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IjO roi lui (lonnti rancicii a|i()artcmciitde madame de Maüly, ilans l’aile neuve, et lui promit la place de dame du palais. Quant à madame de La Tuiiriiclle, on la comluisit dans l'appartement de M. de Vauréal , évwiue de Rennes.
Madame de Li Tournelle et madame de Flavaconrt étaient les plus belles des ciiK] soeurs. Le roi ne fut point sans s’ajicreevoir de cette l)caulé. 11 avait un penchant pour les demoiselles de Ncsle, et il commença de faire la cour aux deux nouvelles commensales iiue la dureté de M. et de madame de Maureias lui avait données. De leur côté, M. et madame de .Maurepas, voyant ratlenüon que le roi portait .aux deux soeurs, résolurent de se rapprocher d'elles; mais ils réussirent seulement prés de madame de Flavacourt, bonne femme, esprit charmant, cœur sans rancune, laquelle déclara que, de son côté, tout était |wrdonné à M. et madame de Maurejxis, s'ils' faisaient la moindre démarche auprès d’elle. )Liis il en fut tout auliay ment de madame delaiTouruelle, qui leur jura et qui leur tint une belle et bonne haine.
Au reste, au moment où le roi tournait à la fois les yeux vers madame de Flavacourt et vem madame de La Tournelle, voici où en élaient ces dames. Le mari de madame de Flavacourt , nous l'avons dit, était à l'armée; mais il était, tout absent qu'il fût, fort aimé de sa femme, qui, dès l'ahoi'd, fit comprendre au roi ({u'elle ne Irahirait pas son mari , même pour un roi. Madame de Li Tournelle était veuve. Elle avait pour amant le comte d'Agenois, fils du duc d'Aiguillon, neveu de M. de Richelieu. Aussi fut-ce à M. de Richelieu que Louis XV s’adrcs.sa, comme devant avoir, en sa i[ualilé de grand parent, toute l'influence sur le jeune comte. .Mais le duc, au lieu de la ()ersuasion , |iensa que mieux valait employer la ruse. Il dé|)écha au comte d'Agenois une dame de la cour, avec missiou de séduire le comte. Pendant ce temps, madame de La Tournelle, retirée à Versailles, ne voyait que les peivionncs i]uc le roi lui permettait de voir ; et le comte d’Agenois n'était |>as au nombre de ces |>ersonnes-lù. Mais madame de La Tournelle n'en résistait p^is moins à L>uis XV, à qui elle avait avoué son amour pour le comte, de la fidélité duciucl elle était certaine.
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Ce fut alors ((ue M. de Hiclielieii eomiiienra son (ouvre. La sirène qu’il avait déii('olH'‘e à son neveu faisait tous les jours des progrès dans le cœur du comte, que son isolement livrait diisarmé. .Mais alors la dame feignit une absence, on promit de s’écrire et l’on s’écrivit.
laîs lettres du comte d’Agenois étaient remises par 1a dame à Richelieu, par Uiclielicuauroi,el var leroi à madame de Ui Tournelle.
Malgré ces preuves écrites, madame de La Tournelle avait tenu Ikui d’abord , prétendant (|ue l'on imitait i’é-criture du comte; mais les lettres devinrent si tendres, les marques de l’inlidélilé du comte furent si patentes, (pie madame de I.a Tournelle ré’solut de se venger *de sou infidèle amant. Il n’y a (pi une vengeance possilile en pareil cas ; c’est la [Kune du talion. Madame de La Tournelle s’arrêta à cette vengeance , et jiromit au roi de le prendre |«mr complice. Mais ce fut à une condition. .Madame de La Tournelle hais-siit sa soMir de .Mailly; d’ailleurs, elle était trop fière pour accepter lc|iartage toléré pir mesdames de Vintimille cl do Laiiraguais. Elle exigea la {Ksgn’ice de madame de Mailly. Ixî roi, qui n’aimait plus madame de Mailly, promit à madame de Li Tournelle tout ccipi’elle voulut.
Piait-ètre Louis XV était-il assez embarrassé de notilicr cette disgnice à madame de Mailly , loi-S(pie celle-ci alla au-devant d’une explication, en reprochant au roi sa froideur pour elle. Louis XV était cruel jKiur les femmes ([u’il n’aimait pins. Il saisit l’occasion, dit à madame de .Mailly que cette froideur était vraie, qu’il ne savait pas dissimuler, et que, ne l’aimant plus, il ne pouvait feindre une passion ()ui avait cessé d’exister.
A cette réponse, madame de Mailly jeta les hauts cris, fondit en larmes, et tomba à genoux devant le roi.
Mais la glace était rompue, et madame de Mailly apprit séan(» tenante de la lionche de son royal amant que non-seulement il ne l’aimait plus, mais encore qu’il lui fallait, en se retirant, faire plaia; à sa rivale.
.\loi-s, madame de Mailly pria, supplia; elle ollrit de jouer pri’s de madame de 1-a Tournelle le même rôle qu elle avait joué prés de ses sœurs Vintimille et Lauraguais, mais, implacable
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envers elle, le roi lui aecorda deux jours |)our se retirer, voilà tout.
»l.e renvoi était d’auUint plus cruel ijue niadatne de Mailly n'ayant ni |)èrc ni mère, séiKirée de son mari, ne savait littéralement où aller en sortant de Versailles.
Kilo dit tout cela au roi, mais le carrosse qui devait remmener n'en fut pas moins à la porte à l'heure annoncée. Heureusement, madame la comtesse de Toulouse qui avait toujours été son amie , la relira chcL elle , tandis que madame de Li Tournelle , invik'-e à aller à Clioisy, devait y prendre pulili(|ueiuent la place que sa sœur avait tenue.
Ce fut le 12 novembre que le voyage eut lieu. Le roi, donnant la main à madame de La Tournelle, monta dans la gondole avec mademoiselle de L;i Hoche-sur-Yon, madame de Flavacourt, madame de Chevreuse, M. de Villeniy et le prince de Souhise.
Cependant, arrivée à Clioisy, madame de l.a Tournelle eut honte, remplaçant sa sœur, de lu remplacer si facilement et si publiquement.
Le sou|X!r fini, et comme le roi la dévorait des yeux, elle s'a|iprocha de madame de Chevreuse.
— Ma chère, lui dit-elle, on m'a donné une chambre trop grande et j'ai |)cur ; vous qui êtes connue pour votre courage, donnez-moi la vôtre, je vous prie, et prenez la mienne.
Mais madame de Chevreuse n'avait garde d'accepter ; elle craignait quelque méprise royale, où reconnue elle pourrait bien jouer un sot rôle.
— Chère amie, répondit-elle à madame de Li Tournelle, je ne suis pas à Choisy chez moi, mais chez Sa .Majesté ; je ne puis donc rien faire que par l'ordre et avec ragrémcnl du roi. Il en résulta que madame de La Tournelle fut forcée de garder sa chambre, mais comme elle avait honte d'accepter une si rapide succession elle s'y barricada, et, malgré les voyages nocturnes du roi, malgré scs grattements amoureux à la porte, elle s'y tint eid'ermi'e. Cette intrigue galante, la repiusenlation de Mahomet et une voiture que venait d'inventer M. de Uichelieu, tirent les frais du dernier mois de l'ahnce 1742.
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M. de Rirhelicn fort ennuyé de (|iiiller la eoiir pour aller lenir les étals du Lingtiedoc, avait déclaré au moins qu'il s'en irait, en dormant, jiiscpi'à Lyon, où il était obligé de s'imréter. En conséquente, et pour tenir sa promesse, il inventa une voilure de six pieds de long, bien douce, suspendue à double ressort et contenant un lit complet. IjC 13 décembre an soir, la voiture fut amenée dans la cour de Vci'sailli’s, où tout le monde descendit pour la voir.
Aneuflieures, le duc de Richelieu lit bassiner son lit, se déshabilla on ne]Kut plus modestement devant les dames, prit congé dessiierlalcure, cria à son cocher, — à l.tjon, dit à son valet de ch.imbre : vous m'éveillerez en arrivant, tiia son bonnet de nuit sur ses oreilles et s'endormit.
Quant à madame de Mailly, comme il était arrivé à La Vallière, elle |x>rta au Seigneur la plus sainte olîrande qu'une femme jTuisse faire à Dieu, celle d'un cœur brisé par l'amour. 11 y avait alors un piédicalenr fort renommé, qui se préparait ù prêcher aux nouvelles calholiipies le carême de 1 743, c'était le père Renaud de l'Ondoirc. Madame de Mailly all.i le trouver, le pria de la diriger, mais il s'en défendit sous pi’étexle de scs grands travaux. .Mors elle alla trouver l'archcvcque, M. de Vinlimillc, auquel elle, communiqua son dessein de renoncer au monde et de faire une pémitencc anslérc. Mais le bon prélat, qui, ainsi qu'on le verra à l'époque de sa mort, n'avait pas dt‘s principes de religion impitoyables, tout en la louant de sa ferveur, lui repre-senta que la vraie piété excluait Ions les excès, et que le silence et la modestie étaient ce qu'il y avait de mieux pour une femme dont la pcaiilcncc mémo était un scandale.
Madame de Mailly conqvrit la sainteté de ce conseil, elle se relira s;ms bruit et tout doucement du monde ; on vit alors cette Icmme de luxe, de plaisir et de volupté, devenue modeste dans ses vêlements et rigide dans scs mœurs, supporter avec une pieuse résignation, nonseulement son malheur, mais encore les injures qu'il lui allirail.
Enfin le roi , louché de la risilgnation de madame de .Mailly, après avoir défendu d'abord qu'on lui en pirlàl, lui donna trente mille livres de rentes, un hiMel rue Saint-Thomas-du-lmuvre et ordonna qu'on payât ses dettes. Les dettes de madame de Mailly s'élevaient ù plus de 700,000 livres.
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Pendant ce temps, <|uoiquc l'Europe et la France fussent en pleine paix, (pioi(pie aucune raison de malheurs ne se fit visible, la France s’en allait mourant de langueur ; on eiit dit quelle aussi était octogénaire au compte des siècles, comme son ministie l'était au compte des années. Les provinces du Maine, de l'Aiigoumois, du Haut-Poitou, du Périgord, de l'Orléanais et du Berry, c’esl-A-dire les plus riches de France, étaient atteintes d'une esj)èce de fièvre lento, (pii les minait. Cette tièvre lente, c'était l'inqiol, l'impùt qui tirait de leurs veines, l'or le phts pur, l'or, ce sang des nations, que, sombre vampire, le gouvernement alisorbait. La Normandie clle-m(''me, cet excellent pays, succomliait aux vexations des traitants. Tous les mé*tayci-s étaient ruinés et l'on n’en trouvait plus. I,es grands propriétaires étaient obligé-s défaire exploiter leurs terres par des valets.
M. Turgol, prévét des marchands, donna un des premiers l'alarme en élevant la voix [wur se plaindre. .M. de Harlay, intendant de Paris, fit susiicndre la réparation des chemins par corvé-c. L'évéipie du Mans vint de son diocèse toucher harre à Versailles, rien (pie i>our dire (lu’en son diocèse tout se mourait. Enfin M. le duc d’Orléans apporta au conseil un morceau de |iain de fougère ipie lui avait procuré le comte d'Argenson, et, le posant sur la table du roi :
— Sire, lui dit-il, voilà de (pioi vos sujets se nourrissent.
L’évéque de Qiartres vint aussi à Versailles, où il tint des discours
singulièrement hardis au lever du roi; et au diner de la reine, le roi l’ayant interrogé sur l'état deson diocèse, il répondit que la famine et la mortalité y régnaient, que les hommes broutaient l’herbe comme les moutons, et (ju’àprès la misère qui n’était que pour le (leuplc, viendrait la peste qui serait pour tout le monde. La reine alors lui offrit cent louis pour ses pauvres; mais il refusa.
— Gardez voU'C argent, Madame, dit-il; quand les finances du roi et les miennes seront épuisé'cs, alors Votre Majesté assistera mes pauvres diocésains s’il lui reste ((uelque chose.
Pendant une des retraites du cardinal à Issy, le roi alla lui faire une visite, et traversa le faulvourg Saint-Victor; le passage du roi fut su d'avance, et alors le (xmple s’amassa cl cria, non plus vive le roi/ mais : misère! famine! du pain!!! Le roi fut si attristé de cette
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ilcmonstration qu’au lieu ri'allei' à Issy. il alla à Choisy, qn'on y an ivanl il foiipiflia lous les ouvriers qui Iravaillaieiil aux elioses de luxe, et qu'il écrivit dès le soir au cardinal ce ipi’il venait de faire. .\u milieu de foules ces luniiéres, qui [Kirvcnaient jusqu'à Versailles, et qui éclairaient les choses de leur vérilahle jour, arriva ,M. de 1^ liochcfoucauld, lequel dit au roi qu'il ne connaissait sans doute point l'élal de ses provinces, et ipie ses ministres lui fardaient la vérité, niais le roi secoua la tète.
— Monsieur le due, rejiondit-il, je connais cela aussi liien que [lei-sonne, et je sais que depuis un an mon royaume a diminué d'un sixième.
Sur ces entrciaifcs, des bruits de guerre européenne coururent à pro|ws de la mort de rcmiwrcur Charles VI, et comme on s'en inquiétait, le cardinal répondit naivement :
— Rassurez-vous, la guerre est impossible, attendu que nous manquons d’hommes en France.
En ctl'et, on cidcula que [K'ndant les annrà IT.'ID, 1740 et 1741, il mourut de misère plus d'hommes en France, ipi'il n'en niourid pendant toutes les guerres de lamis XIV.
Ce fut sur CCS entrefaites ipie la santé du cardinal s'alTaihIil au jxiint que l'on jugea sa mort prochaine, lui-mémenese faisait plus illusion, et malgré les fausses listes de centenaires ((uc publiaient les journaux, il sentad iju'il approchait de sa fin. Ceiiendant, malgré cet alïaihlisscmcnt, il se cnmqxuinait encore^ à l'autorilé. Chaque jour, les ministres avec lesipiels il ne pouvait plus travailler venaient ■ lui rendre compte et prendre scs ordres. Mais on avait si grand soin d'éloigner de lui tout ce qui [Hiuvait le faire songer à la mort, qu’un malin, après avoir travaillé avec lui, le manpiis de Rrcteuil, secrétaire d’état au département de la guerre, s’étant trouvé indisposé, les gens du cardinal ne lui portèrent aucun secours, de peur que cet événement ne fit trop d'impression à leur maître, et se débarrassiTcnl du moribond en le jetant dans son carrosse oii il monrni en arrivant à Paris. Eidin, les 27, 2S cl 20 janvier, les iorces du cardinal diminuèrent tellement, qn il comprit (pie son heure él:iil arrivée. Pendant ces trois jours le roi lui rendit deux visites, à la se-
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condc il avait amené le daiipliiii avec lui, et comme on tenait le jeune prince éloigné du lit du moribond :
— Laissez-ie s’approcher, dit le cardinal, il est bon qu’il s’habitue à un pareil spectacle.
Ce furent les dernières paroles que prononça le mourant, qui CTpira le 29 janvier 1743, à l’àge de quatre-vingt-neuf ans. Une épigramme fut son oraison funèbre.
« La France est malade depuis cent ans, disait-on, trois médecins vêtus de rouge l'ont soignée successivement. Richelieu l’a saignée, Mazarin l’a purgée, Fleury l'a mise à la dicte. »
Plusieurs morts impartantes avaient semble faire cortège à la mort du cardinal. Le roi de Ehaisse était mort, et son fils, Charles-Frédéric, le même à qui son père avait voulu faire couper la tète, lui avait succédé. Louis-Henri de Bourbon était mort à Chantilly, c’était, on se le rappelle, le successeur de M. le duc d’OrIràns, comme premier ministre, et l’amant de madame de Prie. La reine Anne de Neubourg , veuve de Charles II . princesse douairière d'Espagne, était morte à Guadalaxara. Jean-Riptiste Rousseau était mort à Bruxelles, où depuis trente ans il s’était retiré. Le cardinal de Polignac était mort dans ses terres , c’est le même que nous avons vu figurer dans l'affaire du prince de Cellamare. I.a reine douairière d’Rspagne, Louise-Elisabeth d’Orléans, morte au Luxembourg. Rollin, auteur de V Histoire Ancienne, était mort professeur d’éloquence au collège Royal. Enfin, l’empereur Charles VI était mort à Vienne, et c’était cette mort qui allait peut-être remettre en question la paix de l’Europe,