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anonyme; cette lettre la supplie de venir seule ou avec une personne dont elle soit sûre comme d'elle-même au jardin du Luxembourg. Au cinquième arbre d'une allée qu'on lui désigne elle trouvera un homme qui a des choses de la dernière conséquence à lui communiquer. Comme la lettre arrivait, ou plutôt était reçue, car mademoiselle Lecouvreur, sortie depuis le malin, rentrait chez elle avec un ami et mademoiselle Lamolhe sa camarade, comme la lettre, disons-nous, arrivait à l'heure même du rendez-vous, elle monta en voiture avec les deux personnes qui l'accompagnaient , et ordonna au cocher de toucher au Luxembourg.
Une fois au Luxembourg, elle trouva l'allée indiquée, et au pied du cinquième arbre, l'abbé Bouvet qui s'avançant vers elle, lui raconta la fatale mission qu'il avait reçue, déclarant qu'il est incapable d'un pareil crime, mais ajoutant que ne le commettant pas lui-même il est certain d'être assassiné.
Adrienne remercia le jeune homme, et lui dit que son avis était, puisqu'il avait choisi le côté honorable de la chose, de pousser l'affaire jusqu'au bout en venant dénoncer à l'instant même le crime au lieutenant de police. L'abbé répondit qu'il avait d'abord eu cette intention, seulement il avait été arrêté par la puissance des ennemis qu'il se faisait , mais puisqu'elle-même lui donnait un conseil en harmonie avec ses premières inspirations, il était prêt à revenir à elle et à suivre le conseil.
Adrienne profite de cette bonne disposition, donne une place dans sa voiture à l'abbé, et le conduit chez M. Hérault, alors lieutenant de police. Le motif de la visite lui est exposé. M. Hérault demande à l'abbé s'il a les pastilles qu'on lui a remises; pour toute réponse l'abbé les tire de sa poche et les remet au lieutenant de police. On appelle un chien, on lui donne une de ces pastilles, et le chien crève au bout d'un quart-d'heure.
— Laquelle des deux Bouillon vous a fait remettre ces pastilles, demanda alors le lieutenant de police. — C'est la duchesse, répondit l'abbé (1). — Cela ne m'étonne pas. Quand la proposition vous a-t-elle été faite, continua-t-il? — Avant-hier. — Où cela? — Aux Tuileries. — Par qui? — Par deux hommes que je ne connais pas. — Et ils vous ont dit qu'ils parlaient au nom de madame de Bouillon? — Hs ont mieux fait que cela, ils m'ont conduit chez elle.
(1) La seconde était Marie-Charlotte Sobieski , mariée en 1724 à Charles Codefroy de Latour-d'Auvcrgne, prince de Bouillon.
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— Kl la (hicliosso vous a coiinniic' co que ces dcu\ lioninios vous avaient (lit '? — De poinleiipoiul. — Oseriez-voussouleiiir celle aflaire ? — Faites-moi mettre en prison et conlVontez-moi avec madame de Bouillon. Le lieutenant de police réflécliil iiu instant.
— Non, dit-il, il sera toujours temps d'en venir là.
Puis, lui ayant demandé son adresse , il le renvoya chez lui en disant à mademoiselle Lecouvreur cette phrase sacramentelle de tous les lieutenants de police, passés, présents et à venir :
— Soyez tranquille, je veille sur vous.
A peine mademoiselle Lecouvreur et l'abbé Bouvet furent-ils partis, que le liculenanl de police fit instruire le cardinal de Bouillon de celle avenlure. Le cardinal accourut furieux, insista d'abord pour la publicité ; mais les amis et les parents de la maison de Bouillon furent d'avis de ne point mettre au jour cette scandaleuse aflaire. Mais au bout de quelque temps, on ne sait par où ni comment l'aflaire devint publique et fit un bruit horrible.
Le beau-frère de madame de Bouillon en parla à son frère et lui dit qu'il fallait absolument que sa femme se lavât d'un pareil soupçon, qu'il devait demander une lettre de cachet pour faire enfermer l'abbé. La lettre de cachet fut facile à obtenir. On arrêta le malheureux et on le conduisit à la Bastille. Là, on le questionna, mais il ne fit que répéter ce qu'il avait déjà dit. On le menaça , mais il persista dans sa déclaration. On lui fit de magnifiques promesses, mais il ne voulut pas se laisser corrompre. On le garda donc en prison sans que l'affaire fît un pas de plus en avant ou en arrière.
Alors Adrienne écrivit au père qui demeurait en province et qui ignorait le malheur arrivé à son fils. Le pauvre homme accourut à Paris, sollicita l'instruction de l'alTaire, et demanda comme une grâce qu'on fit le procès de son fils. Voyant que toutes ses réclamations étaient inutiles, il alla droit au cardinal, qui demanda à madame de Bouillon si elle voulait qu'on instruisît cette affaire, attendu que sa conscience lui défendait de laisser un innocent en prison. Madame de Bouillon préféra rélargissement au procès; l'abbé sortit de la Bastille. Pendant deux mois encore le père resta à Paris et veilla sur son fils ; mais au bout de deux mois , étant parti et l'abbé ayant eu l'imprudence de rester à son logement, il disparut tout-à-coup et l'on n'en entendit plus parler.
En apprenant cette disparition , Adrienne comprit que la ven-
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geancc de la duclicsse de Couilloii n'avait lait que s'endormir cl qu'elle s'éveillait.
Quinze jours s'écoulèrent cependant sans qu'Adrienne entendît parler de rien. Enfin un soir, après la grande pièce, Adrienne avait joué Phèdre, madame de Bouillon la fit inviter de venir la trouver dans sa loge. Surprise d'une pareille Invitation, ractrice répondit qu'elle était dans un déshabillé qui ne lui permettait pas de paraître devant elle. Mais la duchesse ne se tint point pour battue, elle lui fit dire que, quelle que fût sa toilette , elle lui pardonnait d'avance.
— Madame la duchesse est trop indulgente, dit Adrienne, et si elle me pardonnait de paraître ainsi dans la salle, le public ne me le pardonnerait pas. Cependant, dites-lui que pour lui obéir autant qu'il est en moi, à la sortie, je me trouverai sur son passage.
Force fut à la duchesse de Bouillon de se contenter de cette réponse, et, à la sortie, elle trouva en effet mademoiselle Lecouvreur qui l'attendait. La duchesse lui fit toutes sortes de compliments sur son jeu et de louanges sur sa grâce et sur sa beauté ; sans doute voulait-elle par cette marque publique de sympathie, connue il n'était point rare que les grands seigneurs en donnassent aux artistes, faire tomber les bruits qui avaient couru.
Le surlendemain, Adrienne se trouva mal au milieu de la pièce qu'elle jouait et ne put l'achever. On fut obligé de foire une annonce, et le public, qui n'avait pas été parfaitement rassuré par la gracieuseté que la duchesse de Bouillon avait faite à l'artiste, demanda avec la plus grande anxiété de ses nouvelles à la fin du spectacle. Celles qui lui furent données étaient fâcheuses : on avait été obligé de porter Adrienne jusqu'à sa voiture tant elle était faible.
A partir de cette soirée, mademoiselle Lecouvreur dépérit visiblement; cependant elle essaya de lutter contre le mal, et le 15 mars reparut dans Jocaste.
Alors le public put juger du changement qui s'était fait en elle ; à peine pouvait-elle parler et se soutenir ; on crut qu'elle n'achèverait pas la tragédie.
Après OEdipc venait le Florentin. On regarda comme impossible qu'Adrienne remplît son rôle dans cette comédie, quand au grand étonnement de tous elle reparut. Là on la vit lutter et vaincre le mal , elle fut chai^mante. C'étaient ses adieux au public. Quatre jours après elle mourut dans des convulsions horribles. On l'on-
vril, clic avait les entrailles gau^renccs. I.e l,r„it se rél.a.KUt .l"'ellc ivai't été empoisonnée dans un lavement.
H .is ce n'est „asle tonl : la perséention d« clergédcvatt ajou or , e ;" n^o t vn iUnsUa.ion dont clic n'avait pas bcso.n après es bna d mpoisonnement qui avaient conru. La sépulture ceci - Uuusutiii ^ ,,es portefaix, à nnc heure du
au coin de la rue d(! Bourgogne.
n existe m très-beau portrait d'elle, en cornélic; le portrait est de Doypcl et gravé par Drcvct fds.
M le duc de Bouillon, mari de la duchesse, qu'on accusait hau- ,e,luï<îr Ipoisonné ntadetuoiselle Lccouvrcur, nesurvecut ùl'arlistequcdecleuxmois.
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réunion de la Corse a la liance acux a
^To«I"*vons dit la joie universelle qui avait accueilli la nouvelle Nous a^ons au i j ^^^^^^^^ g^,^^„^e
à celle qui avait poursuivi la postérité de Louis XIV, aînée ne risquait plus de manquer.
C pcllam la Juerre contre les jansénistes et les mol nistes co.^ ,i„ur h bulle t/m-^.m7».,dont les convulsionna.res de saint Medd n'épie qu'un épisode, oceupaitles esprits à défaut d evene- :r i imp'ortants. Les ^'Pf -JX^Xr Sî S=-:^:=:r=-;meAume,i„tituléles
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la violence avec laquelle les lourmen leurs frappaient cl de la volupté avec laquelle la palienlc rccevaitcede singulière préj)aration à l'extase. 11 va sans dire que la Faculté n'élail pour rien dans le traitement, et que l'application du terrible remède se faisait en famille.
Pendant ce temps un roi suivait l'exemple deCharles-Quinl,de Christine et de Philippe V, et se dégoûtait du trône qu'il devait regretter plus tard. Ce roi, c'était Viclor-Amédée II, lequel quittait Turin pour Chambcry où il comptait vivre comme un simple particulier, sous le nom de comte de Tende, laissant la couronne à son fds Charles-Emmanuel.
Mais plus encore que les différentes vicissitudes de sa vie orageuse, son amour pour la belle comtesse de Saint-Sébastien avait déterminé sa retraite. Aussi, à peine arrivé à Chambéry, fit-il pour elle, mais publiquement, ce que clandestinement le roi Louis XIY avait fait pour madame de Maintenon : il l'épousa.
Au milieu des troubles qui lui enlevaient un duché et lui rendaient un royaume, la vie de Viclor-Amédée s'était partagée entre deux amours. Celui de madame de Verrue qui avait apporté en France le contre-poison qu'elle offrit à Louis XV, et celui de la comtesse de Saint-Sébastien qui devait l'accompagner de sa prospérité dans sa retraite, et de sa retraite dans sa prison.
Puisque nous avons prononcé le nom de madame de Verrue qui, quelques années plus tard, devait quitter le monde, encore un mot sur cette curieuse existence qui fut une des plus complètes de l'époque, qui finit par mourir avec le nom dedame de Volupté, après avoir mérité celui de dame de Vertu.
Madame de Verrue était fille du duc de Luynes et de sa seconde femme, qui se trouvait en même temps être femme et tante de son mari, étant fille, étant sœur de père de sa mère, la fameuse duchesse de Chevreuse à laquelle nous avons consacré tant de pages dans notre histoire de Louis XIV. De ce second lit, le duc de Luynes avait beaucoup d'enfants, et comme il n'était pas riche, il s'était défait de ses filles comme il avait pu. Jeanne d'Albert de Luynes, née le 18 septembre 1670, celle qui nous occupe, avait épousé M. de Verrue, dont la mère veuve et fort considérée, était dame d'honneur de madame de Savoie.
Le comte de Verrue parut à la cour de Piémont avec sa jeune femme. Il était jeune, beau, bien fait, riche et de plus honnête
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Iionuno. Toiilos cos qualités frapjJCMCiU réponse cl lui inspirôponl un amour prol'oucl et réol pour sou uiari. Los prouiièrcs auuécs de leur union s'écoulèrent donc dans un bonheur que rien ne vint troubler.
Le duc de Savoie vit madame de Verrue chez sa mère, et en devint amoureux. L'amour d'un prince ne se cache pas longtemps, surtout à celle qui en est l'objet. Madame de Verrue s'aperçut des galanteries de M. de Savoie, et en prévint sa belle-mère et son mari, qui se contentèrent de la louer de sa sagesse, mais ne tinrent aucun compte de l'avis. Monsieur de Savoie voyant cette facilité redoubla de soins, ordonna des fêtes contre sa coutume et son goût, fiiisant madame de Verrue la reine de ces fêtes. Celle-ci n'eut pas besoin de chercher longtemps à l'intention de qui ces fêtes étaient données. Elle inventa des prétextes et s'abstint d'y paraître deux fois de suite. Comme on le comprend, son absence fut remarquée, et loin de lui savoir gré de ce sacrifice, son mari et sa bellemère lui firent un crime de son absence. Alors , elle avoua à son mari que M. de Savoie était amoureux d'elle, que les attentions, les soins, les paroles même du duc ne lui laissaient aucun doute à cet égard, mais M. de Verrue lui répondit que M. de Savoie, fùtil amoureu^i d'elle , il ne convenait ni à son honneur ni à sa fortune qu'elle en marquât rien. Alors, M. de Savoie voyant que rien ne s'opposait à son amour, devint plus hardi et s'en ouvrit directement à la jeune femme , qui recourut de nouveau à son mari et à sa belle-mère, les priant de l'emmener l'un ou l'autre à la campagne, ou tout au moins de lui donner la permission de s'y retirer. Mais à cette demande, belle-mère et mari éclatèrent en disant qu'elle voulait leur ruine. Alors il ne lui restait plus qu'une ressource, elle feignit une maladie, se fit ordonner les eaux de Bourbon, et manda à son père qu'elle le priait instamment de se trouver à Bourbon en même temps qu'elle, l'avertissant qu'elle avait un secret de la plus haute importance à lui confier. Devant une ordonnance de médecin il fallait s'incliner. Madame de Verrue la mère et son fils consentirent donc que la malade quittât le duché de Savoie, mais accompagnée de son oncle, l'abbé de Scaglia. Rien n'était mieux qu'une pareille tutelle, l'abbé ayant près de soixanteet-dix ans, et passant pour un saint homme.
Mais madame de Verrue était belle à damner un saint. Le vilain vieillard , comme dit Saint-Simon , devint amoureux de sa nièce , de sorte que quand celle-ci eut vu son père et se fut ouverte à lui
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du danger qu'elle courait de revenir on PiémonI, l'abbé Scagiia promit de veiller sur sa nièce, cl de se nietlre eu tra\crs de toute tentation qui serait faite contre sou honneur.
La promesse rassura M. de Luyncs et madame de Verrue ellemême. M. de Luyncs retourna à Paris , et après trois mois d'absence, madame de Verrue revint en Piémont. Mais pendant le voyage, l'abbé avoua à son tour à sa nièce que tout ce qu'il avait fait pour la garder près de lui, tenait à l'amour qu'il avait pour elle, de sorte qu'ayant repoussé cet amour presqu'avec horreur, madame de Verrue s'aperçut que loin d'avoir un défenseur dans son oncle, elle venait d'en faire son plus cruel ennemi. En arrivant à Turin, elle trouva M. de Savoie plus amoureux , et M. de Verrue et sa mère plus complaisants que jamais. Alors , la pauvre femme repoussée par sa belle-mère, abandonnée par son mari, persécutée par son oncle, n'eut plus qu'une seule ressource, ce fut de se jeter dans les bras du duc. L'éclat fait, le mari, la mère et l'oncle furent au désespoir et jetèrent les grands cris, mais il était trop tard ; d'ailleurs le duc leur imposa silence. Il était fou de madame de Verrue. En un instant elle jouit, auprès de M. de Savoie , d'une faveur égale à celle dont madame de Maintenon avait joui près de Louis XIV. M. de Savoie tenait conseil des ministres chez elle , la comblant en toutes façons, devinant ses désirs et allant au devant d'eux, lui donnant pensions, pierreries, meubles, maisons, mais en échange, jaloux d'elle comme un tigre, et la tenant fort enfermée, comme au reste il se tenait lui-même. Au milieu de tout cela, madame de Verrue tomba malade, elle était empoisonnée. Heureusement, M. de Savoie avait un contre-poison, il le lui donna à tout hasard. Le contre-poison se trouva être l'antidote du poison, et madame de Verrue guérit. Quelque temps après, elle tomba malade de la petite vérole. Le duc ne voulut point qu'elle eût d'autre garde-malade que lui, la veillant toutes les nuits jusqu'à ce qu'elle fût hors de danger. Mais la preuve d'amour que madame de Verrue eût désiré avant toutes celles-là, eût été un peu de liberté. Or, chaque jour son illustre amant devenait plus jaloux d'elle, quoiqu'elle ne lui donnât aucun motif de jalousie, et la renfermait davantage. Cette existence finit par devenir insupportable à la pauvre favorite. Elle avait un frère qu'elle aimait fort, le chevalier de Luyne^. Elle lui écrivit de la venir voir à Turin, lui donnant rendez-vous pour l'époque précise où le roi devait faire uu voyage à Chambéry.
M. le cliovalier de Liiyiios fui aussi exact à venir à Turin que son pèro l'avait été h aller i\ Bourbon. Comme elle avait lait à son père, sa sœur lui avoua tout. Alors il lui convenu entre eu\ que Ion essaierait de fuir et de gagner la France. Madame de Verrue commença par faire sortir du duché son argent et ses bijoux, puis elle réalisa par des ventes de diiïérents biens, des sommes considérables qui prirent le même chemin que les premiers envois qu'elle avait faits. Enfin , elle-même , par une belle nuit , sous la conduite de son frère, elle quitta Turin à cheval,
gagna Gênes, s'embarqua pour Marseille et y arriva sans accident.
Le duc fut furieux, mais son pouvoir ne dépassait pas la frontière de son duché; et tandis qu'il faisait rage contre la fugitive, celle-ci gagnait Paris et s'enfermait dans un couvent.
Mais, comme on le comprend bien , madame de Verrue n'avait pas quitté une prison forcée pour s'imposer une prison volontaire. Elle sortit de son couvent, s'acheta une maison, donna des dîners où l'on lidsait grande chère ; et comme c'était une femme charmante, pleine d'esprit, rayonnante encore de jeunesse et de beauté, elle eut bientôt une cour au milieu de laquelle elle fut bien autrement reine qu'elle ne l'était en Piémont. Le service qu'elle rendit
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au roi, en apportant un contre-poison pareil à celui qui l'avait sauvée elle-même, acheva de la poser dans le monde. Cent mille francs qu'elle dépensait par an en tableaux, en curiosités, en gratifications qu'elle donnait aux artistes pauvres, ou aux pauvres hommes de lettres, lui valurent les louanges de Lafaye et de Voltaire. Cette vie charmante dura jusqu'en 175G, époque à Inquelle elle mourut.
Elle laissait un fils et une fille, tous deux reconnus par M. de Savoie. Le fils mourut jeune et sans alliance; la fille épousa le prince de Cariguan, dont la descendance règne aujourd'hui sur la Sardaigne.
Nous avons dit, à propos de la comtesse de Saint-Sébastien, que son amour devait accompagner le roi Victor-Amédée dans sa retraite, et de sa retraite dans sa prison. Disons comment, régnant encore le 1" septembre 1730, Yictor-Amédée était prisonnier le 8 octobre 1731, c'est-à-dire une année après être descendu du trône, et avoir abdiqué volontairement en faveur de son fils Charles-Emmanuel.
C'est que Victor-Amédée, comme Charles-Quint et comme Christine , ne fut pas plutôt descendu du trône , qu'il regretta ce trône dédaigné, et tenta de le reprendre à celui auquel il l'avait donné; mais un trône ne se rend pas ainsi, même à son père. Une nuit, c'était celle du 28 au 29 septembre, Victor-Amédée fut arrêté au château de Moncalier, par ordre de son fils, et conduit au château de Rivoli. Quant à sa femme, la comtesse de Saint-Sébastien, elle fut reléguée sur les frontières du Piémont.
Pendant qu'un fils faisait arrêter son père en Sardaigne, en Prusse un père faisait arrêter son fils.
Le 13 septembre 1730, Frédéric-Guillaume il, fils de cet électeur de Brandebourg, qui avait fait ériger la Prusse en royaume , eten avait été reconnu roi le 18 janvier 1701, Frédéric-Guillaume II donna l'ordre d'arrêter son fils, qui, de concert avec le comte de Kalte , avait voulu sortir des états de son père contre son gré. L'ordre fut exécuté contre le prince et son complice.
Ce fut vers cette époque que M. le duc d'Orléans, las de la lutte inutile qu'il soutenait conti'e M. de Fleury, résolut de se retirer des alTaircs pour se donner entièrement à la dévotion. En conséquence, il donna sa démission de la cliarge de colonel général de l'infanterie. Le roi accepta la démission et supprima la charge.
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Celle même charge, déjà supprimée en 1G39, après la niorl du ducd'Kpcrnon, avait été rétablie en 17^21 pour M. le duc d'Orléans, alors duc de Chartres.
Quant à Louis XV, pendant tous les événements que nous venons de raconter, son plus grand plaisir, après la chasse, le cérémonial, les onices d'église et l'éliquetle, c'élait de i)lanler des laitues dans un petit jardin que lui avait donné M. de Fleury, et de les regarder pousser.
A propos de M. de Fleury, nous avons oublié de consigner en temps et lieux sa promotion au cardinalat. Celte promotion date du 11 septembre 1720.
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