‹ La regence et Louis 15Chapitre 61 sur 88 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

L'abbé de Bernis, qui avait, du laïudoir de madame de Pom|iadour, négocié et conclu avec le ministère autrichien le traité du 1’' mai 1 7o6, avait été nommé ambassadeur à Vienne, le 1 1 janvier suivant, |iour le cimenter; puis, toute chose accomplie, ilélait revenu il Paris, avait été admis au conseil le 2 janvier 1757 et (h^laré ministre des affairesétrangères au mois de juin. 1.0 traité de 1736uvait été la source de cette faveur; un chapeau de cardinal devait en être la récompense. En outre, l'abbé de Bernis, quoique ennemi des jésuites et tant soit peu philosophe, n'avait pas été étranger à l'exalta- O

tion du Vénitien Bezzonico, qui, en arrivant au |>ontilicat, s'im|iosa le nom de Clément XIll . Après avoir été nommé ministre des alfaires étrungères, en juin 1 757, ilavait été nommé commandeur de l'ordre

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(lu Saint-Esprit le 2 février 17o8; et, vers la fin de la même année, il avait enfiii l'eçu le clia|>cau de cardinal.

Mais aussi, une fois ministre, une fois cardinal, une fois riche, l’abbé commença à s'ajierccvoir (jue cette alliance avec l’Autriche était une chose fatale, et (|ue cette guerre de sept ans, (jui en avait été la suite, était non-seulement ruineuse pour la France, niais [tour sa popularité; il tenta donc de négocier la iiaix, dût-on, pour arriver là, abandonuer l'alliance autrichienne.

■ Ce n'était point là l'affaire do madame de Pompadoiir; aussi, du moment oii elle ne vit plus dans le cardinal son premier commis, elle vil en lui un homme qu'il fallait renverser. Or, notre amliussadeur à Vienne était M. de Slainville-Choiseul, lils de M. de Slainville, envoyé du grand-duc de Toscane. Il avait servi dans l'armée de M. de Noailles, où il remplissait la fonction d’aide-major général de l'infanterie. C'était un homme d’une figuré peu agi-é;d)le, mais spirituelle, d’une ambition déniesui-ée et d'un caractère assez audacieux pour soutenir son ambition. L’ablié de Bernis s’adressa à lui pour arriver au but iiacifupie (]u'il venait de substituer à sa (lolitique première.

M. de Choiseul n'hésita pas entre le cardinal de Demis et hiadame de Pompadoiir, avec laquelle il était en correspondance directe; il communiqua les déiié-ches du cardinal de Bernis à Maric'-Thérése, lui représentant le ministre des aflaircs étrangères comme un homme dangereux et découragé, comme un homme par conséquent ([u'd fallait chasser de sa [ilace; Marie-Thérèse li ouvaut un si Ixm .Autrichien dans M. de Choiseul, n'hésita |)oint à lui promettre le ministère du cardinal de Bernis, dont le renvoi était résolu à Vienne, avant même que Louis XV se doutât que le cn'ulit de son ministre fût ébranlé.

Ix' cardinal de Bernis vit bientôt ce qui se tramait contre lui. C’était un homme de lieaucoup d'esprit, leipicl comprit (pi’il ne (louvait tenir contre madame de Ponqiadour, Marie-Théri-se et M. de Stainville-tlhoiseul; il offrit en consésjuence sa démission en faveur de ce dernier; la démission fut acceptée, .M. de Choiseul rap(ielé de Vienne et lait duc, comme l'abbé de Bernis avait été fait cardinal. Mais ce

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nVlaitjioiiil assez, car lecaitlinal ôlai( resté au conseil, et continuait il’y appuyer la paix comme leseiil rcnièilc raiiable de tirer la France de la situation oii elle se trouvait; aussi Marie-ïliérése continuaitelle de réclamer contre lui. \jC duc de Clioiseul et madame de Pomiwdour prépari'rcnt une lettre d’exil, qu'ils mirent sous les yeux du roi, et que le wi signa.

Arrivé au pouvoir, M. de ChoLseul comprit qu’il lui fallait, comme il venait d'opter entre madame de Pompadour et le dauphin, opter entre les jésuites et le Parlement. Entre la favorite et le dauphin, M. de Choiseul avait opté pour la favorite; afin d’être conséquent, il lui fallait opter pour le Parlement contre les jésuites.

Cependant .M. de Choiseul comprit que dans cette lutte qu'il allait avoir à soutenir contre le premier prince de la maison royale, contre l’héritier de la couronne, ce n’était point assez d'avoir le roi, Marie- Thérèse, madame de Pompadour et le Parlement, qu’il lui fallait encore toute sa famille en place, tous scs parents au pouvoir, afin que la moindre atteinte à son autorité lui fOf dénoncée comme est dénoncé à l’araignée le moindre soufllc (|ui fait trcmhler sa toile. Il commença à faire entrer dans scs vues et mettre nu cornant de scs plans les plus secrets, sa sœur, femme d’esprit, de caractère et d’intrigue. Itéatrix, comtesse de Choiseul-Stainvillc, était chanoinessc comme madame de Tcncin, et l’on assurait (|u’elle avait encore avec madame de Tencin cette ressemblance d’aimer son frère d’un amour trop vif pour n’élrc que fraternel; au reste, de |>areilles accusations sont fr«''quentes dans l’époque (|ue nous essayons de [icindre, et il faut ne leur accorder que le degré; de confiance qu’on accorde aux mauvais propos de cour. La comtesse de Choiscul-Slainville fut appelée à Paris, oii l’on essaya d’alrord, mais sans y réussir, de la marierau prince de Beaufremont, (|ui éluda l’alliance; ]ieu apn's ce mariage manqué, elle épousa le duc de Grammont, lequel consentit à cette union sur la promesse que lui fit de Choiseul de lever l’interdit de ses biens.

Dès lors, madame la duchesse de Grammont eut une cour assez considérahie pour laiio ironcer le sourcil à madame de Pom|>adour. Le duc de Choiseul , ministre, la comtes.se de (3ioiseul, duchesse de

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Grammoiil.on vit tous les (3ioiscul <le la terre arrivera la cour, \loi-s il suffit (le s'appeler Choiseul et d'apjwrteiiir à une brandie mide |wur avoir des places.

Tous les Clioiseul, hommes et femmes, officiers, amliassadeurs, ministres, cardinaux, gouverneurs de provinces, brigadiei-s, lieutenants généraux, maréchaux de camp, formèrent ce ipi’on api>ellc la dynastie de Choiseul; dynastie obéissant au duc de Clioiseul, son chef, sur un geste, sur un signe, sur un mot.

l'n seul Choiseul fil de l'opiwsition, c'clait un Choiseul qu’on ai>pelail Choiseul-Romanet parce qu'il avait épousé! la fille de Itonnnel, président au grand conseil, il avait été menin du dauphin, et sa femme passait pour avoir clé un instant la maîtresse du roi. Il fut mis à la Bastille.

.M. de Clioiseul, qui n’avait pas 4,000 livres de rente bien nets quand il avait été ministre, avait é[Hiusé, le 4 dérembre I7ü0, mademoiselle Croxal, [letile-fille du fameux millionnaire de ce nom, ipii avait été taxé, en 1716, au quatrième rûle et sous le numéi-o 221 à six «‘lit mille livres, et dont le pi're avait acheté le titre de marquis du Chàlel et de Caraman : ce fut une ange i»endanf la vie de son mari, ce fut une sainte après sa mort.

M. de Choiseul soutenait donc Marie-Thérèse de tout son pouvoir, lorsqu'un événement inattendu vint conti'aiudrc celle-ci à faire la paix. L'impératrice Élisabeth mounil et laissa le trône à Pierre III.

Pierre 111 était l’ami personnel de Frévléric. A peine sur le trône de Russie, Pierre 111 se retira de la coalition et ordonna à ses troupes de se joindre à celles de Fn’xiéric; il n’y avait iws moyen de tenir coutre ce revirement. De là, le traité de Paris, si dé-sastreux pour nous, et dans lequel Frédéric ne perdit pas un ]H)uce de terrain. 11 est vrai que Pierre 111 ne resta pas longtemps sur le trône, la même année où il l'avait faite impératrice, Catherine II le fil prisonnier. Sept jours après, Pierre III mourut dans sa prison, et Voltaire, qui aviut appelé Frédéric II le Salomon du Nord , eut une amie de plus |mnni les tûtes couronnées, Catherine y gagna le nom de Sémiroiuis du Nord, que la pejstérité changea en celui de Messalinc.

Cesl du r(>gnc deOitherine 11 que date ri’ellemeut l'accroisscmenl

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