CHAPITRE X
UELQUE temps avant que la mort ne prît au régent une de ses lilles, la religion lui enlevait l'autre.
Nous avons dit les bruits qui couraient sur mademoiselle de Chartres; c'étaient les mêmes ([ui avaient courus sur madam la duchesse de Berry et sur mademoiselle de Valois. La cause de sa retraite resta un secret. La princesse Palatine, dans ses mémoires, avoue elle-même ignorer les motifs qui ont fait désirer à mademoiselle de Chartres d'être religieuse.
Richelieu n'y met pas tant de ménagements, et déclare tout net « que c'est à la fois par jalousie contre mademoiselle de Valois et pour avoir un sérail. »
Il y avait déjà près d'un an que mademoiselle de Chartres vivait au couvent, où elle avait prononcé ses vœux le 23 août 1718, quand elle en fut nommée abbesse le iîx septembre 1719.
La place d'abbesse de Chelles avait été achetée par le régent à mademoiselle de Villars, sœur du maréchal, moyennant une rente viagère de douze mille livres par an.
« C'était, dit Saint-Simon, une singulière abbesse : tantôt austère à l'excès, tantôt n'ayant de religieuse que l'habit. Musicienne, chirurgienne, théologienne, directrice, et tout cela par saut et par bond, toujours dégoûtée et fatiguée de ces situations diverses. » Taudis que madame de Berry mourait, tandis que mademoiselle de Chartres se faisait abbesse, et troquait son nom princier contre l'humble nom de sœur Bathilde, la fortune de Law atteignait son apogée, et Paris tout entier, se portant à la rue Quincampoix, prenait un aspect étrange causé par les métamorphoses sociales qui s'opéraient.
En effet, toutes les fortunes avaient été atteintes, ébranlées, renversées ou bâties par cet étrange vertige qui venait de s'empa-
rcr de toute la France : on arrivait de la province, on arrivait de l'Angleterre, on arrivait d'Aniéricjuc même, pour jouer ce singulier jeu des actions qui faisait et défaisait les fortunes entre deu\ soleils.
Du 3 janvier au 1" avril seulement, Law avait, en vertu d'édils royaux , émis pour soixante-douze millions de billets.
11 était impossible que le régent refusât le contrcMe des finances à un homme si populaire. Aussi était-il fort question de le lui donner ; la seule cause qui retînt le régent , c'est que Law n'était pas catholique.
Par bonheur, Law était encore moins scrupuleux que le régent; il abjura entre les mains de l'abbé de Tcncin.
Cette abjuration de Law valut à l'abbé de Tencin l'ambassade de Rome.
Ce n'était pas trop cher, car Law obtenait chaque jour des édits si étranges, qu'il était évident que l'orage qui s'amassait tout doucement contre lui devait retomber un jour sur sa tête en grêle et en tonnerre.
D'abord, ce fut un arrêt du conseil qui défendit de faire aucun paiement en argent , au-dessus de la somme de GOO livres. Quelques mois après, par un nouvel arrêt, ces paiements ne pouvaient plus se faire au-dessus de 10 livres en argent, et de 300 livres en or. Enfin un dernier arrêt intervint, qui défendait à qui que ce fût, sous peine d'amende, de conserver chez soi plus de 500 livres en argent monnayé; la défense s'étendait jusqu'aux communautés religieuses et séculières.
Un tiers de la somme trouvée chez le contrevenant était, à titre de prime, accordée aux délateurs.
A l'instant même, tous les dépôts d'argent furent convertis en papier et donnèrent une nouvelle valeur aux actions de la double banque , qui , s'il faut en croire M. de Necker, dans sa réponse à l'abbé Morellet, en 1767, montèrent jusqu'à six milliards.
Quant à Law, il troquait son argent non pas contre du papier, mais contre des terres. A son début, il avait acheté du comte d'Évreux, moyennant la somme de 1,800,000 livres, le comté de Tancarville, en Normandie. 11 offrait au prince de Carignan 1,400,000 livres de l'hôtel de Soissons; à la marquise de Beuvron, 500,000 livres de sa terre de Lillebonne ; enfin, au duc de Savoie, 1,700,000 livres de son marquisat de Rosny.
Quant au régent, tout au contraire de Law, il ne m'ofitait de
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SCS gains à lui que pour los ivpandrc; sur loul le monde , non pas (Ml pièces d'or, mais eu pluie de papier. Il donna un million à l'Holi^l-Dieu de Paris, un million à riIospice-Ciénéral, un million au\ Enlanls-Trouvés; quinze cent mille livres furent employées par lui à tirer de captivité des prisonniers pour dettes; enfin le marquis de Noce, le comte de la Molhe et le comte de Roye reçurent chacun de sa main une gratification de cinquante mille livres.
Le duc de Bourbon ne suivit point cet exemple ; il gagna des sommes immenses, fit rebâtir Chantilly et acheta tous les biens (ju'il trouva à sa convenance : il avait le goût des bètes féroces, il se fit une ménagerie plus belle que celle du roi ; il aimait le luxe des coureurs, et, d'une seule fois, il en fit venir cent cinquante d'Angleterre, lesquels lui coûtaient 15 à 1800 livres la pièce. Dans une seule fêle qu'il donna au régent et à la pauvre duchesse de Berry, fcte qui dura cinq jours et cinq nuits , il dépensa près de deux millions.
Cependant toute l'aflaire de la conspiration de Cellamare était tombée dans l'eau ou à peu près.
Le prince, comme nous l'avons dit, avait été relâché le premier et renvoyé en Espagne.
Le régent avait fait venir Lagrange-Chancel , l'auteur des Philippiqucs, et lui avait demandé s'il était bien vrai qu'il pensât tout ce qu'il avait dit de lui.
— Oui , Monseigneur, lui avait répondu effrontément le poète.
— C'est bien heureux pour vous, reprit le régent ; car si vous eussiez écrit de pareilles infamies contre votre conscience, je vous eusse fait poudre.
Et il se contenta de l'envoyer aux iles Sainte-Marguerite, où il resta trois ou quatre mois. Mais au bout de ce temps, les ennemis du régent ayant répandu le bruit que le prince l'y avait fait empoisonner, le prince ne trouva pas de meilleur moyen de démentir cette nouvelle calomnie , que d'ouvrir les portes de sa prison au prétendu mort, qui se hâta de revenir à Paris plus gonflé de haine et de fiel que jamais.
Quant au duc de Pàchelieu, il était tombé malade à la Bastille ; on exposa au régent que si le prisonnier avait le malheur de mourir en prison , ce serait contre sa cruauté un concert de malédictions qui pouvait ternir sa mémoire. Le duc se laissa donc toucher. 11 permit d'abord que Richelieu sortît, à la condition que le cardinal de Noailles et la duchesse de Richelieu, sa belle-mère, iraient
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le prendre à la Bastille et le garderaient à Conflans jusqu'à ce (|..\i fût en état de se rendre à sa terre de Richelieu, où il resterait jusqu'à nouvel ordre.
11 sortit en conséquence de prison le 30 août 1719, se rendit à Conflans , dont il escaladait les murailles au bout de huit jours, et comme il s'apprêtait à partir pour son exil, il reçut l'autorisation de venir passer à Saint-Germain le temps que devait durer cet exil.
Trois mois après, il faisait au régent sa visite de réconciliation. Le régent, qui ne savait pas haïr, lui tendit la maiii et l'embrassa.
Le duc et la duchesse du Maine avaient été conduits : l'un au château de Dourlans, l'autre à la citadelle de Dijon. Tous deux sortirent de leur prison avant la fin de l'année , désarmant le régent, le duc du Maine par une dénégation absolue, la duchesse par un aveu complet.
Tous deux retrouvèrent à Sceaux le marquis de Pompadour, le comte de Laval, Malézieux et mademoiselle de Launay, qui, sortis de prison avant eux les y attendaient pour reprendre ces charmantes fêtes que Chaulieu, pauvre aveugle qui ne pouvait pas les voir, appelait les Nuits-Blanches de Sceaux.
Quant au cardinal de Polignac, il n'avait pas même été arrêté , le régent s' étant contenté de l'exiler dans son abbaye d'Anchin.
On fut donc assez étonné d'apprendre à Paris, vers la fin de novembre, l'arrestation de quatre gentilshommes bretons dont l'affaire se rattachait à celle du prince de Gellamare.
Pendant cette année et l'année précédente , un grand changement s'était fait dans la politique intérieure. Pour se populariser d'abord , la Régence s'était appuyée sur le Parlement et la noblesse. On avait réagi contre ce pouvoir royal qui avait paru si lourd aux mains de Louis XIV ; on avait essayé de gouverner avec les utopies de Fénélon et du duc de Bourgogne. Mais bientôt on s'était aperçu qu'en rendant le droit de remontrance au Parlement, on avait ressuscité une opposition, et qu'en établissant des conseils de régence, on s'était créé des embarras. Aussi, peu à peu ce droit de remontrance, accordé aux Parlements, lui avait-il été retiré, et les conseils abolis avaient-ils été remplacés par des secrétaires d'État.
Peu à peu les secrétaires d'État avaient été primés eux-mêmes par une volonté unique. Le gouvernement du régent avait compris que toute sa force était dans la concentration ; et le M décembre
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1719, au lieu dos soixanlc-dk mlnislrcs composant les tlill'ércnls ronsoils do rô^onco, roslaicnl scidonionl :
Dubois, socrélairo d'État aux alVairos étrangères.
Leblanc, secrétaire d'État à la guerre.
D'Argcnson, gardes-do-sceaux.
Et Law, contrôleur-général des finances.
Tous quatre appartenaient corps et anie au régent.
Comme on l'a vu précédemment, les premiers événements de la guerre n'avaient pas été favorables à la cause de Philippe V. L'armée française franchissant la Bidassoa, Fonlarabie prise par capitulation, Saint-Sébastien emportée d'assaut, trois vaisseaux brûlés dans le port de Cen'tena, la ville et le château d'Urgel, contpiis par le maréchal de Berwick ; la cidadelle de Messine tombée aux mains des impériaux et des Anglais, avaient donné à réfléchir au roi d'Espagne, et le résultat de ses réflexions avait été que tous ces désastres étaient nés de l'ambition d'Albéroni.
Mais Albéroni n'en était pas moins resté à la tête du ministère espagnol ; Albéroni n'en avait pas moins la main à toutes les grandes aflldros du monde ; et la sagesse éternelle, qui fait l'histoire avant que les historiens ne l'écrivent, avait décidé que, monté au faîte du pouvoir par un jeu de la fortune, Albéroni en tomberait par un caprice du hasard.
A part ce grand système politique dont nous avons parlé et qu' Albéroni avait appliqué au mouvement européen , l'ex-sonneur de cloches avait un système particulier qu'il appliquait à sa conservation personnelle ; c'était de ne laisser pénétrer à la cour d'Espagne aucun Parmesan. Soit qu'il ne voulût pas avoir de témoin de la bassesse de son origine, soit qu'il craignît qu'un compatriote exerçât sur la reine une part de cette influence dont il se réservait la totalité pour lui-même.
Il ne put cependant empêcher que la jeune princesse n'obtînt de son mari de faire venir près d'elle sa nourrice, paysanne des environs de Parme, et qu'on nommait Laura Piscatori.
C'est que la reine d'Espagne, alors qu'elle désirait une chose, avait à sa disposition des moyens contre lesquels, malgré tout son génie, ne pouvait lutter le cardinal Albéroni.
Philippe V, jeune encore, 'ardent comme son aïeul, avait un besoin journalier de femmes, besoin dont ses principes religieux ne lui permettaient pas d'aller chercher la satisfaction hors de son ménage. Lorsque la jeune reine était arrivée, le tête-à-tête avait duré vingt-
quatre heures, et au sortir de ce tctc-à-tclo, clic avait compris que cet homiiie, aux puissantes passions, serait élcrnellemcnt son esclave; aussi, quoique son règne fût nocturne, sa puissance étaitelle celle qui gouvernait l'Espagne.
Laura Piscatori était donc arrivée à Madrid, et la reine en avail fait son assafela, c'est-à-dire sa première femme de chambre.
A peine arrivée, Laura sut de la reine elle-même, tout ce que le cardinal avait fait pour s'opposer à son appel à Madrid ; et, malgré le sourire avec lequel Albéroni l'accueillit , elle lui voua une haine pareille à celle dont elle était l'objet de sa part.
Dubois avait des espions dans toutes les cours de l'Europe , et particulièrement à la cour d'Espagne. Ilsutles débats domestiques qui s'étaient élevés à propos de l'introduction à la cour de Laura Piscatori, et résolut de profiter de la haine de cette femme.
Dubois avait le génie de ces sortes d'intrigues.
Il fit offrir à Laura un million si elle brouillait le cardinal avec la reine. Une fois cette brouille bien établie, il était tranquille.
Huit jours après cette négociation terminée , Albéroni reçut un billet de Philippe V, qui lui enjoignait de quitter Madrid dans les vingt-quatre heures , et l'Espagne dans les quinze jours avec défense d'écrire au roi, à la reine, ni à qui que ce fût.
Un officier des gardes-du-corps fut, en outre, chargé de le conduire jusqu'à la frontière.
A Barcelonne , le lieutenant du roi donna au ministre disgracié une escorte de cinquante hommes ; le chemin qu'il devait parcourir était infesté de bandits, et sans doute Albéroni, après avoir fait la grande guerre pour le compte de son souverain , allait-il être forcé de faire la petite guerre pour son propre compte.
En effet, à Trenta-Passos, voiture, escorte et cardinal furent attaqués par deux cents miquelets , au milieu desquels il fallut passer le pistolet au poing.
Dix lieues plus loin , on signala une autre troupe qui semblait poursuivre l'exilé, mais cette troupe portait l'uniforme des gardes de Sa Majesté Catholique, de sorte, qu'au lieu de fuir ou de faire résistance, on attendit.
Celle-là, en effet, venait de la part de Philippe V.
Après le départ d' Albéroni, on s'était aperçu qu'il avait emporté des actes précieux et, entr'autres, le testament de Charles II, qui instituait Philippe V l'héritier de la monarchie espagnole ; quel était le but du ministre disgracié ; sans doute, de remettre cette
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pit'co à l'oiiiporour (lui, celle pièce une lois anéanlic. ivchuiiail do nouveau le Irùne au nom de Charles Y.
Le clief (les j^ardes força Alhéroni de descendre de voilure, on ouvrit ses malles, on le Touilla lui-même; tous ses papiers furent pris et remportés à ^ladrid.
Dubois avait été averti, même avant le régent, de la disgrâce d'Albéroni ; il connaissait la route qu'il suivait pour se rendre en Italie, il savait qu'il devait traverser le midi de la France, il envoya M. de Marcieu, qui avait connu le cardinal à Parme, pour le recevoir à la frontière.
Le prétexte était de lui faire honneur, le but était de profiter de la colère du ministre disgracié , pour apprendre de lui quelques secrets sur Philippe V, ou sur la reine, dont Dubois comptait bien faire son profit.
Albéroni , en apercevant M. de Marcieu , comprit à l'instant même la mission dont il était chargé.
— Vous venez pour connaître le secret de la monarchie espagnole? demanda-t-il, je vais vous le dire : Philippe Vcst un homme qui n'a besoin que de deux choses : une femme et un prie-dieu.
Le résultat de la disgrâce d'Albéroni fut celui qu'on avait prévu, Dubois obtint la paix générale.
Le roi Philippe V accéda au traité de la quadruple-alliance, qui fut signé à La Haye, le 17 février, par le marquis de Berelli- Landi, son ministre.
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Un autre cvùncniciii, (Vuno imporlaiicc non moins grande, attira, dès que le cardinal fui enil)ai'(|n6 à Antibes, les yeux de l'Europe vers l'autre extrémité de la France.
Nous avons dit que les états de Bretagne , au lieu d'accorder le don gratuit par acclamation, comme c'élait d'usage, avaient répondu qu'ils ne pouvaient avoir égard à la demande qu'après avoir vu et examiné les comptes.
A l'instant même où cette réponse avait été connue du maréchal deMontesquiou, gouverneur de la province, il avait occupé Rennes, Vannes, Redon et Nantes, défendant, en outre, aux gentilshommes Bretons de se réunir sans la permission du roi.
Or, comme on le sait , les gentilshommes Bretons étaient une lace à part, rude, primitive, sauvage qui, tandis que le reste de la noblesse de France était venue s'étioler au soleil de Versailles , était demeurée ferme, vigoureuse et le front levé à l'ombre de ses monuments druidiques et de ses vieilles forêts.
Cette atteinte portée aux privilèges de la noblesse bretonne lui fut donc insupportable.
Vieux amis de l'Espagne, sous la Ligue, à cette époque où la monarchie catholique était l'adversaire de la France, les Bretons adoptèrent le parti de Philippe V contre le régent , et envoyèrent une députation à Madrid.
M. de Mélac Hervieux, chef de l'ambassade, était chargé de porter la parole à Philippe V, au nom de la noblesse bretonne.
Philippe V répondit par cette lettre , datée de Saint-Estevan , 22 juin 1719.
« M. de Mélac Hervieux m'a apporté des propositions de la pari » de la noblesse de Bretagne, concernant les intérêts des deux cou- .) ronnes. Je m'en remets sur ce que ledit sieur reportera de ma « part , mais je leur assure ici, de moi-même , que je leur sais très » bon gré du parti qu'ils prennent, et que je soutiendrai de mon ^> mieux, ravi de pouvoir leur marquer l'estime que je fais de su- " jets aussi fidèles du roi, mon neveu, dont je ne veux que le bien )> et la gloire.
» Moi le Roi. »
Le parti glorieux que prenait la noblesse Bretonne et dont elle avait fait donner avis à Philippe V, c'était la séparation de la Bretagne de la France.
Le plan était simple : les états se constituaient et prenaient un
arrêté, disant que : les privilèges de la province étant violés , la province se déclarait indépendante.
Deux femmes avaient donné l'élan ù ce grand projet, vicu\ rôvc du Morbihan et du Finistère, c'étaientles châtelaines de Kanken et de Bonnamour.
Une femme trahit son pays, ce fut la dame d'Egoulas.
Leblanc était tenu au courant, par elle, de tout ce qui se faisait en Bretagne. Leblanc, nous l'avons dit, c'était Dubois.
M. de Montesquiou reçut l'ordre de sévir.
C'était bien l'homme qu'il fallait pour réprimer une rébellion , fût-ce en Bretagne, ce pays des rébellions éternelles et des répressions impossibles.
Pierre d'Artagnan de Montesquiou , maréchal de France , était le descendant de ces vieux Montesquiou, héritiers de Clovis, comme le dit dans une de ses chartes, le sire de Montesquiou, qui devint duc d'Athènes. Sous les drapeaux depuis plus d'un demi siècle, il s'y était fait un cœur de bronze et un bras de fer. A la première nouvelle de la révolte il avait fait demander des troupes, et comme si à cet homme, dont les aïeux remontaient au berceau de la monarchie, on eut voulu donner des soldats qui eussentaussi desancêtres , on lui avait envoyé les descendants et les restes de ces fameux dragons qui avaient éteint dans le sang la rébellion des Cévennes, cette Bretagne méridionale de la France.
La lutte dura trois mois , et au bout de trois mois , la Bretagne était soumise, et trois ou quatre cents paysans et une douzaine de gentilshommes Bretons étaient prisonniers,
Parmi les prisonniers , on choisit quatre têtes pour l'échafaud ; celles de Pontcalec, de Montlouis, de Talhouet et de du Couëdic.
Les tribunaux ordinaires eussent fait longueur. Il fallait à une pareille révolte une répression prompte et sévère.
La chambre royale de Nantes fut installée et prononça l'arrêt.
Le 26 mars à dix heures du soir, par une nuit de tempête, l'échafaud , un échafaud tendu de noir, tel qu'il convient à des gentilshommes, fut dressé sur la place publique de Nantes. Le peuple atterré ne pouvait pas plus croire à la chute de ces quatre têtes, qu'il eût cru au renversement de ces vieilles pierres druidiques près desquelles il passe toujours avec un étonnement mêlé de respect.
A dix heures et demie , la place s'illumina , cinquante soldats