeux sur M. de Viulimillc, ix'tit-neveu de l’arcbevéquc de l*aris.

M. de Tencin venait d'élre nommé et n’avait guères d'autres droits au cba|)eau que ceux que M. deVintimille était près d’ao quérir.

On promit deux cent mille livres de dot et la place de dame du [Vidais [vour la future, six mille livres de pension et un logement à Versailles [Ktiir le mari.

A partir de ce moment toute la famille jouit de 1a faveur la plus

T5igitizcxl b; t^oglc

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praïulp; les trois autres soeuis de madame de Mailly et de made'iioitelle de Nesle, madame de Launigiiais, madame de Tournelle el madame de Flavacourt soûl pn^iitées.

Le vieux mar<|uis de Luc prolile de la faveur de sa bru pour monter dans les carrosses du roi, liotuieur au reste, auquel il a graiidemenl droit.

Liiliii, Vintimille est de toutes les (wrlies, de tous les soupers et de tous les Choisy, comme autrefois, sous Louis XIV, on était de .Marly.

Alors madame de Vintimille poursuit son but par sa soeur, madame de Mailly, qui la sert el ipii la complète; elle s'empare du roi par l’esprit el |iar les stms, lui fait oublier son long cou, sa grosse taille, SI dèinmclie rude et cavalière; le roi est à elle, bien à elle, et comme elle l'a écrit à son amie la chanoinesse , la religieuse de Port- Uoyal est en mesure déjà de lutter contre le cardinal et commence à gouverner la France.

Sur ces entrefaites un événement arriva qui donna à cbacuu la mesure de sou pouvoir.

la' Iwaii duc de lai Trémonille mourut de la petite vérole.

la' Ikxui duc était fort revenu de ses erreurs de jeunesse si tant est, toutefois. (|ue sa jeunesse ei'il en les errems qu'on lui lu éte; il s’était admii'id)lement conduit dans sa disgrâce, et sacrifié par Louis XV au vieux cardinal, il avait pris congé du roi eu lui disant en face ; Sire, vous n’éles plus digne d'étre mon ami. Sa charge de gentilhomme de la cliambreébiil la seule qu'il ei'il conservée. Il était marié et adorait s;i femme, ils s’étaient nnilnelleinent promis de se séjwrcr niomentanémentsi l’un ou l'autre était atteint de la petite vérole, que ni l'un ni l’autre n'avait eue. Mailanie de La Tiémouilleen fut atteinte, mais comme elle ignorait elle-tiiènie la maladie dont elle souffrait, elle n’en prévint |)as son mari, qui, quoique avisé |)ar le miMlcs’in du danger qu'il counut , voulut rester prés d'elle cl continuer de la servir.

La duchesse guérit, mais à son tour le duc tomba m<üade et mourut.

Ce fut un deuil parmi toutes les femmes de Paris ; le duc fut pleuré •

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tomme le modMedes maris, et presque ranoniirf' comme un martyr de dévouement conjugal.

Il fut question de lui élever un temple par souscription.

La Trémouiüe, en mourant, laissait une lîllc et un fils de quatre ans.

IjCS ducs d'Aumont, de Gesvres cl de .Mortemarl , dont La Trémouille était collègue comme gentilhomme de la chambro, demandèrent pour cet enfant la survivance de la charge de son jitTe. Mesdames de Mailly et de Vintimille sollicitaient pour le duc de Luxembourg.

Le cardinal de Fleury désirait faire nommer son neveu.

En conséquence, le vieux ministre avait eniplovè un de ces moyens détournés qui lui étaient habituels. Il était venu trouver le roi, et il lui avait dit :

— Sire, tous mes amis me pres.scut de demander è Voti'c Majesté la charge pour mon neveu, mais il est déjà si eoinhlé de hiens, qu’au lieu de vous recommander quelqu’un de ma famille, comme on m’y pousse, je viens vous demander la survivance du duc de La Trémouille pour son fils.

— Et vous avez raison , monsieur le cardinal , avait répondu le roi; moi-raérae j’avais songé à votre neveu, mais j’ai réfléchi qu'une pareille faveur, lui faisant trop d’ennemis, lui serait plus préjudiciable qu’utile.

Le cardinal demeura stupéfait, il ne s’attendait |ias à la réponse. Alors il comprit la lutte qui allait s’engager.

Le cardinal, n’osant plus demander pour son neveu, s’entêta donc au petit La Trémouille, déclarant au roi qu’il avait engagé si parole à sa mère, et que si Sa Majesté le forçait de manquer à sa parole, il n’avait plus qu’à demander son congé au roi, voyant bien ipi’il lui devenait inutile.

Au reste, ajouta-t-il, son grand âge demandait des ménagements et SI santé du repos.

Sur quoi, le cardinal, selon son habitude, se retira à Issy.

Le cardinal savait que si principale force à lui, c’était son absence.

Lui retiré, les inteiêts agirent à l’aise.

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Mi-silamcs de Mailly et de Viidiniille continuérciil de pivseider M. de l,u\enilK)iii)».

Madame de l.n Trémouilic, secondee par les trois gcnlilsliomnies de la eliaitdire, jidait les hauts cris lai faxeur de son l;ls.

Le neveu ilu eardiiial ii’avait iiei-sunne jmiir lui i|uc son oncle alisent.

Le ]>reniicr mouvement de laiiiis XV fut un mouvement de ivao tion rontri' le eardinal.

Dans ee pivmier mouvement, il prit la plume et lui écrivit cpi’il serait désespriré d’exijier de lui un Inivail qui jiourrait porter (pielqne préjudice à sou itqxis; ajoulaid ipie si sa santé demandait qu’il se retirât, il lui en donnait la |iermission. l’iiisla lettre écrite, le roi la mil dans sa |ioctie, en se promettard d(? l'envoyer à son heure.

(iepeiidant le cardinal avait fait faire une ouverUireà madame de Vinlimille. ‘

tÀiinme l'audiassadeur romain, l'envoyé de Jl. de Fleury avait a)!- [ua lé la (Kiiv ou la puerre. Madame de Vintimilie avait réfléchi nu iiislani; puis calculant la faiblesse du roi, se rappelant qu elle avaiti elle, viupt-quatre ans. et le cardinal ipialre-vingl-ilix, elle s’était convaincue ipie mieuv valait temporiser cl prendre pour alliée la mort <pii ne pouvait lardera venir.

Oi', comme depuis quelque temps le roi allernail. i|u'il passait la soirré chez madame de .Mailly, elle alla trouver ni sieur.

— Chère sieur, lui dit-i'lle, nous n’avons (vas un instant à [verdre pour nous rallicrà M. de Fleury; peut-être l’emporlcrons-nous cette fois sur le cardinal, mais tiil ou lard il reviendra au [louvoirct nous fera chasser.

.\rrauge-toi donc de façon à ee que demain matin le neveu du cardinal soit nommé.

.Malheureusement madame de .Mailly n'élait |kis la femme qu’il fallait |KUircos sortes d'iulrigues; aimant le roi pour lui-mème. comme La Vallière avait aimé Louis XIV, elle ne demanda qu’une chose, c’est que, ne se mêlant point de poliliqiie, la politique, de sou cédé, ne vint pas la trouver, .\ussi, après avoir tout promis à sa .sœur, u'accumplit-elle, le soir venu, aucune de ses promisses.

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Kllc s «lait faite ])liis Itelle encor e i|ue (l’iialiiludc: elle avait nièlé (les lletirs el tics (liaiiiaiils à scs chcvcnx; mais Louis XV avait vu (tans ecs Heurs et dans ces diamants un travail de co(|uelterie au |irutitde l’amour, el non nu prolit de la |)olili(pie.

>ladame de Mailly s’endonnit sans avoir ouvert la bonelie au roi ni du jeune de Ui Tremouille, ni de M. de l.uvemliourf;, ni du neveu du cardinal.

Mais le roi tourmenté, ne dormait pas, lui ; il semlait sa vie Iroulilee par les grondements de son ancien proles,seur ; il voyait ce travail de eori(!spondimcc curop('!enne. dont il ne s'était jimiais préoccupe, relomlrer sur lui ; il devinait les aniliitions pi ineiirres contre l(S(pielles il allait falloir Intler lorsipie le vieux ministre ne serait plus là pour dir e à l’intrigue comme Dieu à la mer : Tu n’iras pas plus loin.

Il (dait donc puicmenlet sim|>lemenl appuyé sur le cana|X'. el regardant cette tête où les roses aux torts harrnotrieux se mêlaient avec la iMiudrc, et an milieu rie la pmidre et deslleui's, les diamarris Iremlilrrienl comme des gouttes de rosée.

I.a respiration s’('rchap|srit de la liouclie de la belle dormeuse en haleines régulières et alternées.

Le roi la réveilla.

Lu première chose r|ui frappa madame de Mailly en ouvrant les yeux fut l’aspect mélatreolitjue de lautis XV.

— Oh ! mon Dicrr ! s’éeria-t-elle, mais rju’a donc Votre Majesté?

le roi poussit un sortpir.

— J’ai, mit chéi-e, dit-il, (|ue jesuis fort tourmenté.

— El à (|uel pro[K)s, Sire?

— A pro|)Os de tout ce (|ui se jxissc.

Maditme de .Mitillyse souvint de l’etrgagcment pris le matin même avec sa sreur; l’ouverture (400 lui faisitit le roi était kdle, elle s’y hasarda.

— One se passe-t-il donc de si grave. Sire? demanda madame de .Miiilly en souriarrt de son plus clrartumil sourire. ' — Mais vous le savez, bien, méchitnle, dit le roi, puistiue vous êtes une des personnes qui trtc lourtnenlenl. — Moi, Sire! s’écria madame de Mailly. —

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