‹ La regence et Louis 15Chapitre 62 sur 88 · I.OUIS XV · texte numérisé non relu

I.OUIS XV

<ic la Russie. Nous iie (>ou\ous résisler, puis(|ue iiniLs en sommes là , à mettre sous les yeux de nos lecteurs le tableau de raccroissement continental de cette puissance.

Lr Russie, il y a cent ans, s’étendait de Kiew à rilcSaiut-I.aurent, et des grands monts Altaï au golfe de Ténissie, et peut-éire avait-on le dniit de croire ijue c’était |X)ur lui inanpicr une limite que Rei ing avait découvert le détroit auquel en mourant il lai.ssa son nom. La Russie ne s’est point ariètée là : elle a rompu celle vieille limite de Kiew. Le 8cr{X!nt Scandinave qui enveloppe de ses replis la septième |iarlie ilu glol>e, a déroulé Itai anneaux d’une de scs mâchoires : de sa gueule entrouverte pour dévorer lu Prusse, il louche aujourd'hui à l’o<!cidunt la Yislulc, cl de l'autre le golfe de Rothnie; a l'orient, il a franchi, en s’allongeant, le détroit de Bering, et ne s’est arrête qu’en rencontrant l'.Angleterrc au pied du mont Saint-Ëlic et des monts Bukiand : comme utie arête derrière son dos, il porte aujourd’hui une plage dcnteh'ie (pii, dernière limite du monde, se découpe sur l’océan glacial depuis le fleuve Piunina jusiiu’aux iles des Ours, et depuis le lac Pranisk(x: jus([u’au cap Sassé.

Ainsi depuis cent ans, la Russie a gagné : Sur la Suède, la Finlande, Aho, rEslhonie, lu Livonie, Riga, Rcvel et une partie de la I,a|M>nie.

Sur l’Allemagne, la Courlande et la Samogilic.

Sur la Pologne, la Lithuanie, la Volhiuic, une (larlie de la Gallicic, Mohilew, Vilepsk, Polosk, Bialislosk, Karneniest, Tanno|x>l, •' Vilna, Orodminsk, Varsovie.

Sur la Turquie, une partie de la iietitc Tartarie, la Crimé-e, la Bessarabie, le littoral de la mer Noire, le protectorat de la Servie, de la .Moldavie et de la Valachie.

Sur la Perse, la Géorgie, Tillis, Ërivan, une partie de la Circassie.

Sur rAmérii|ue, les des Aléoulicnnes et la partie nord-ouest du continent septentrional de l’archiiiel du Sainl-I.azaie. Sa plus grande longueur est de trois mille huit cents lieues. Sa jilus grande l.u^eur est de quatorze cents. Elle compte soixante-dix millions d’hahilanls. Del’autre cétéde la mer Noire, elle regarde la Tun|uie qu’elle s’ai>préte à envahir.

Puis, si un jour clic s’adjoint la Siu\le, elle ferme le détroit du Siind à l'occident, le détroit des Dardanelles à l’orieid, et nul ne péoiélrera plus qu'à son plaisir dans la mer Noire et dans la 15alli(iue, les deux miroirs qui réfléchissent déjà l’un Saint-Pétersbourg et l’autre Udessa.

Comparez en face de ces deux puissances gigantes<pics ce que les hommes, bien plus encore que les événcmeuls, ont fait de la France.

CHAPITIIE XIX.

Les Choiseul placés, le traité de Paris signé, Marie-Tliérèsc satisfaite ou à (leu près, on cul le loisir de s’occuper de celle grande affaire i|ui depuis longtemps préoccupait madame de PomjKidour, M. de Choiseul et les philosophes. Nous voulons iwrlcr de l’cx|)ulsion des jé-suihs. '

Kii laissant vivre 1e dauphin et en laissant les jésuites dominer, madame de Ponqvadour et le duc de Choiseul se voyaient perdus à la mort du roi âgé alors de 53 ans. Eu anéantissant au contraire leur compagnie, non-seulement ils se popularisaient, mais enexire ils ôtaient au roi, futur fils ou pelit-lils de Louis XV, un des moyens de leur nuire. Ijs philosophes étaient les ennemis dé^elarés des jésuites; Voltaire, quoi(|ue élevé iwrim jésuite, d’Alendwrt, Diderot., et cet autre philosophe couronné ijui aida à les chasser des étals des aidres njis, mais qui ne les ch.issa [)oirit de ses états, Frédéric, les poursuivaient depuis longtemps.

Ia-s Parlements ne leur en voulaient pas moins que les philosophes. l.a compagnie de Jésus, gnàce à scs influences, était toujours |>arveime à st> soustraire à rinllnence [Kirlemcnlairc en obtenant des rois, ipi’ils dirigeaient, (|uc leuis affaires fussent portées au grand conseil, coT'|>s judiciaire, instrument ministériel, mais non véritable magistivdure. Dt; là, la haine.

De son côté, le peuple qui attribuait aux religieux l’assassinat de Henri IV, l’assassinat de Louis XV et lu relus de sépulture <|ui seau-

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dalisail Paris depuis dix ans, n’élait (las disposé le moins du monde i\ soutenir les jésuites. Les deux grandes op(iosilions à ce projet de destruction pouvaient venir, rime du roi Louis XV, l’autre de la cour de Rome, entièrement gouvernée par les jésuites, sous Clément Xlll.

Quant à laïuis XV, il n’y avait rien de bien arrêté en lui ni pour ni contre la compagnie de Jésus; il en avait ;x;ur instinclivcmenl, voilà tout.

On commença par lui rappeler comment les jésuites s'étaient conduits envers lui lors de sa maladie de Metz. Louis XV à cette épquc ^ avait été faible jusqu’à la lâcheté, et ne leur avait jamais pai-donné cette lâcheté.

Les choses ainsi préparées, on se tint sur le qui vive, décidé qu’on était à saisir la première occaàon qui se présenterait d’attaquer l’Ordre ouvertement.

Depuis longtemps on savait (juc les jésuites faisaient dans l’Inde un commeixx; scandaleux ; mais le crédit de la Société était si grand , qu’il étouffait réclamations et plaintes. Le Père Ijvalctle et le Père Sacy, jésuites, avaient été jugés banqueroutiers de trois millions le 19 novembre 17B9, mais le procès s’était arrêté là. M. le duc de ChoisenI reprit ce' procès, et, [laraiTêt du 8 mai 1702, il rendit les maisons établies en France, et le général des jésuites, solidaires dos Pèias Lavalcttc et Sacy. Les créanciers jetèrent une grande clameur, et l’on put voir alors ce que la compagnie de Jésus avait d’ennemis en France.

. Apri's avoir attaqué les jé-suilcs daps Icurcommerce, le ministère les attaqua dans leur constitution . L’Ordre avait été fondé par Ignace de Loyola, noble Espagnol, né en 1491, et qui, atteint d’une maladie grave, avait fait vœu en 1534, si Dieu lui rendait la santé, do renoncer à tous les biens de la terre, et de travailler à la conversion des infidèles. Dieu l’exauça. 11 revint à la vie, jeta à Paris les fondements de son Ordre, se rendit à Rome, le fit approuver en 1 540 |>ar le laiie Paul 111 , et en fut élu général en 1541. La Société se réiandit rapidement, non-seulement en Italie, non-seulement en France, mais encore par toute l’Europe, mais dans l’Inde, mais dans l’Asie,

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mais dans le moiiile. filablie en Franco on 1 55) sous le roi Henri H, r«lncaliün de la joiincssc leur avait été confiée. Bannis do France en 1590, ils y avaient été rap[Xilés en 1603 par le roi Henri IV; depuis ce loniiK, ils y avaient acquis rintluenco dont nous les avons vus jouir sous Louis XIV, la Régence et Louis XV.

Cet oitire donné par le ministère d’examiner la constitution de l'Ordre é|K)Uvanla fort les jésuites. Réiligée |)ar des chefs qui avaient eu Ijcsoin des ixqies et des rois |vour rétablissement et la dotation de leur compagnie, il était évident que l'arbitraire avait beaucoup fait dans cette constitution discutée et mise au jour au moment de la plus grande eftlorescence îles idrés ivliilosophiques, ne pouvait donc qu'être 0 fatale à l’Ordre; aussi le dauphin, rarchevèque de Paris, M. de La Vauguyon, tout ce qui protégeait et soutenait les jésuites en France, sup|iliérent-ils le roi de ne point faire cet examen public et de s'en rixserver la connaissance. Louis XV ébranlé, attribua à son conseil la connaissance des règles des jésuites. Mais le Parlement qui voyait lui échapper l’enquête, le Parlement, soutenu par M. de Choisetil, déclara abusifs les bulles, brefs et constitutions papales; et ne Jiouvanl examiner la constitution des jésuites, il examina leurs ouvrages,

Cc|x;ndaut le roi sentait instinctivement que délniire l'Ordre des jésuites iioui-suivi par les |»arleraenlaires, les philosophes cl (lar les courtisanes, et soutenu au contraire |iar le dauphin, c'ctail porter un coup terrible à la religion et par suite à la monarchie. H lui eut été inqKissible de se rendre compte de ce sentiment qui mettait la résistance au fond de son coeur, comme un pressentiment de son pro|ire danger, mais eiiKn ce sentiment, il l'éprouva. Comme les esprils faibles, il s'arrêta à un terme moyen, et lit écrire à Rome pour demander au général s'il consentirait à quelques modifications de l'Ordre; mais celui-ci répondit avec la résignation et la fermeté des anciens martyrs :

« Qu'ils soient tels qu'ils sont ou qu’ils ne soient pas. »

Ijc général pniférail que rérlilicc tout entier croulât, plutôt que d’en voir détacher une seule pierre. L’édilico croula donc.

Le 6 août 1762, le PaiieraenI rendit un arrêt. Cet an-ét dis,sont la Société, fait défense aux jésuites de porter fliabit de l'Ordre, de

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vivre sons l’oljcissance du gciiéral et autres suiV-rieiirs de la Société, d'entretenir aucune corresiiondance avec eux dir(M;temcnt ou indirectement, leur ordonne de vider les maisons qui en dé[)endcnt, et leur fait défense de vivre en commun , se réservant d'accorder à chacun d'eux, sur leur requête, les jwnsions alimentaires nécessairps, et leur interdisant le pouvoir de {Kisséder aucun canonicat, hénéticc,. chaire ou emploi. Cet arrêt devint un modèle pour tous les Parlements de province, qui tour à tour expulsèrent les jésuites de leur ressort. Puis un arrêt du 9 mars 1764, lannit de France les jisuites qui avaient refusé de prêter le serment pi’escrit dans l'arrêt. Enliii, un édit du roi, en date de novembre 1764, prononça la dissolution de la Société.

A riieure qu'il est, et quoique quatre-vingt-huit ans se soient écoulés depuis cette épofiue, ce grand acte de souveraineté parlenumtaire et de despotisme royal, n'est p;is encore jugé froidement : à l'heure qu'il est, le mot ji'îsuite mid compris, mal appliqué, mal défini est encore une injure. Poiiniuoiî C'est ((u'arrivée presque lu dernière dans la chronologie des oi-dres religieux, la compagnie de Jésius s'était mise à la tête de toutes les congr^ations religieuses, et marcliait vei-s la suprématie absolue. Sans aucun moyen de contrainte, siuis aucun privilège universitaire, les jésuites s'étaient emparés (leu à |icu de l'éducation publique, leurs collèges regorgeaient d'écoliers, et une fois sortis du collège, les écoliers devenus hommes, conservaient avec leurs anciens maîtres une relation sympathique qui , jusqu'au tombeau, liait l'abeille à la ruche, dont elle était sortie, sfins autre puissance que l'enseignement, sans autre domination i|ue la l«role; ilsen étaient arrivé“s à joindre entre leurs mains les deux bouts de la sociéU;, en développant l'intelligence du peuple, en dirigeant la conscience des rois. Leurs racines étaient si |>rofondéraent entrées dans le sol , (]ue lailgré l'arrêt do 1764, qui les dissout, que malgré l'édit de 1707, qui les bannit, que malgré le bref de 1773, qui les supprime, à iieine rétablis par le bref de 1801 , ils étaient déjà i-econstitués trois ans apres en France, sous le nom de Pères de la Foi, et en 1816, ils yavaient repris sous le nom de Société de Jésus, toute la puissance que la révolution de 1830, seule, put leur faire perdre.

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Nous reviendrons à |)ro[K)s de I^oiiisXVl, de la révolution de 1789, sur l'expulsion des jésuites et sur l'influence que cette expulsion a eue sur la destruction de la religion et l'abolition de la royauté.

C’est iwndant la période (|ue nous venons de décrire, (|uc Jean- Jacques Rousseau publie successivement : la Nouvelle Héloïse, Emile cl le Contrat social, ouvrages qui furent loin de produire, à leur apparition, l’impression qu’ils produisirent plus lard. l.a Nouvelle Héloïse parut en 1759, V Émile et le Contrat social, en 1762.

Pendant que ces événements s’accomplissaient la mort sc mettait à la cour. La liclle Madame Royale, qui avait éjiousé rinfuntduc de Parme, avait quitté l’Italie pour venir voir son frère à Versailles. l/)iiis XV n’avait pas osé faire sur scs enfants l’ex|v;ricnce que le duc d’Orléans avait faite sur les siens. La |ielile vérole était toujours là, comme le lion de rÉcriturc : Querens quem devorct. La jeune princesse SC présenta sous sa main furieuse, et en moins de huit jours, Madame Royale était morte, le visage déchiré par ses ongles de feu - I.C 5 mars 1 760, mourait à son tour madame de Condé, vieilleamic du roi, qu’il av'ait fait peindre, quarante ans uupaiavant, courant la chasse avec lui, coiffée en Diane chasseresse et montant un cheval alezan. Ix 23 juillet suivant, c’était le comte de Charolais cpii |Kiyait son trihut. C’était, le 22 mars 1761, M. le duc de Rvmrgogne. Ce nom fut fatal aux dau|>liinsqui le portèrent; c’était le duc de Bourgogne, pauvre enfant de dix ans, qui mourait laissant son frère, le duc de Berry, héritier de l’échafaud ; c’était un charmant enfant aimant et aimé. Kii jouant avec un de ses camarades, il toml» poussé- par lui et se blessa; ne voulant rien dire de |)eur de faire gronder celui qui avait été cause de l’accident, il mourut d’un dépôt. Ivi perte fut cruelle à l.ouis XV, le roi l’aimait comme l’aieul aime son petit-fils.

Le roi croyait en être quitte avec la mort, quand tout à coup on vint lui dire, chose étrange, pour lui surtout qui la voyait tous les jours, madame de Porapadour se meurt. C’est que madame dePom- IKidour jxmr qui, plaire au roi, était la première obligation, et je dirais pi-esque le suprême devoir, ne s’occupait que d’une chose, cacher au roi sa souffrance. Maintenant, de i|uoi souffrait madame de

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Ponipadoiir? Élait-cc une de ces maladies de femmes douloureuses, inflexililes? Ë(ait-ce, comme le crut madame de Vintimille, comme le crui madame de Chàteauroux , comme elle le crut clle-raùme, uu IKiison non moins sûr et plus rapide.

Voilà ce qu’on raconte ou plutôt ce qu’elle raconta elle-môme : Berlin, crôature de madame de Pompadour, était ministre des finances, et M. de Choiscul,- ambitieux de tous les [louvoirs, voulait réunir les finances aux ministères qu’il avait déjà accaparés pour lui et |K)ur les siens. Madame de Pompadour reconnut un double danger, pour la France et pour elle, à laisser M. de Clioiseul à la tète du gouvernement, et son renvoi fut arreté. M. du Choiscul connut cette détermination et le lendemain madame de Pompadour tomba malade.

On la transporta do Choisy à Versailles. Louis XV vit les progris de la maladie de la mar(|uise sans la moindre émotion , le sentiment qu’il avait éprouvé pour elle et qui du désir avait passii à Habitude, ce sentiment semblait avoir subi une nouvelle transformation et se résumer en un sentiment de pure convenance. Le roi fut attentif et assidu pour la malade, comme il l’eût été pour une amie. Tous les joursieduede Fleury apportait au roi un bulletin de santé. Le lüavril 1701 il entra comme d'habitude, mais sans bulletin. Madame de Pompadour était morte. Elle s’était vue mourir, et avait été en face delà mort plus courageuse qu’on ne l’aurait cru. Au commencement de sa dernière journée, le curé de la Madeleine était venu la voir : vers onze heures, il prit congé d’elle.-

— Attendez encore un moment, monsieur le curé, lui dit-elle, et nous nous en irons ensemble.

Avec la vie de la marquise, s’éteignit la sollicitude du roi.

Ia; cadavre de la favorite fut mis sur une civière et emporté par deux bommesde peine. Le roi était à sa fenêtre quand I ignoble cortégi; passa. Il lombaitquelques gotiUcsd’eau d’un ciel chargé denuages.

la? roi étendit la main et dit :

— Pauvre mar([uise ! je crois qu’elle aura mauvais temps |x>ur faire son dernier voyage.

Madame de Pompadour fut inhumée au couvent des Capucines do

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i’aris, dans la dia]>cllc de la maison de CnViui , qu'elle avait aelielée un au auparaviuit poui' sa sépullure.

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