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Pour acquérir plus de force, la maçonnerie anglaise avait besoin de la perscculion. Gitle |x;rséculion ne lui manqua point. A l'instigation de rév&juc de Winchester, tuteur de Henri VI, alors mineur, un édit fut (K)rté contre elle en 1425, et le 27 décembre 1501, la confraternité tenant son assemblée annuelle à York, la reine Élisabeth envoya un détachement d'hommes d'armes, afin de la dissoudre; mais ces hommes d'armes, au lieu de procéder à la dissolution de l'assemblée et à l'évacuation de la loge, furent introduits dans le temple, convaincus qu'il ne s’y passait rien de contraire au respect dû à la reine et à l’obéissance due aux lois du royaume, et reçus maçons eux-mémes après avoir été soumis aux épreuves.
Dis lors, Élisabeth renonce à persécuter les maçons, et rend un édit <|ui abroge celui de Henri VI.
Én Écosse, la maçonnerie prend les mêmes proportions; seulement en 1437, Jacques H retire aux maçons l'élection du grandmaître, et confère cette charge à Williams Sainte-Clair, baron de Uüsslyn, et à ses héritière en ligne directe, hérédité confirmi-e en 1 650 [lar les maçons écossais.
Enfin en 1703, la loge de Saint-Paul à Londres, aujourd’hui l'Antiquité, n* 2, prit une décision qui changea entièrement la face de la confrérie. Cette décision arrête :
« Que les privilèges de la maçormerie ne seront plus désormais le privilège exclusif des maçons contractants, et que les hommes des dilférentes professions seront appelés à en jouir, pourvu qu’ils soient régulièrement approuvés et initiés dans l’ordre. »
Du jour de cette dé'cision, rendue au TOmmenceraent du siècle philosuphii|uc (]ui devait produire les Voltaire, les Rousseau, les Montesquieu, les Diderot, les d’Alcmlœrt, les Raynal, les Helvétius et les d’Holbach, date la nouvelle ère de la maçonnerie. De cette époque aussi, selon toute probabilité, date sa transformation.
D’artistiqucclle devient politique, et va accomplir au profit de la liberté l'a'uvre que les chevaliers du Temple avaient voulu lui mettre entre les mains au profit de leur ambition, et qui, si largement commencée, avait été tout à coup interrompue par le procès des chevaliers du Temple et le supplice du graud-maitre.
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Mninloniiiil laissons de riiistoirc île la maçonnerie île M. Cla\el à rhisloire ilii jacnliinisme ilu Père Bai i nel et au proei's de Oçelinsli o.
Il s'en faut de Ijeaucuup que l'alilié B.irniel envisage la frane-inaçonnerie sous cet as[)ei’t innocent que lui accorde l'Iiistoricn moderne; le Père liaiTuel voit au contraire dans la franc-maçonnerie une conspiration permanente contre la royauté, dont les granilsmailrcs (tendant l'antiquité, dont les templiers [lendant le inoven Age , et di.nt les rose-croix dans les tenqis modernes ont seuls connu le secret.
Ainsi, selon M. Clavel, voici le secret n'ivélé aux maitres. Nous copions textuel lenieid.
Héram-.AIii, ivlèbre architecte, avait été envoyé à Salomon (lar Héram, roi de Tyr, [lour diriger lis travaux de construction du lenqile de Jérusalem. la; nombre des ouvriers était immense : Iléram-.\bi les distribua eu trois classes, qui reçurent chacune un salaire prii|iorlionné au degré d'habileté qui les distinguait. Ces ti'ois classes étaient celles d'apprentis, de com|xignons et de maitres. la's apprentis, les coni()agnons et les maîtres avaient leurs mystères (kii'tionliei's et se reconnaissaient entre eux à l'aide de signes, de mots et d'attoncheineids qui leur étaient propres.^ la» apprentis touchaient leur salaire à la colonne 15, les compagnons à la colonne J, les maities dans la chandire du milieu, et le salaire n’était délivré par les (layeuis du lenqilc à l'ouvrier qui se pri'»entait pour le recevoir, que lorsqu’il avait été scrupuleusement luilé dans son grade. Trois com(«gnons, voyant que la construction du tem|)le approchait de sa tin, cl qu’ils n’avaient |iu encore ohicnir les mots de maîtres, lésolurcnt de lis arracher \>ar la force au res[icttable lîénim, afin de (xisser (HUir maitres dans d’autres |)ays et de s'eu f.iire adjuger la paie. Ces trois misérahles, aiqieli» Juivclas, Jubelos et Jiibelum, savaient que lléram allait tous les jours à midi faire sa prière dans le tein|)lc (leudant que les ouvriers se rc()osaicnt. Ils l’é|iièrcnt, et dès qu’ils le virent dans le tenqile, ils s’embusquèrent à chacune îles (nirles, Julwlas à celle du midi, Jnlielos à celle d’occident, Jiibelum à colle de l’orient; là, ils attendirent qu’il se (iixqiaràt à sortir, lléram se dirigea d’abord vers la porte du midi; il y trouva Juhelas, qui
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lui (Icniniidii le mol de maître, el c|ui, sur sou refus de le lui donner avaul qu’il eût Hui son tenqis, lui asséna en travers la gorge un coup viuient d’une règle de vingl-ajuati-e pouces dont il était armé.
Iléram-Abi s’enfuit à la porte d’occident; il trouva là Jubelos, (pii . ne (snivant pas plus que Jubclas obtenir de lui le mot de maitio, lui |K)rta au cœur un coup furieux avec une équerre eu fer.
Kbnmlé du coup, Iléram-.Abi recueillit ce i|ui lui restait de forces cl tenta de sc sauver |vir la porte de l’orient. Il y trouva Julxdum, (pii lui demanda, comme scs deux complices, le mot 'de maître, et qui n’obtenant pas plus de succès, lui déchargea sur le front un si ternble coup de maillet, iju’il l’ctendit mort à scs pieds.
Ixs trois assassins s’etant rejoints, se demandèrent réciproquement la parole de mailrc. Voyant iiu’ils n’avaient pu l’arnicher à lléiam, et désespérés de n’avoir tiré aucun profit de leur crime, ils ne songèrent [lins (pi'à en faire disparaître les traces. A cet elfet , ils enlevèrent le coqis et le cachèrent sous des décombres. La nuit venue, ils le portèrent hora de Jérusalem et allèrent l’enterrer au loin sur une montagne. Le rcsiicctablc lléram-.\bi ne paraissant plus aux travaux comme à l’ordinaire, Salomon ordonna à neuf maîtres de se mettre à sa recherche. Ces frères suivirent successivement idusieurs directions, et le deuxième jour, ils arrivèrent au sommet du Liban; là, un d’eux, accablé de fatigue, se reposa sur un tertre et s’a|ierçut que la terre qui formait ce tertre avait été remuée récemment. Aussil(àt il appela ses compagnons el leur fit part de sa remarque. Tous se mirent en devoir de fouiller la terre en cet endroit, et ils ne tardèrent pas à diÆouvrir le corps d’Héram-Abi. Us virent avec douleur que ce rcspeclable maître avait été assassiné. N’osant , par res- [lect, {Hiusscr leur recherche plus loin, ils recouvrirent la fosse, et [Kiur en reconnaître la place, ils coupèrent une branche d’acacia (|u’ils plantèrent dessus.
Alors ils se retirèrent vers Salomon, auquel ils firent leur rapiwrt.
A cette triste nouvelle. Salomon se sentit (lonétré de la plus vive douleur. 11 jugea (jue la dépouille mortelle renfermée dans la fosse ne pouvait cire en effet que celle de sou grand architecte Héram- Abi. Il ordonna aux neuf maîtres d’aller faire l'exhuraaliondu corp^
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et (le le rapporter à Jérusalem ; il leur recommanda parliculièrcmciit de (!lierrher sur lui la parole du maître, oliservaiit (pic s’ils ne la retrouvaient pas, c’est ([u’ils devaient en conclure (pi’elle était perdue. Dans ce cas, il .leur enjoignit de se Lien rajiiieler le gtste (pi'ils feraient et le mot (ju'ils proféreraient à l’asiiect du (adavre, afin que ce signe et ce mol fussent désormais substitués au signe et à la parole perdus.
Les neuf maîtres se revêtirent de tabliers et de gants blancs, et arrivés sur le mont Liban , ils firent la levée du corps.
Voilà où s’arrête losecret du maître. C’est pour retrouver ce signe, c’est fiour retrouver ce mot, qiie la franc-maçonnerie a etc fondée, et depuis plus de trois mille ans, elle est inutilement à la recherche de ce mot et de ce signe.
On comprend le désap|)oinlcmcnt d'un homme qui a passé pir les épreuves terribles de la franc-maçonnerie, ipii a été un an apprenti, deux ans compagnon, et (jui enfin arrivé au grade de maître où il aspire jxiur connaître le fameux secret, apprend que ce secret est encore à trouver, et ce n’est autre chose que le mol du guet donné jiar Hérani-Abi aux maîtres maçons qui bâtissaient le leni|ile!
Il est vrai que, selon le Père Barruel, le secret maçonniipie a une bien aulre portée, et tandis qu’on donne pour le mystère de l'ordre aux grades inférieurs cotte fable de Héram-Abi; on raconte aux grades supérieurs cette histoire de Manès.
Un mot sur Mauis d'abord.
Manès ou Many est le fondateur de la secte des mauich(''ens. Il na- (piit en Perse, environ deux cent vingt ans après Jésus-Christ, et à l'âge de saint Jean, fut acheté par une riche veuve de la ville de Cté'siphon, ipii le fit instruire avec Iwaucoup de soin, l'alfranchit et lui lé’gua tous ses biens. Alors Manès adople la doctrine de Térébinlhe et de son maître l'Kgyptien Scytianus, cl se met à la [irofesser. Selon Manèsi, la création doit être attribuée à deux princijxîs ; l'un (essentiellement bon , (pii est Dieu ; l'autre essentiellement mauvais, qui est le diable, la matière cl les ténèbres. C’est du boudilhismecl du christianisme mêlés euscrablc, mais dans lesquels Zoroastre l’emporte sur Moïse.
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Scion Manès, l’Ancien Testamcnl est l’oeuvre du prince des ténèbres. Selon Mânes, Jésus-Christ, sorti de la lumière, est venu non en réalité, mais en esprit seulement pour sauver le genre humain. Lui-même n’élait autre i|ue le divin Paraclct annoncé à Jésus-Christ par ses disciples. Aussi prend-il le nom d’a|iétre du Christ; aussi publie-t-il son Evangile, dont le dogme est la métempsycose, la défense de tuer un animal quelconque,’ et l’alistineuce complète do ■toute es|K“cede viande, aussi envoie-t-il dans l’Inde, dans l’Égypte et dans la Chine, douze disciples à l'instar des douze api'itres; et la secte fait-elle tant de progiés que le roi de Perse, Schaliphour lui-même, se fait manichéen. Mais sa faveur n’est pas longue. Un tils du roi tomlie malade et meurt entre les mains de Mani's , qui avait promis sa guérison. Alors le roi abjure. Manès est mis en prison et menacé de mort. Il parvient à s’enfuir, et, fugitif, parcourt l'indoustan, la (>hinc , le Turkcsian où il vit en faisant de la peinture et de la sculpture , tout en débitant sa doctrine , en se faisant de nombreux adeptes. Enrm, voulant frapper l’esprit de ses contemporains par un miracle pareil ù celui de la résurrection, Manè-s dépose dans une caverne découverte par lui et inconnue de tous, des vivres pour un an, puis il annonce à ses disciples qu’il va monter au ciel, d’où il ne reviendra qu’aprt>s une année révolue, pour leur apporter les œuvres de Dieu. En effet, cette année passée dans la caverne, Manès apparut à ses disciples, doué, à ce qu’il disait, d’une seconde vue, et rapportant du ciel le livre de sa doctrine, (ju’il avait, |xnidant cette année de retraite, eu le temps de rédiger. Cemiracle donna à Manès une grande popularité, et comme vers le même temps Schaliphour, son jiersi'^ cuteur, était mort, et llorraanz I", son tils, lui avait succédé, celui-ci [icrmit à Manès de rentrer en Perse, le combla de bienfaits, et lui assigna pour demeure le rhùteau de Dcskcrch, qu’il fit hèilir exprès pour lui dans le Sè'istan.
Ce fut la grande époque de Manès. Protégè'e par Ilormanz, sa doctrine lit de nombreux prosélytes. Alors aveuglé jiar le succès, il prit le litre de Paraclet, qu’il avait déjà annoncé lui avoir été destiné jiar Jèsus-Christ ; puis, sous ce litre, il écrivit à Marcel, homme renommé par sa fortune et sa piété. Marcel communiqua aussitét la
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lettre (le M.inès à Arcli('liiüs, ^viViuc deCiisear, qui engag(ïa Manès à venir le trouver et à entrer en confiireiu^e avec lui. Mani-s arrepta le (l(■•fi, vint, développa son système avec une grande subtilité et une protondo éloquence ; mais Arcliéliüs le réfiila complètement, et la doctrine catholiip.ie sortit victorieuse de la discussion.
C'était un grand échec jimir Manés, mais ce n'était rien en comparaison de la disgrâce qui l’attendait. Horman/., son proUx-leiir, mourut , et Behram 1", son fils et son successeur, fanatique de l'ancien culte, résolut d'exterminer les manichéens et leur chef. Kn conscipicnce, (xir une feinte hienveillance, il inspira à Manis une fausse sécurité; ordonna que la doctrine du projiliète liit soumise à une sorte de concile, attira .Manès dans ce erjncilc, lui fit exposc'r sa docirine et lui enjoignit de taire, séance tenante, quelque miracle qui prouvât sa mission divine, et, comme aucun miracle ne fut fait, il ordonna que Manès lût arrêté, écorché vif, et sa |K-au, iKiuriée de paille, sus|)cndueâ l’une des portes de Djondiscliaour.
L'arrêt lut exécuté presque aussiliM ipie rendu.
Maintenant, selon le Père lîarruel. ce sont les disciples de Mani-s, ce sont les malheureux manichéens teliap|)és à la pci-séciilion de Behmm qui, réfugiré en .Afiiipic, en Asie et en Europe, ouf été la source de toutes les sectes d'Iicrétiipies connues en Occident, et princi|>alenicnl en France sous les noms d'Alhigeois, de Cathares, de Palarins et de Bulgares. Ce serait enfin aux manichéens que les templici's auraient empnmfé leurs princip;mx mystères; cl comme les moines Solvatés étaient en même temps affiliés à la maçonnerie et maîtres de toutes les loges de l’Euroiie, ce serait dans leurs récej)tions et surtout dans celles ipii auraient suivi leur destruction, que le secret politique se serait substitué au secret artistique, cl que l'histoire d'l téram-.\hi , conservée pour les grades inférieurs, aurait, dans les grades supérieurs, fait place à celle de Manès.
Ainsi, selon le Père Barruel, la cérémonie des manichéens, intitulré Ilema, est la même (pie celle des francs-maçons. Dans la ri"ccplion des hauts grades, les manichéens s'assemblaient autour d'un catafalque élevé sur le même nombre de gradins que celui des francsmaçons, rendant deigrands honneurs à celui qui était couché sous
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le calaral((ue, et qui était non plus Héram-Al)i dont on cliei'cluit à retniuver le mol perdu, mais Maiiès dont on jurait de venger la mort.
Or, sur (pii pouvait-on venger la mort de Manès, supplicié vers la lin du troisième siècle, cl de Jacques de Molay, exécuté au commencement du (|uatoriièmeî
Sur les rois.
L'association maijonnique était donc, selon le Père Rarrucl, une association toute régicide, dans iaipielle étaient venues su fondix; trois sectes : celle des ma(;ons, celle des in niiclié'ens, celle des templiers, [K)ur en Taire sortir, au di.x-huitièmc siècle, celle des illuminés, dont les malins [Kirtaicnt le titre de ruse-croix, et le clicT suprême celui de kadocli , et ipii prciaait le titre de la marunnerie rectifiée de la haute et de la Stricte Observance.
Voici le serment des illuminés :
« An nom du Fils crucifié, jurex de briser les liens charnels qui vous attachent encore à père, mère, frère, sœur, p.irents, épouse, amis, maîtresses, rois, chefs, hienhJteurs, eJ toiisélres (uclconqucs nipiivnusavez piwnisfoi, oliéissancc, gratitude ou service.
« Nommex le lieu qui vous vit naitre, (wur exister dans une aiiho sphère où vous n’arriverez (lu’après avoir abjuré ce globe empesté, vil nduit d(!s deux.
« De ee moment, vous êtes affranchi du prétendu serment lait à la pilric et aux lois. Jurez de révéler nu nouveau chef (pie vous recomuùssez, ce (pie vous avez vu ou fait, pris, lu ou entendu, appris ou deviné, et même de rechercher ou épier ce (|ui ne s'offrirait pasà vos yeux.
« Honorez et respectez r(i7ii3 lofnna (I) comme un moyen sûr, pronqit et nécessaire pour purger le globe p ir la mort ou par l’héliélalion de ceux ipii cherchent ù avilir la vérité et à l'arracher de nos mains.
« Fuyez l'Espagne, fuyez Xaples, fuyez Ionie terre miu lite, fuyez enfui la tentation de révéler ce ((ue vous entendrez, car le tonnerre ii’esl
(1) Paison en «sage à PrrmiK.
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pas plus prompt que le couteau qui vous atteindra dans quelques lieux que vous soyez.
« Vivez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Voici ce que Cagliostro raconte lui-méme d’une société d’illuminés , dans laquelle il fut reçu . Nous ne changconspas un mot à son récit :
« Je m’en allai à Fraucfort-sur-le-Mein où je trouvai MM. NN. et NN., qui sont chefs et architectes de la maçonnerie de la Stricte Observance, appelée les Illuminés. Ils m’invitèrent à aller prendre le café avec eux. Je montai dans leur carrosse sans avoir avec moi ni ma femme, ni personne de ma maison , ainsi qu’ils m’en avaient prié. Ils me menèrent à la campagne, à la distance de trois milles de la ville ; nous entrâmes dans la maison , et après avoir pris le café, nous nous transportâmes dans le jardin où je vis une grotte artificietic. A la faveur d’une lumière dont ils se munirent, nous dcscendimes quatorze ou quinze marches dans un souterrain et nous entrâmes dans une chambre ronde, au milieu de laquelle je vis une table; on l’ouvrit, et au-dessous était une caisse de fer que l’on ouvrit encore et dans laquelle j’aperçus une (piantité de papiers ; les deux personnes y prirent un livre manuscrit fait dans la forme d’un missel , au commencement duquel était écrit :
nous GRANDS-HAÎTBES DES TElffLlERS.'
« Ces mots étaient suivis d’une formule de serment conçue dans les expressions les plus horribles, que je ne puis me rappeler, mais (jui contenaient l’engagement de détruire tous les souverains despotiijucs. Cette formule était écrite avec du sang, et portait onze signatures outre mon chiffre , qui était le premier, le tout écrit encore avec du sang. Je no puis me rappeler tous les noms de ces signatures,
à la réserve des nommés Ces signatures étaient celles des douze
grands-maitres des illuminés; mais dans la vérité, mon chiffre n’avait pas été fait par moi , et je ne sais comment il se trouvait là.
« Ccqu’on me dit sur le contenu de ce livre qui était écrit en français, et le peu que j’en lus me confirma encore que cette secte avait déterminé de porter les premiers couiis sur la France, et qu’après la chute de cette monaicliic, elle devait frapper l’itaüe et Uome en
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[wrliculior; que Ximcnès, dont on a déjà parlé, élail un des princi- (lanx eliefs de l'intrigue, et que la société a une grande quantité d'argent dispci'sée dans les banques d'Amsterdam, de Rotterdam, de Ixindres , de Gènes et de Venise. Ils me dirciit que cet argent provenait des contributions que [layaient, cbaque année, cent quatrevingt mille maçons, à raison de cin(| louis pur |)crsonnc', qu'il servait d'abord à l’entretien des chefs, et en second lieu à celui des émissaires (|u'ils ont dans toutes les cours, et enfin à enti-etcnirdes vaisseaux , à récomiicnscr tous ceux (|ui font quuli|ue entreprise contre les souverains , et à tous les autres besoins de la secte.
« J'appris encore que les loges , tan t de l' Amériqueque de l'Afrique, montaient au nombre de vingt mille, t|ui , chaque année, au jour de la Saint-Jean, sont obligéesd'envoyer chacune au ti-ésor commun vingtcin(| loutsd'or. Enfin , ils m'offrirent des secours en argent, me disant (|u'ils étaient prêts à me donner jusqu'à leursang, et je reçus six cents louiscomptant.
« Nous retournâmes ensuite à Francfort, d'où je partis le lendemain avec ma femme , pour me rendre à Strasbourg. »
On comprend les dénégations de Cagliostro à l'endroit de son chiffre : c’était à des juges qu’il répondait, et c’est de son interrogatoire qu'est tiré le fragment qu’on vient de lire.
Lui-méme était inventeur d’une nouvelle maçonnerie, comme le prouve la formule de la patente suivante, donnée {>ar lui à la loge qu’il fonda à Lyon :
Gloire — Union — Sagessei Bienfaisance — Prospérité.
« Nous , grand cophte , fondateur et grand-maitre de la maçonnerie Égyptienne dans toutes les parties orientales et occidentales du globe, faisons savoir à tous ceux qui verront ces présentes, que dans le séjour que nous avons fait à Lyon , beaucoup de membres de cet Orient suivant le rit ordinaire , et qui porte le titre de Sagesse, nous ayant manifesté fardent désir qu’ils avaient de sc soumettre à notre gouvernement et de recevoir de nous les lumières et le IHiuvuir nécessaires |)our connaitie et propager lu maçonnerie dans