I.OflS XV
conteiiiiit éloifiné du roi, parce (ju'il n’avait p;is eu la jietite vérole, le danpliin écrivait à l'aldié ïerray :
« Monsieur le contrôleur général, je vous prie de faire disIriLuer « aux pauvres des paroisses de Paris, deux cent mille livres, jvoiir « prier pour le roi. Si vous trouvez cpie c'est trop cher, reteuez-les « sur nos pensions à madame la dauphine et à moi.
O Signé : Louis-Aiguste. »
Dans les journées du 7 et du 8, la maladie empira, le roi sentit son corps s’en aller littéralement en lamlxiaux; délaissée de ses courtisans, qui n'osaient plus i-esler prés de ce cailavrc vivant, il n'avait plus d’autre garde que ses trois l’dles, qui ne le quittaient pas un instant.
Le roi était épouvanté : dans celle terrihlc gangrène qui envahissait tout le corps, il voyait une punition directe du ciel; pour lui, cetic main invisible qui le maniuail de Uiches noires, c’était la main de Dieu. Dans un délire d’aulant plus terrible que ce n’était (vas celui de la fièvre, mais celui de la pensée, il voyait des flammes, il voyait l’abimc ai'dent, et il appelait son confesseur, le pauvre prêtre aveugle, son rcluge, pour qu’il étendit le crucifix entre lui et le lac de feu; alors lui-même prenait l’eau Iténile, lui-même levait draps et couvertures, lui-même faisait ruisseler avec des gémissements de terreur l’eau sainte sur tout son corps, puis il demandait le crucifix, le pressait à pleines mains, le baisait à pleine liouche, criant : Seigneur! Seigneur! intercédez pour moi, pour moi le plus grand pv'v cheurqui ait jamais existé.
Ce fut dans ces angoisses terribles et désespérées qu’il passa la journée diffl. Pondant cette journée qui ne lut qu’une longue confession, ni le prêtre, ni scs filles ne le quittèrent; son corps était en proie à la gangrène la plus hideuse, et vivant, le roi-cadavre exhalait une telle odeur, que deux valets tombèrent asphyxiés, et que l’im des deux mourut.
Le tO au matin, on voyait, à travers la chair crevassée, les os de ses cuisses. Trois autres valets s’évanouirent; la terreur se mit à Versailles, toute la maison s’enfuit. Il n’y avait plus d’êln» vivants an palais, que les trois nobles filles et le digne prêtre.
LOfIS XV
Toute lu journée du 10 ne fut ((u'uiie agonie; le roi déjà mort ne voulait pas mourir : on eût dit qu'il voulait se jeter hors du lit, tombe anticipée; enfin, à trois heures moins cinq minutes, il se souleva, étendit les mains, fixa les yeux sur un point de la salle, s'écria :
— Chauvelin IGhauvelin! il n'y a pourtant pas encore six mois..r Puis il l'etomba et mourut.
Quel((ue vertu que Dieu eût mise dans le cœur des trois princesses et du prêtre, le roi mort, elles crurent, ainsi que lui, leur tâche achevée ; d'ailleuis, toutes trois étaient atteintes de la maladie qui venait de tuer le roi.
Le soin des funérailles fut laissé au grand-maître, qui fit toutesles dispositions sans entrer dans le palais.
On ne trouva que les vidangeurs de Versailles qui osassent mettre le roi dans la bière de plomb qui lui était préparée. Il fut couché dans cette dernière demeure, sans baume, sans aromates, roulé dans les draps du lit sur lequel il était mort; puis cette bière de plomb fut mise dans une caisse de bois, et le tout fut porté dans la chapelle.
Le 1 2, celui qui avait été Louis XV fut conduit à Saint-Denis. Le cercueil était dans une grande voiture de chasse, un second carrosse était occupé par le duc d'Agen et le duc d'Aumont, puis, dans le troisième, venaient le grand aumônier et le curé de Versailles. Une vingtaine de pages et une cinquantaine de palefreniers à cheval et portant des flambeaux, fermaient le cortège.
I.e convoi, parti dcVersailles à huit heures du soir, arriva à Saint- Denis à onze.
Le corps fut descendu dans le caveau royal, d'oü il ne devait sortir qu'au jour de la profanation de Saint-Denis, et l'entrée du souterrain fut aussitôt non-seulement murée, mais calfeutrée, pour qu'aucune émanation de ce fumier humain ne filtrât de la demeure des morts au séjour des vivants.
Nous avons raconté la joie des Parisiens à la mort de Louis XIV; cette joie ne fut jias moins grande lorsqu'ils se virent débarnissés de celui qu'ils avaient, trente ans auparavant, surnommé le Bien-Aimé
LOUIS XV
— l’n br.au rouimcnccmcnt (le règne, dit madame du Barry en recevant la lettre de cachet que lui remit le duc de La Vrillière»