‹ La regence et Louis 15Chapitre 46 sur 88 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

A peine M. de Fleury fut-il mort, rpie Louis XV, comme avait fait son aïeul Louis XIV, déclara qu'il voidait régner par lui-même. En effet, le règne de Louis XV ne commence en réalité (pi’à la mort du cardinal de Fleury. Il commence par rendre dos devoire prrsque T. U ' *9

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royaux au ministre mort, fait célébrer un service solennel à Notre- Dame et ordonne qu'il lui soit élevé un mausolée dans l'église de Saint-Loùis-du-Louvre. Le roi de France avail alors trente-trois ans, s;i démarclie était noble, son visage régulièrement beau, son aflabilité extrême, rarement une parole dure était sortie de su bouche, son jugement était droit, son tact sùr, i| connaissait assex bien lus hommes et les choses et répétait parfois le mot de Charles-Quint :

« Les gens de lettres m'instruisent, les négociants m'enrichissent, les grands me dépouillent.»

Avec tout cela sa nature est apathique , il ne fera i>as de mal , mais le laissera faire; non qu'il n'ait l'intelligeiux de le comprendre, mais il n'a jos la force de le réprimer.-

Après la mm t du cardinal aucune mutation ne ae fait dans le personnel, M. Amelot reste aux finances, MM. de Maure[>os et Saint-Florentin reçoivent |)our collègue M. d'Argensiaii qui remplace au dé|xu'tement de la guerre le marquis de lireleuil , qui vient de mourir, comme nous l'avons dit ; Urry conserve le contrôle des finances, d'Aguesseau est toujours cliancelier. Il en résultait que le roi, en se mettant comme il le disait à la tète des affaires, no prenait pas une lourde obligation, les atfaires suivaient l'impulsion donnée et la machine gouvernementale allait d'elle-méme ou à peu près.

La mort de Charles \1 avait remis en question la paix de l'Furope. En vertu de la pragmatique sanction, .Marie-Thérèse, grandeduchesse de Toscane, sa tille ainée, avait été reconnue par tous les grands, par l'armée, par la magistrature, comme héritière et souveraine des états qui composaient la succession de son pèie. Disons un mut de lu situation de l'Europe au muincnt de cette mort.

Tout le ministère du cardinal de Fleury avait été une longue lutte au profit de la paix. La guerre d'Italie et d'Allemagne avait un instant forcé la main au ministre, mais aussitôt que la possibilité lui en avait été offerte, le cardinal avail éteint celte guerre, close enfin, en 1738, par le traité de Vienne. l.a maison d'Antiichc était désolée par le Turc, le cardinal se préoccu]» de celte situation de l'empereur, et son ambassadeur, le manjuis de Villeneuve, força la Porte de conclure avec l'empire le traité de 1739. Gènes était

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agitée par des factions, le cardinal envoya des troupes en (^rse pour y comprimer une insurrection qui eût compliqué les affaires des Génois. Toutes les nations, l'Espagne cl la Grande-Bretagne comprises, regardaient donc la France comme une mère commune qui avait mission de maintenir la paix parmi ses enfants, (es rois de l'Europe. .Mallieureusement, il y avait au milieu de toutes ces télés couronnées uti roi qui avait toujours été fils as.sez insoumis, c’était Frédéric II , lequel venait d’iiériter du trùiie de son pi're, et avec ce trône de vingt millions d'écus et de quatre-vingt mille soldats admirablement disciplinés. A cette armée, non pas la plus nombreuse peut-être, mais la pluslielleet la plus réguliéredelouterEuro()e, était adjoint un matériel complet l’n ordre du roi suffisait pur qu'arinœ et matériel entrassent à l'instant même en campgne. Aussi M. de Beauvau, ambassadeur de France près du roi Frédéric, écrivait-il que le roi de Prusse étouffait dans son royaume et ipf il lui fallait un plus grand lit pour se coucher. Aux dé|iens de qui le roi de Prusse puvait-il se faire un meilleur lit 1 c'était évidemment aux dépens de l’Autriche.

Sur ce pint, le roi Frédéric U avait deux alliées naturelles , l’Espagne et la France; l'Espgne, dans la guerre de 1733, avait déjà pris le royaume de Naples à l’Autriche et, à chaque occasion qui se présentait, elle ne manquait ps de réclamer à droite et à gauche quelques bribes de provinces, ou quelque prérogative honorifique. Ainsi, à pine Marie-Thériise sur le trône, elle lui avait demandé de lui céder l’ordre de la Toison-d’Or. La reine, qui menait tout en Fispagne, avait en outre découvert que, selon le droit public de l’Autriche, les femmes hérilaut des souverainetés de leurs pères, tout ce que Charles VI avait laissé à Marie-Thérèse appartenait de droit àPhjlipp V, héritier par les femmes d’un héritier de UiarlesV.

Quant à la France, l’Autriche était sa vieille ennemie, la plitique de Henri IV, de Richelieu et-de Louis XIV, avait couslamment été de l’amoindrir; pu à pu elle lui avait enlevé tous les moyens de devenir jamais puissance maritime, l’avait circonscrite dans le continent et reléguée au fond de l’Allemagne , et de même que dans la dernière guerre, l’Espgne lui avait pris Naples, la

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France, elle, lui avait pris la lairrairie. Ce qui était l’intérêt «Ida France et de l’Espagne devait naturellement n’être point celui de l’Angleterre; notre alliance avec la Grande-Bretagne fut toujours courte et agitée. Née pour être à la fois puissance maritime et continentale, la France est sans cesse jalousée par l’Angleterre; des intérêts de famille peuvent seuls rapprocher ses gouvernants, mais jamais des intérêts de peuple.

Voilà donc quelle était la position de toutes les puissances lorsque Marie-Tliérése fui proclamc'c imi>cralrice d’ Autriche.

Marie-Thérèse avait alors 23 ans, elle étsiit l*elle de figure, majestueuse de taille, elle conservait toute la tnmquillilé de son caractère quoiqu’elle sentit l'Europe menaçante et toute prête à la dé- (louiller.

En effet , l’Espagne s’apprêtait à jtorter la guerre dans ses possessions d'Italie. Le loi de Sanlaignc dévorait des yeux le .Milanais. Frixléric restait étendu et fortifié dans la Silésie. I.a France dirigeait dis trouiies dans les Flandres et sur le Rhin. Cette fois encore M. de Fleury. (|ui avait prétendu d’abord qu’il n’y avait plus assez d'hoinraes laïur faire la guerre, avait eu la main forcée.

Celui qui la lui avait forcée était M. de Belle-Isle.

l.e comte de Belle-lsie, constamment soutenu dans tous scspriv jets par M. le chevalier de Belle-lsle, homme presipie aussi remarquable que lui, improvisa en quelques nuits un plan diplomatique et militaire de la plus haute [airtée; le conseil consacra dix séances à l'examiner, et malgré l’opiiosition silencieuse du cardinal voyant le tendance générale, non-seulement se rallia au mouvement, mais voulut le diriger. Le comte de Belle-lsle demandait cent mille hommes.

Fleury fit des difficultés sur le chiffre, cent mille hommes en cam- |Mgne allaient lui manger en une année ses économies de dix ans.

Alors M. de Belle-lsle présenta une statistique au roi, dans lacpielle quinze cents gentilshommes, de dix-sept à trente ans, demandaient à prendre du service et à sacrifier leur patrimoine à la gloire de la Fnince. On pouvait donc, presipie sans autre aide querelle de la noblesse, jeter cent cinquante mille hommes sur les bords du

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