RELATION
DE I,\ KMSSAN'CE ET DE l'éDUCATION DU PRINCE INFORTUNÉ SOUSTRAIT PAR LES CARDINAUX RICHELIEU ET MAZARIN A LA SOCIÉTÉ, ET REN- FERAUi PAR l'ordre DE LOUIS XIV.
Compoié par fe gouierneur dé ee prince au lit de sa mort,
a Le prince infortuné que j’ay élevé et gardé jus(|ue vers la fin de a mes jours, nasipiitle 5 septembre t038, à 8 heures et deinie du « soir, pendant le sou|ier du roy. Son frère, à présent régnant, estait a ne le malin à raidi pendant le dincr de son père. Mais autant la « naissance du roy fut splendide et brillante, autant celle de son « frère fut triste et cachée avec soin. Car le roy, adverti par la sage- « femme que la rcyne devait faire un second enfant, avait fait rosier « danssachanihre le chancelier de France, la sage-femme, le prea raier aumônier, le confesseur de la reyne et moy pour estre témoins n de ce qu’il en arriverait et de ce qu’il voulait faire, s’il naissait un « se coud enfant.
« Déjà depuis longtemps le roy estait adverti par prophéties que U sa femme ferait deux fils, car il estait venu depuis plusieurs jours « des pastres à Paris qui disaient en avoir eu une inspiration divine,
« si bien qu’il se disait dans Paris que si la reyne accouchait de « deux dauphins, comme on l’avait prédit, ce serait le comlilc.du « malheur do l’Estat. L’archevêque de Paris, qui fit venir ces devins, « les fit enfermer tous deux à Saint-Lazare parce que le peuple en
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« estait énieu, ce qui «loniia beaucoup à penser au roy, à cause du « trouble rpi'il avait lieu de craindre dans son Estât.
O Aixiva ce qui avait été |>rédit par les devins, soit que les con- « slellations en eussent adverti les jiastres, soit que la Providence « voulût advertir Sa Majesté des malheurs qui pouvaient advenir à « la France. Le cardinal à qui le roy, par un messager, avait fait « sçavoir cette prédiction, avait i-épondu <|u'il fallait en adviser, que « la naissance de deux dauphins n’élail pas une chose inipos.siblc , « et (|uc dans ce cas il fallait soigneusement cacher le second, parce « (ju'il pouiTait à l'avenir vouloir estre roy, combattre son frère pour « soutenir une seconde ligue dans l'Estat et régner.
« Le roy était souffrant dans son incertitude, et la rcyne qui « poussa des cris nous fit craindre un second accouchement.
« Nous envoyâmes quérir le roy qui pensa tomber à lu renverse, « pressentant qu'il allait être père de deux dauphins. Il avait dit â « monseigneur l'évcsque de Meaux, qu'il avait prié de secourir la a reync : — A'c quittés pm mon é/muse jusqu’à ce quelle soit dé- « livrée; j'en ai une inquiétude mortelle. Incontinent après il nous « assembla ; l'évesque de .Meaux , le chancelier, le sieur Monorat, la « dame Peronnette, sage-femme, et moy, et il nousditen présence « de la reyne, afin qu’elle peut entendre : Que nous en répondrions « sur notre teste si nous publiions la naissance d’un second daua phin, et qu’il voulait que sa nai$.sancefùt un secret de l’Estat pour « prévenir les malheurs qu’il en pourrait survenir, la loi salique ne <t déclarant rien sur l’héritage en cas de naissance de deux fils aines « du roy.
« G; qui avait été prédit arriva, et la reyne accoucha pendant le « souper du roy d'un second dauphin, plus mignon et plus Iveau ([ue « le premier, qui ne cessa de se plaindre et de crier comme s'il eût « déjà esprouvé du regret d’entrer dans la vie où il aurait ensuite huit « de souffrance à endurer. Le chancelier dressa le procès-verbal de a cette meneilleuse naissance, unûpiedans notre histoire. Ensuite O S;i Majesté ne trouva pas bien fait le premier procès-verbid , ce qui « fit ((u’elle le brûla en notre présence et ordonna de le relaire plu- « sieurs fois, jusqu’à ce que Sa Majesté le trouvât do son gré , quoique
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« |Hil remontrer mnnsieur l'aiimi'mler, (lui pivlonilail que Sa Ma- « jesié ne pouvait caclier la naissance d'un prince, à ipioi le roy re- « poiulil (|u'il y avait en cela une raison d'Estat.
« Ensuite le roy nous dit de signer notre serment ; le chancelier « le signa d'alxn d , puis monsieur l'aumônier, puis le confesseur de <1 la revue, cl je signai après. Le serment lut signe aussi par le chia rurgien et la sage-femme ipii délivra lu reync, et le roy attacha cette « pirèe au proci’s-verhal qu’il enqiorta et dont je n'ay jamais ouï « iMi ler. Je me souv iens (lue Sa Majesté s'entretint avec monseigneur « le chancelier sur la formule de ce serment, et (lu’il |Kirla long- « temps fort iws avec monseigneur le cardinal. Apres quoi la sage- « femme fut chargée de l’enfanl dernier né, et comme on a craint « (pi'clle ne parlât toujours trop sur sa naissance, elle m'a dit qu’on U l’avait souvent meiia< ée de la faire mourir si elle venait à iwrler ;
« on nous défendit même de parler jamais de cet entant entre nous « «pii étions témoins de sa naissance.
a Pas un de nous n’a encore violé sou serment; car .Sa Majesté (I ne craignait rien tant après elle, (pic la guerre civile (pie ces deux « enfants, niïs ensemble, pouvaient susciter, cl le cardinal 1 entren tint toujours dans celte crainte «piand il s’empara ensuite de la siir- « intendance de l’éducation do cet enfant. Ixv roy nous ordonna aussi « de bien examiner ce malheureux prince ([ui avait une verrue aiia dessus du coude gauche, une tasche jaiiniiire à son col, du côté « droit, et mie plus petite verrue au gras de sa cuisse droite, parce « que Sa M.ajcsié entendait, en cas de d('c« du premier né, entendait K et avec raison mettre on sa place l’enfant royal ipi il allait nous « donner en garde; (loimpioi il requit notre seing du procès-verbal, <« «pi’il lit sceller d’un iwtit sceau royal , et (pic nous signâmes selon „ l'ordre de Sa .Majesté et apri-selle. Et iwur a; (lu’il en fut des Iku-- « gei-s (pii avaient prophélisé sa n lissancc, jamais je n en ay pu en- « tendre parler, mais aussi je m’en suis empiis. Monsieur le cardinal, « «plia pris soin de cet enfant myslcriciiv, aura pu les dépayser.
.< l'oiir ce qui (>st de rcnlancedii second prince, la dame Peron- « nette en tit comme d’im enfant sien d’abord , niais ipn p issa pour « le lils bastard d’un grand soigneur du lempv, p irce qu’on recoimut,
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