‹ La regence et Louis 15Chapitre 72 sur 88 · CHAPITRE XXVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVL

Arrivés à la fin d'un des plus longs règnes de la monarchie, cl près d’entrer dans un ri'gne où la monarchie doit périr, il est indisp(-nsahle que nous jetions un regard en arrière, et (jue nous récapitulions en (luelqiies pages, afin de les mettre sous les yeux du lecteur, les événements que nous venons de raconter en six volumes.

A la mort de Louis XIV, la mojiarchie française est encore, sinon resplendissante de toute sa gloire, du moins forte de tout sou prestige. Tout en devenant faible, Louis XIV, chose singulière, avait eu le privilège de demeurer grand. Mais à |iarlir de Louis XIV, la race des grands hommes semble commencer à s’éteindre. Plus de Tureiine, plus de Bervvick, plus de Condé, plus de Vauban, plus de Foni|uet, plus de Racine, plus de Corneille, plus de Molière, plus de Bossuet, plus de Fénelon ; du talent au lieu du génie, de la pratique au lieu do science, de la manière au lieu du style.

Louis XTV meurt, et comme si l’on n’attendait que le jour de sa mort pour Imulcverscr l’inlifice d’unité monarchique préparé avec tant de lalxmr par Richelieu, maintenu avec tant d’adresse par Mazarin, achevé avec tant de peine par lui, le régent éparpille l’autorité en créant les conseils; Louis XIV faisait tout par lui-méme, même ce que lui faisait faire madame de Maintenon. Le régent laisse tout faire à Dubois. Louis XIV prêcliait la rigidité des mœurs, poussait la dévotion jusqu’à la bigoterie. Le régent pousse la débauche jusciu’aucynisme ; l’indifférence religieuse jusqu’à l’impiété. Louis XIV ruiné, hésite à tenter la moindre opération financière; caresse les traitants; fait voir Versailles à Samuel Bernard; le régent permet à l.a\v de renverser toutes les théories financières connues; de substituer le papier à l’argent ; serre le col aux financiers jusqu à ce (ju ils d(*gorgenl trois cents millions, et envoie Bourvallet en Crève. Puis,

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comme Riclielieu est mort tirant Louis Xlll après lui, Dubois meurt cntrainant le ivgent dans une toml» voisine de lu sienne.

^ous avons vu le ministère do M. le Duc, l’inilucnce de madame de Prie : sous son ministère, comme sous celui de l'abbè Dubois, les dilapidations coutinuent, la débauche augmente; les roués sont les princes de la génération. Enfin, M. le Duc propose, sous le titre de cinquantième, un impét qui pèsera sur la noblesse et le clergé, et une insurrection de la noblesse et du clergé le fait exiler à Chantilly.

Alors vient le pacifique cardinal de Fleury, homme timide, mais pK'Ire fanatique, faible en politique, rude en religion, qui s'empare de l’autorité pied à pied, et comme malgré lui, qui rétablit les finances, non pas en créant des lessources nouvelles, mais en gra* pillant, qui tremble dès qu’on lui parle de guerre, et qui cependant, continuateur de la politique anti-autrichienne do Henri IV, de Louis Xlll et de Louis XIV, établit un Bourbon sur le trône de N.'iplcs, aide la Prusse à conquérir la Silésie, s’empare des Pays- Bas , réunit le duché de Bar à la France , et prépare la réunion de la Lorraine.

Alors commence à reparaître une génération non pas d’hommes de génie, mais d’hommes de talents ; Belle-Isle, Lowcndhal, le maréch;d de Saxe et Chevert aux armées ; Rousseau, Voltaire, d’AlenviKrt , Diderot, Boulanger, Raynal ; des philosophes au lieu de poètes.

Enfin, après quinze ans de gouvernement, Fleury meurt laissant la place à M. de Ghoiscul.

Alors, encore une fois tout Change, mœurs et politique. Le rai- “ nisière de M. de Choiseul est le règne dos philosophes persécutés par Fleury ; et nous nous allionsavec l'Autriche, écartelée par lÆuisXlV, qui lui a pris l’Espagne, las doux Indes et la Franche-Comté. Le résultat de cette alliance est la désastreuse guerre de sept ans, nos colonies du Canada perdues, nos colonies de l’Inde enlevées. Comme M. le Duc a voulu établir le cinquantième sur la noblesse et le clergé, Muchaidt veut établir le vingtième, et détendre au clergé, dont l’accroissement reffraie, d’acquérir de nouveaux biens. Le clergé, alors, déclaie cette iaineusc guerre de diversion' que nous

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avons racontée, et dans laquelle ses armes sont les refus de sacrcmenls. La guerre finit par la tentative d'assassinat de Damiens, dont le Parlement accuse les jésuites, dont les jésuites accusent les jansénistes, dont les jansénistes accusent le dauphin.

Les jésuites portent la peine du crime qu'ils n'ont pas commis et • sont chassés.

C'est vers ce temps que Louis XV songe à celte fatalité qui s'attache à nous depuis que nous donnons la main à l'Autriche, et qu'il tente d'échapper à l'influence de Marie-Thérèse et de M. de Choiscul. Mais la mortalité se met à Versailles. Madame de Pompadour meurt, le dauphin meurt, la dauphine meurt, le duc de Berry meurt, la reine meurt. Une nouvelle favorite est présentée, qui finit par renverser M. de Choiseul et établir M. d' Aiguillon. Alors une troisième fois la république européenne change. Nous nous rattachons aux petits États de l'Europe que nous avions complètement négligés; et, malgié le mariage du dauphin avec la fille de Marie-Thérèse, l'alliance avec la maison d'Autriche va chaque jour se relâchant.

A l'intérieur, les Parlements sont anéantis, et l'on est en plein contre-pied de la politique Choiseul quand le roi Louis XV meurt, ' laissant le trône à Louis XVI et à Marie-Antoinette.

Depuis soixante-quinze ans, au reste, il n'y a pas eu de véritable roi de France.

De 1 7 1 0 à 1 7 1 5, c’est madame de Maintcnon , le confesseur et les bâtards qui ont gouverné le roi ; — de 1715 à 1725, c’est Dubois, c'est Law, c’est d’Argenson, ce sont les roués qui ont gouverné le ♦régent; — de 1725 à 1727,c'est madame de Prie et M. le Duc qui gouvernent l’État; — de 1727 à 1742, c'est M. de Fleury qui gouverne le roi; de 1742 à 1771, c’est M. de Clioiseul et madame

de Grammont; — enfin, de 1771 à 1774, c’est Maupeou, d’ Aiguillon et Tcrray.

Maintenant, au-dessus de toutes ces puissances masculines, voyons s’élever l’influence des femmes. Depuis cent ans, c’est aux femmes qu’appartient l’Europe; six femmes, depuis cent ans, ont vérilablcment régné sur le monde.

On a vu dans noire Siècle de Loois XIV quelle a été l’inllucnco

Digilizc-i by

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(le inadiunc de Maintcnon sur les trente dernières années du roi.

On a vu ((uelle était sur Philippe V l'influence de la princesse des Ursins.

On a vu que Philippe V n'avait échappé à l'influence de la princesse des Ursins que pour tomber entre les mains de la princesse de l'arme, sa seconde femme.

C'est elle qui hérite à Madrid do l'autorité de Louis XIV. Pendant près de trente ans, elle agile tout le midi de l'Europe, afin d'arriver à ce but ([ne les enfants de son lit régnent à Parme et à Naples. Pendant son règne actif, |)endant ses ambitieuses intrigues, le reste de l'Europe demeure dans l'inaction. La France est son instrument; nialie est son théâtre. C'est à son profit que coulent des flots de sang en Italie, en Allemagne, dans les Pays-Bas. Frédéric II a la Silésie, mais la reine d’Espagne a Naples.

En 17i0, Marie-Thérèse apparaît. Pendant vingt-trois ans, elle est reine par la renommée de l'Europe centrale.

Pendant qu'elle règne à Vienne, madame de Pompadour règne en France. C’est madame de Pompadour, et non pas le roi , qui tient à Marie-Thérèse; c'est madame de Pompadour qui vend le royaume, et qui en touche le prix.

En 1763, c'est Catherine II qui apparaît à son tour, brillante comme l'étoile \>olaire qui s'élève au-dessus de sa tète. C'est elle qui hérite de l’inlluence de madame de Pompadour ; c'est elle qui se ligue avec Marie-Thérèse, et deux femmes commandent à l’Europe.

L’Italie et les puissances inférieures d’Allemagne sont annihilées; TAnglelerie répare ses pertes; la France tomlie en corruption; la Suède est occupée de ses troubles intérieurs; le Danemark essaie de^se remettre de sa révolution de Struenzée ; l’Esjiagne détourne la tète pour qu’ayant l’air de ne pas songer aux autres, on ne songe |Xiint à elle.

L’Europe depuis cent ans a donc été troublée par les caprices de cinq ou six femmes, et remarquez que ces cent ans font le siècle le plus éclairé de la monarchie.

.Madame de .Mainlenou a troublé l’Europe pour devenir la lerame du roi Louis XIV; madame des Ursins a troublé l’Europe pour rester

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la maitresse de Philippe V ; la reine d’Espagne a trouhlé l'Europe ix)ur donner des couronnes à scs enfants; Marie-Thérèse a trouhlé 1 Europe pour détruire la monarchie prussienne; madame de Poinpadour a troublé l’Europe pour se venger du monarque prussien; enfin, Catherine II a troublé l'Europe pour amoindrir la Turquie et démembrer la Pologne.

Ainsi, pendant un siècle, les peuples ont versé leur sang, ont épuisé leurs bourses, se sont fait des vols de territoireset d'hommes : poiiiquoiî dans quel but?

Pour établir un Bourbon à Naples et à Parme; pour donner la lairraine au roi de France ; pour donner la Silésie au roi de Prusse ; |)our couronner l’amant de Catherine 11; pour ruiner la puissance de la Turquie; enfin, pour déincnibrcr la Pologne.

Mais aus.si quand les peuples s’apercevront du jeu qu’ils jouent, comme ils prendront leur revanche,

Maintenant, disons dims quel état Louis XV, en mourant, laissait l’Eurojie à la France et la France à son successeur.

l’ecrope.

L’Europe a les yeux fixés sur le lit de mort de Louis XV, car elle connaît la différence complète de sentiments qui existait entre Louis XVI et son aïeul.

C’est donc une politique opposée à celle qui a été suivie depuis trente ans qui va surgir entre le tombeau du roi mort et le trône de son successeur. Ce sont des exilés qui vont revenir ou des hommes nouveaux qui vont apparaître, et, dans l’un ou l’autre cas, les changements qui auront lieu en France, c’est-à-dire dans le cerveau de l'Eui-ope, auront leui's ramifications nerveuses jusi|u'aux points les plus éloignes du glone.

(àinimençons (lur Rome : si la France est la tète du monde politiipic, Rome est Tùme du monde chiélicn.

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