CHAPITRE XXI
Nous avons laissé en arrière un événement qui produisit grand bruit dans Paris, une mort qui ne fit point en France une sensation moindre que la plus illustre des morts que nous venons de raconter. Depuis longtemps l’échafaud était resté inactif, théâtre désert où la noblesse ne venaitplusjouerson dernier rôle. I>es derniers condamnes politiques avaient été ces malheureux jeunes gens de Bretagne, dont nous avons raconté l’exécution : MM. de Mont-Louis, de Pontcalec, Ducouêdic et de Talhouet. Le ministère du cardinal de Fleury avait été tout pacifique. Louis XV, d’ailleurs, n’était pas cruel. Il était emporté seulement; plus d’une fois, dans les querelles parlementaires, il eut des velléités sanglantes. Madame de Pompadour disait : Je m’étudie à tempérer la colèredu roi; car, si une fois il commence à répandre le sang, je le connais, la cour en sera inondée.
Celui qui devait relever cet échafaud de la noblesse, inactif depuis
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trente-sept ans, c’était le comte Thomas Arthur de Lally-Tollendal , beau nom, nom sonore qui avait retenti à la cour des Stnarts avec un égal dévouement, soit que les Stuarts fussent rois, soit que les Stuarts fussent prisonniers, soit qu’ils habitassent Windsor, soit qu’ils habitassent Saint-Germain. Depuis que les Stuarts étaient en France, le comte deLally était devenu Français. A huit ans, il entra au service , et fut conduit par son père , second colonel du régiment irlandais de Dillon, au camp de Girone, où il reçut le baptême du feu. Quatre ans après, c’est-à-dire, à douze ans et demi, il était de garde à la tranchée devant Barcelone. Bientôt Lally fut colonel, du régiment qui portait son nom. Puis, en 1740, à l’àge de trentehuit ans , il fut nommé lieutenant général ; en 1 745 , il se distinguait à Fontenoy ; enfin, en 1750, le roi le nommait gouverneur de nos possessions dans l’Inde. Lally était brave et instruit : il arrivait dans ce vieux monde avec la haine des Anglais, et l'ambition d’une renommée. Son début fut une victoire. Trente-huit jours après son arrivée, il ne restait plus un uniforme rouge sur toute la côte de Coromandel. La prise de Goudelour et de Saint-David l’enivrèrent', il voulut pousser plus avant malgré la saison , malgié le manque de ressources, malgré l’opinion de ses généraux. La témérité était sa force, il se fia en elle, marcha sur le Tanjaour. Les Anglais le laissi^rent avancer, revinrent sur leurs pas , gagnèrent sur un de scs lieutenants la liataille d’Orixa, et s’emparèrent de la ville de Masulipatnam. Pendant ce temps Lally investissait Madras et l’emportait d’assaut.
Depuis longtemps les troupes n’étaient pas payées et manquaient de tout; force fut donc au général de laisser ses soldats se ruer sur les pagodes et les roupies indiennes. Les maisons particulièi-es, les édifices publics, les temples furent pillés. D’horribles excès furent commis; maislesoldat gorgé de débauches et de butin, mais l’officier parti pauvre et devenu riche, se turent, momentanément du moins.
Miüheureusemcnt, la ville de Madras seule était tomliée au pouvoir des Français. Les lorts appartenaient toujours aux Anglais. Lally fit ouvrir la tranchée , poussa vigoureusement l’attaque du fort Saint- Georges. Les moyens d’attaque manquaient. Lally qui croyait que
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tout devilit céder devant l'angle de fer d’une volonté énei^'ique, employait à tout moment la violence au lieu do la persuasion.
Peu à peu les Français se lassèrent d'èlre commandés par cet Irlandais hautain. Les mercenaires, et leur nombre comptait pour moitié dans l'armée, écoulèrent les propositions des Anglais et passèrent au service de l’ennemi. 11 en résulta qu'au bout d’un mois d’occupation de la ville de Madras, Lally, furieux , vit qu’il était inqMjssible do la garder, leva le siège du fort Saint-Georges et se mit en retraite sur Pondichéry qu’il trouva dénué de toutes ces ressources qui, en ce moment, lui devenaient de la plus grande importance, c’est-à-dire de vivres, d’hommes et d’argent. Notre escadre ellemême qui avait sauvegardé la place depuis le commencement de la guerre, avait été attaquée par la flotte anglaise, bien suiiérieure en nombre et après un combat glorieux, mais inutile, avait fait voile pour Bourbon, de sorte qu’en entrant à Pondichéry, le gouverneur se trouva réduità ses propres ressources. Encore ses propres ressources lurent-elles bientôt réduites elles-mêmes à néant par la révolte des soldats qui, n’ayant eu pour toute solde que le pillage de Madras, réclamèrent leur arriéré. 11 leur était dù six mois. Lilly fut en face de la révolte ce qu’il était toujours, violent et hautain. Partout ou il marchait sur elle et l’attaquait de face il la comprimait; mais derrièrelui la flamme éteinte flambait de nouveau plus ardente que jamais.
C’est au milieu de ces divisions intérieures que les Anglais bloquèrent Pondichéry, refusèrent à un général irlandais une capitulation qu’ils eussent accordée peut-être à un général français, entrèrent de vive force dans Pondichéry, et, maîtres de la ville, vengèrent par de terribles représailles le sac de Madras. Lally fait prisonnier avec sou état-major fut envoyé à Londres.
On comprend le bruit que fit à Paris une défaite aussi complète. La capitale des possessions françaises prise , le gouverneur et son état-major prisonniers, il était impossible d’apprendre à la fois et tout d’un coup , après la série des victoires dont on s'entretenait encore, défaite plus complète et plus désastreuse. Lilly avait bon nombre d’ennemis à la cour de Versailles, le malheur du général irlandais leur donnait raison. Ils alta(|uèrent non-seulement la capa-
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cité du gouverneur, non-seulement son courage , mais encore sa pro-' bilé. Selon eux, le malheur de l’expédition venait de la dilapidation des deniers de l’État qui avait empéché de payer les troupes.
De Londres où il était, Lally-Tollendol entendit ces accusations. Son orgueil ne put les supporter, il demanda à venir en France sur parole, sa demande lui fut accordée. 11 arriva, croyant que haines et calomnies tout s’évanouirait devant sa face de lion; mais en général d’armée, il s’aperçut bien vite qu’il avait laissé prendre à l’ennemi une trop bonne position pour qu’il pùt l’en débusquer. Alors , Lilly voulut en appeler à la justice du roi de la justice des courtisans. Il demanda à Louis XV la faveur de se rendre à la Batillc ; et cette faveur accordée immédiatement, il fut écroué le 1" novembre 1762.
Dès le 3 août de la môme année, une requête avait été présentée au roi par le gouverneur et le conseil supérieur de Pondichéry, lesquels disaient : « Qu’ayant été offensés jusqu'à l'excès dans leur honneurctdansleur réputation parlesimputations dusieur de Lally, ilsdemandaientjusticcàSa)Iajesté,et un tribunal pour la leurfaire rendre.»
Cette requête était appuyée d’un mémoire , tendant à prouver que le conseil et la malheureuse colonie de l’Inde avaient été écrasés depuis le commencement jusqu’à la fin sous l’autorité d’un maître despotique, qui n'avait jamais connu les règles de l’honneur, de la prudence et même de l'humanité. Que le comte de Lally était complable de toute la régie et de l’administration tantà l'intérieur qu’à l’extérieur de la Compagnie, ainsi que de tous les revenus des tenes et dépendances qu’elle possédait; qu’il était coupable de la perte de Pondichéry, puisque la ville n’avait été rendue que faute de vivres, et que lui seul avait en mains les moyens qui pouvaient en procurer; savoir l’argent pour les acheter, les fruits des terres, le produit des récoltes et les troupes pour les protéger.
Si l’instruction de l’affaire avait été portée devant un conseil de guerre, Lally eût bien certainement été acquitté, mais on voulait la mort de Lally, et l'instruction de l’affaire fut déférée aux chambres du Parlement, réunies en cour dejiSlice.
Nous avons dit qu’on voulait la mort de M. de Lilly. Voici pourquoi on la voulait; nous donnerons trois raisons pour une.
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On la voulait : 1* pour faire croire à l’étranger que l'Irlandais tous avait trahis. — Une trahis^m sauvait l'bonnefir du drapeau. 1° Pour venger une vieille haine qui existait entre M. de Choiseul et d. de Lally-Tollendal, nommé malgré le ministre au gouvernement de l’Inde. 3‘ Pour perdre en même temps que M. de Lilly M. de Saint-Pricst, son parent, intendant du Languedoc et désigné par la camarilla du dauphin pour faire partie du ministère qui devait un jour ou l’autre remplacer le ministère Choiseul. D’ailleurs, il y avait un antécédent. Les Anglais nous avaient montré la roule en tranchant la tète à l’amiral Byng. Le rapport de cette grande alTuirc fut conné à M. Pasquier, conseiller à la grand’chambre, qui avait été cl.jrgé de l’atlaire de Damiens.
D'abord , il fut facileà Lallyde se tromper sur le sort qui lui était résené. La Bastille adoucit pour luises rigueurs et les borna àla simple réclusion. M. de Lally jouissait de la promenade, M. de Lally pouvait recevoir ses amis; M. de Lally obtint même la permission d'avoir près de lui un secrétaire. Malheureusement, la captivité n’avait pas adouci le caractère violent et irascible du prisonnier : toutes ses facultés , au contraire, avaient pris une irascibilité nouvelle. Le malheureux secrétaire, que son dévouement pour son maître avait porté à celte bonne action de s’enfermer avec lui , fut mal récompensé de ce dévouement. Les emportements du prisonnier comnrencèrent à lui troubler l’esprit. 11 devint triste , silencieux et inquiet ; et un soir qu’un valet de chambre avait jeté dans la cour du Puits une cuvette de sang caillé provenant de saignées faites par le chirurgien de la prison, le malheureux jeune homme, déjù frappé de marasme, s’épouvanta à la vue de ce sang qu’il crut le résultat d’un supplice secret ; aussitôt ce marasme devint folie, il tomba dans une attaque de nerfs, en s’écriaqt :
— Mais, je n’ai rien fait, moi! Je ne suis pas coupable I on ne peut pas me trancher la tète pour des crimes que je n’ai pas commis. Ma liberté! je veux ma liberté!
Malheureusement encore pour le secrétaire, tout serviteur entré à la Bastille n’en sortait que loisiiucson maître était inis'en liberté ou mort. La lilxu té qu'il demandait ne lui fut donc pas rendue. La folie
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empira; il avait sans cesse l'édiiifaud devant les yeux : on décida qu’il serait transféré à Charenton; la décision fut accomplie; le secrétaire de Lally fut transféré, et Lilly resta seul.
Cependant, le procès du gouverneur s’instraisait, mais s’instmisait lentement; les témoins les plus urgents étaient à Madras et à Pondichéry, c’est-à-dire à quatre mille lieues de la France; l’instruction ne put être ouverte que le 6 juillet 1763. Lally, jrendant une année de prison, n’avait rien perdu de sa tranquillité ‘ il connaissait la haine des Choiseul; il ne doutait pas de la sévérité du Parlement; mais aux inquiétudes exprimées par ses amis, il répondait imperturbablement : — Le roi fera grâce.
Les débats s’engagèrent, et dés le commencement avec une partialité révoltante. D’ailleurs, l’accusé lui-même envenimait toutes les haines, doublait toutes les inimitiés par la vigueur de foules ses réponses et la puissance de scs accusations ; car, sur beaucoup de points, d’accusé qu'il éUiit, Lally se faisait accusateur. I^es séances étaient terribles, et chaque jour en rentrant à sa prison, Lally pouvait s’apercevoir que la surveillance devenait plus active autour de lui. De temps en tem[)s, de sombres pressentiments passaient dans son esprit. Un jour que le pcrru<(uier lui faisait la barbe, et cela comme d’habitude devant le geélier, I.ally s'amusa à soustraire au barbier un de ses rasoirs. L'opération finie, le liarbier réclama le second instrument qui man<{uait à sa trousse. Lally avoua alors l’avoir pris dans l’intention de se raser tout seul la première fois. Alors le geôlier se fâcha et réclama le rasoir que Lally refusa de rendre. Les ordics étaient sévères, sans doute, car, sans en référer au gouverneur, le geôlier appela main-forte, sonna le tocsin, appela la garde; on un instant, le corridor fut plein de s<ddats et la prison de Lally pleine de menaces. Alors, en riant, le général rendit le rasoir, cause de toute cette révolution. Mais il était si confiant dans la clémence du roi, que tout ce tumulte occasionné [jour un rasoir ne put lui ouwir les yeux.
Un jour, cependant, un mot du major fil pénétrer une lueur cruelle dans cet esprit si mal éclairé. La voitino qui conduisait Lally aux séances du Parlement tie marehait jamais sans une nombreuse
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escorte; en outre, le majorée tenait près de lui dans l'intérieur. Un matin , le peuple s’ameuta autour de cette voiture. Lilly voulut se pencher au dehors pour voir ce qui causait cette rumeur; mais le major, dont Lally avait toujours pu remarquer la bienveillance, lui dit:
— Prenez garde, mongonéral, j’ai ordre devons tuer au moindre signe que vous feriez au [leuple, ou à la moindre marque d’intérêt qu’il vous donnera.
Lally se rejeta pensif au fond de la voiture. Ce n’est pas tout. Au moment où l’on put soupçonner que, sous quelques jours, l’arrêt serait rendu, le premier président remarquant l’alfectation que mettait le général à paraître en uniforme avec les insignes de son grade et les ordres du roi dont il était décoré, le premier président ordonna au major de la Bastille de lui enlever ses épaulettes, son cordon bleu et ses plaques. Prié de les ôter par le major, qui déjà l’avait prévenu des ordres hostiles qu’il avait reçus contre lui, Lally répondit qu’on pouvait les lui arracher, mais qu’il ne les ôterait pas. L’ordre était donné, le major devait obéir; il appela mainforte; la lutte s’engagea, et ce ne fut qu’en terrassant le prisonnier qu’on put lui arracher en lambeaux scs épaulettes et ses cordons. Toutes ces sévérités étaient des persécutions inutiles qui devaient ouvrir les yeux de Lally, et cependant il ne pouvait croire à une condamnation à mort.
Le 6 mai 1766, Lally fut désabusé cruellement : l’arrêt du Parlement fut rendu , et le comte condamné à mort comme atteint et convaincu d’avoir tralü les intérêts du roi, de l’Ëtat et de la Compagnie des Indes, ainsi que d’abus d’autorité et d’exactions vis-à-vis les sujets du roi et éti-angers. Le supplice était celui de la décollation et devait avoir lieu en place de Grève. A ce jugement, d’autant plus terrible que Lally n’avait absolument pas voulu le prévoir, Lally apostropha ses juges, les traitant de bourreaux et d’assassins. Alors le cui-é de la Sainte-Chapelle s’approcha de lui , l’exhortant à se calmer, mais Lally le repoussa avec impatience.
— Eh! Monsieur, dit-il, laissez-raoi un seul instant.
Puis il alla s’asseoir dans un coin.
Pendant dix minutes à peu près, on l’abandonna à sa cruelle mé> T. I, 4J
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dilalioii; puis le major, fort ému, vint le prendre pour le ramener à la Bastille.
Lally se rappela alors combien de fois il avait été impatient et brutal envers cet homme, toujours bon et toujours respectueux pour lui.
— Monsieur, lui dit-il , pardonnez-moi toutes mes duretés ; je suis un vieux soldat, mal habitué à obéir à tout autre qu'au roi, et presque toujours mon malheureux caractère m’emporte plus loin que je ne veux aller. — Devant un malheur pareil au vôtre. Monsieur, dit le major, je ne me souviens et ne me souviendrai jamais que du respect que je vous dois. — Alors, embrassez-moi , dit Lally; je regrette le temps que j’ai passé à vous haïr; je vois bien maintenant que vous faisiez votre charge.
Us revinient ensemble à la Bastille.
A peine le condamné fut-il rentiédans la prison, qu’on lui demanda s’il voulait recevoir un confesseur.
— Oh! oh! déjà, dit-il; on est donc bien pressé de me tuer. — Monsieur, répondit le messager, je crois pouvoir vous as.surer que la visite du prêtre est tout oflicieuse. — Eh bien! répondit Lally, ayez la bonté de lui dire <{ue je le recevrai plus tard; en ce moment, je suis fatigué et je désirerais prendre un peu de repos.
On laissa M. de Lally seul, et en effet il s’endormit.
A partir de ce moment, aucun desamis, aucune dos connaissances du condamné ne pénétra plus jusqu’à lui. Alors scs ]>arents, sachant qu’il ne lui serait pas fait grâce , et voulant lui sauver la honte de l’échafaud, vinrent sur la place de la Bastille dans l’espérance qu’il monterait sur la terrasse ou se mettrait à la fenêtre, et qu’alors on pourrait lui faire signe de se couper la gorge. Mais Lally dormait. On le réveilla pour lui dire que le président Pasquicr, qui avait rapporté l’affaire contre lui, demandait à lui parler. Lally sauta en bas de son lit.
— Oh! oui, dit-il, faites-le entrer, (ju’il vienne, qu’il vienne.
Il y avait une telle puissance dans le regard de cet homme, que le piV-sident, rencontrant son regaial, s’arrêta sur le seuil de la porte,
— Monsieur, lui dit-il en rom;>ant le premier le silence, le roi
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est si lion, que si vous témoignez la moitidi'o toumisùon, il est décidé à vous paitlonner : avouez donc vos crimes et dites vos complices. — Mes crimes! s’écria l.ally, vous ne les avez donc pas découverts, puisque vous venez m’en demander l’aveu. Quant à mes complices, n’étant pas coupable, je n’en ai pas. Maintenant, écoutez ceci : Votre démarche m'insulte, et vous êtes le dernier de ceux à qui je permets de me parler de grâce, retirez-vous donc, misérable, et que je ne vous revoie plus. — Mais, Monsieur, dit Pasejuier, réfléchissez; la passion vous emporte. — Oh! tu le sais bien que la passion m’emporte, toi qui as spéculé sur cette passion pour me faire condamner; mais le sang tache qui le verse, et mon sang versé te fera une tache éternelle.
Et comme Lally faisait un pas vers lui :
— A l’aide ! cria Pasquier.
Les geôliers entrèrent.
— Qu’on le bâillonne, dit Pasejuier, il a outragé le roi.
A ces mots : qu’on le bâillonne, la rage s’empara du prisonnier; il s'élança sur le président; mais les geôliers rarrèterent, et, ayant ap;ielé deux soldats à leur aide, ils terrassèrent le vieillard, et, obéissant à l’ordre de Pasquier, lui mirent le bâillon. Le peuple apprit cette infamie, et le peuple n’appela plus Pasquier que Pas- ({uier-bâillon.
Derrière le rapporteur, le confesseur fut introduit. Aux saintes exhortations du prêtre, Lally parut se calmer, mais ce calme était factice ; le prisonnier s’était procuré une pointe de compas , et au milieu de son discours, l’aumônier le vit pâlir. Lally venait de s’enloncer celte pointe de compas à quelques lignes du cceur.
L’aumônier appela au secours; on s’empara du condamné, que l’on garrotta.
— J’ai manqué mon coup, dit Lally ; maintenant, c’est le tour du bourreau.
Le condamné n’eut pas longtemps à attendre. Le premier président, averti par Pas(]uier de la résistance du général, et, par les geôlici-s, de sa tentative de suicide, le premier peréident ordonna que l'exécution serait avancée. On amionça celte nouvelle à Lallj .