RUE DU PONT-DE-LODI
Une double intrigue poussait le roi à se mettre à la tête de son armée. M. de Maurepas, qui voulait séparer le roi de sa maîtresse, et M. de Richelieu, qui voulait combattre sous les yeux du roi.
Ouant à madame de Châteauroux, comme elle avait la parole du duc de Richelieu que, d'une façon ou de l'autre, il obtiendrait qu'elle rejoignît le roi à l'armée, elle poussait aussi le roi à prendre de son côté le commandement de la guerre.
Quatre armées venaient d'être mises sur pied, une en Provence, deux en Flandre, la quatrième sur le Rhin. La première était commandée par le prince de Conti, la seconde par le maréchal de
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iNoailles, la Iroisièmc par le maivclial di; Saxe, la (|iialrirmo par
le inarrclial do. Coi^iiy.
.Noire flotté, coiumaiulée par Taiiiiial Ooiiil, venait de Italire, le '^"1 février 1744, la flotte aiij^^laise en lace do Tonlon. C'élail nn Iteaii débnl de campagne, d'aulanl plus beau ipie nous n'avions (jue vingt-sept vaisseaux, et les Anglais quarante.
Le '2 mai, le roi soupa en grand couvert avec la reine. Le soulier finit sans qu'il eût été le moins du monde question de voyage Après le souper, Louis entra cliez la reine et causa avec elle de choses indifférentes. Enfin, en sortant de chez ellO; il donna tous l<>s ordres pour son coucher. En effet, il rentra dans sa dianihre,
comme pour se mettre au lit, mais il ne lU (jue changer d'habit, embrassa tendrement le Dauphin, écrivit à la Dauphine, laissa quatre lignes à la reine, dans lesquelles il lui disait que les grandes dépenses qu'occasionnerait son voyage le forçaient de la laisser à Paris ; puis il envoya à Plaisance, maison de campagne de Pàris- Duvernoy, madame de Châteauroux et madame de Lauraguais, prit avec lui le père Pérusseau, son confesseur, alla à la tribune de la chapelle faire sa prière, et monta dans son carrosse avec le premier écuyer, avec le duc d'Agen, avec Meuse. L'évêque de Soisson, son aumônier, et le marquis de Verneuil, ayant la plume, le suivirent dans une autre voiture. De son côté, M. de
Maurepas parlait pour la province, oii il allait visiter nos ports; le cardinal de ïcncin partait pour Lyon; enfin, Orry, Saint-Florentin et le chancelier restaient à Paris pour les affaires de l'Etat.
Le départ du roi eut lieu le 3 mai ll!\l\.
Madame de Chateauroux , quoique certaine de ne point tarder à rejoindre le roi, ne le voyait pas partir sans inquiétude. Il y avait un nom qui avait été prononcé deux ou trois foie auprès d'elle depuis quelque temps , et qui , pareil à un pressentiment , assombrissait déjà ses jeunes amours. Ce nom , c'était celui de madame d'Étiolés, qui plus tard devait jouer un si grand rôle sous le nom de marquise de Pompadour.
Le bruit courait que madame d'Étiolés était amoureuse du roi. Deux ou trois fois , dans la forêt de Sénart , elle avait paru aux chasses, et cela dans un équipage si brillant, si léger, avec des costumes si coquets, que ces jours-là, aux petits soupers, il n'avait été question que d'elle.
Un jour, la duchesse de Chevreuse avait eu devant le roi l'imprudence de prononcer le nom de la petite d'Étiolés, et madame de Chateauroux lui avait écrasé le pied de telle façon , qu'elle était tombée en syncope. Le lendemain , madame de Chateauroux était allée voir madame de Chevreuse, malade, au lit, de cet écrasement , et elle lui avait dit :
— Mais vous ne savez donc pas que l'on cherche en ce moment à donner madame d'Étiolés au roi, et que les moyens seuls manquent aux amis de madame d'Étiolés et à mes ennemis.
Cette crainte de madame de Chateauroux n'était point étrangère à l'insistance qu'elle avait mise à faire prendre au roi le commandement de son armée.
Le 12, le roi arriva à Lille. Le 15, il passa en revue le camp de Giromy. Le 17, il commença le siège de Menin. Le 7 juin, le roi entrait en vainqueur à Menin. Le 8 , mesdames de Chateauroux et de Lauraguais partaient pendant la nuit du château de Plaisance et prenaient la route de Lille. Le 17, le roi alla mettre le siège devant Ypres.
Dans l'intervalle , mesdames de Chateauroux et de Lauraguais avaient rejoint l'armée, où leur présence avait fait le plus mauvais effet. Aussi, après la prise d'Ypres, le roi fut-il obligé de se décider à envoyer les deux dames à Dunkerque. Ce fut à Dunkerque, où il venait de rejoindre les deux sœurs , que le roi apprit que le prince Charles avait passé le Pihin le 13 juillet, et qu'il se décida
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à aller on persoin^c secourir l'Alsace. Mesdames de Chfilcanroiix et de Laiiraguais l'y suivirent; et pendant toute la roule, M. le comie de Suze, grand maréchal des logis, eut le soin de ménager dans les logements une communication entre l'appartement du roi et celui de la duchesse.
Le roi devait séjourner à Metz. A Metz, comme dans les autres villes, on s'occupa donc de son logement et des communications nécessaires aux deux amants. L'appartement de la favorite fut préparé à l'abbaye de Sainl-Arnoult, que l'évéque de Marseille, qui en était abbé, avait louée au premier président, lequel céda le logement à madame de Chàteauroux. Mais comme elle s'y trouvait trop éloignée du roi, on établit des galeries qui conduisaient de l'abbaye à l'appartement du roi. Le prétexte fut que le roi désirait aller à couvert de son appartement à l'église ; mais le peuple n'admit pas le prétexte, et quatre rues barrées et enlevées à la ciiTulation pour l'établissement de cette galerie, parurent aux habitants de la ville un fort scandaleux exemple donné par le roi à ses amés et féaux sujets de la province.
Cependant le roi avait, depuis son départ de Paris, subi de grandes fatigues. Dès son arrivée à Metz, il s'était senti indisposé. Un soir, le mal de tête le prit ; c'était le 8. 11 fut saigné le môme jour, purgé le 9; mais, dès le 9, Cassara, médecin de Metz, jugeant la maladie des plus graves , déclara qu'il ne répondait pas du roi, à moins que la maladie ne fût bien conduite, et que surtout le roi ne jouît d'une grande tranquillité.
Dès lors, par ordre du duc de Richelieu, toutes les portes furent fermées, et le roi ne fut plus servi que par ses domestiques les plus intimes, jxir M. le duc de Richelieu, par madame de Châteauroux et madame de Lauraguais.
Cependant, à l'instant môme, trois partis s'étaient formés autour du roi : le parti des ministres, le parti des princes, le parti du favori et des favorites.
Le parti des ministres, qui avait le même intérêt que celui des princes , avait M. de Maurepas pour chef. Le parti des princes était composé de M. de Chartres , de M. de Bouillon , de MM. de La Rochefoucault et de Villeroy, de M. de Fitz-James, évêque de Soissons , premier aumônier, et du père Pérusseau , jésuite , confesseur du roi. Les deux maîtresses, le duc de Richelieu, Meuse, les aides de camp et les valets de chambre formaient le troisième parti.
Le parti des princes, réuni à M. de Manrepns, élail décidé à pénétrer, coûte que coûte, jusqu'au roi, et à profiler de la maladie et de ralFaiblissement qu'elle devait naturellement apporter dans l'esprit de Louis XV, pour faire chasser madame de CliAteauroiix et madame de Lauraguais. Mesdames de Lauraguais, de Cliâleauroux et le duc de Richelieu étaient résolus à tenir bon dans la chambre du roi, comme une garnison assiégée tient bon dans la forteresse jusqu'au dernier instant.
Pour que l'on comprenne bien la force de la position de M. de Richelieu , il faut qu'on sache qu'il était premier genliiliomme de la chambre, et que le privilège du premier gentilhomme était d'être maître absolu de la chambre du roi, et d'en refuser la porte selon sa volonté. C'était un privilège dont il avait usé depuis le commencement de la maladie.
Le comte de Clermont se présenta donc le 12 août à cette porte.
M. de Richelieu, comme d'habitude, voulut la lui défendre, mais d'un coup de poing il écarta les deux battants.
M. de Richelieu insista et voulut faire obstacle. Mais l'écartant de la main :
— Depuis quand un valet, dit M. de Clermont, croit-il avoir le droit d'empêcher les princes du sang de voir le roi de France.
Puis s' avançant vers le lit du roi :
— Sire, dit-il, je ne puis croire que Votre Majesté ait l'intention
de priver les princes de votre sang de la salisfaclion de savoir par eux-mêmes des nouvelles de votre santé ; nous ne voulons pas que notre présence vous importune, mais nous désirons, à cause de notre amour pour vous, avoir la liberté d'entrer quelques moments ; et pour vous prouver que nous n'avons pas d'autres desseins, Sire, je me retire.
11 s'apprêtait en effet à se retirer, quand le roi étendant la main vers lui, lui dit :
— Non, Clermont, reste.
C'était un premier succès. On parla au roi d'entendre la messe dans sa chambre. Le roi dit que cela lui ferait plaisir, et l'on introduisit l'évèque de Soissons.
Madame de Châteauroux et Richelieu voyaient du cabinet où ils s'étaient retirés, l'ennemi se fortifier pied à pied dans la place. M. de Soissons alors s'approcha du lit du roi et hasarda ce mot terrible : Confession.
— Oh ! dit le roi, il n'est pas encore temps. M. de Soissons insista.
— Non, dit le roi, j'ai trop grand mal à la tête et trop de choses à retrouver et à dire pour me confesser maintenant. — Mais , dit l'évèque insistant toujours, Votre Majesté pourrait commencer aujourd'hui et achever demain.
Le roi secoua la tête. M. de Soissons vit que ce jour-là il avait obtenu du malade tout ce qu'il en pouvait obtenir, et se retira. Derrière lui et le comte de Clermont, madame de Châteauroux rentra; et pour combattre l'influence que venaient de prendre les princes , elle commença auprès du roi ses caresses accoutumées.
Mais celui-ci la repoussa doucement.
— Non, non, princesse*, dit-il, je crois que nous faisons mal; assez donc, assez.
— Il faudra peut-être nous séparer, dit-il. — Fort bien , dit
madame de Châteauroux, piquée.
Et elle se retira.
Le lendemain, La Peyronie qu'on avait fait venir de Paris, alla trouver le duc de Bouillon, et lui dit que le roi n'avait plus que deux jours à vivre, et que par conséquent il était important qu'il se confessât, et que c'était de son devoir, à lui, grand chambellan, d'annoncer au roi que l'heure de cette confession était arrivée. Le
* Princesse, était un mot d'amitié donné par le roi fi madame de Châteauroux.
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duc de Bouillon , qui comprenait tout le côté désagréable de la commission dont il était chargé, manda M. deChampcenetz, et lui ordonna de faire part au roi, des paroles du chirurgien. Cliampcenelz obéit, s'approcha du lit de Louis XV et lui lit part de l'urgence de la situation.
— Je ne demande pas mieux , dit le roi; mais La Pcyronie se trompe, il n'est pas encore temps.
Mais comme si un avertissement lui était envoyé d'en haut, à peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il tomba en faiblesse , criant d'une voix mourante:
— Le père Pérusseau, vite le père Pérusseau, et il s'évanouit. Le père Pérusseau se tenait prêt, il accourut. Un instant après
que le roi eut rouvert les yeux, le père Pérusseau appela le duc de Bouillon.
— Bouillon, lui dit le roi, reprend ton service, tu n'éprouveras plus d'obstacle de la part de personne, j'ai sacrifié favoris et favorites à la religion et à ce que veut l'Église.
Puis la porte se referma pour laisser le roi seul avec sou confesseur. Le triomphe de M. de Soissons était complet. Aussi l'évêque ne perdit-il point de temps, il courut droit au cabinet où se tenaient madame de Chàteauroux et sa sœur, et les yeux étincelants, la figure animée :
— Le roi. Mesdames, vous ordonne de vous retirer de chez lui sur-le-champ, dit-il.
Puis, se retournant vers des gens qui le suivaient ;
— Qu'on abatte h l'instant même la galerie qui donne de l'appartement du roi à l'abbaye de Saint- Arnoult, ordonna-t-il , afin que le peuple sache qu'un grand scandale est expié.
Les deux femmes étaient consternées et courbaient la tète sous l'anathème.
Alors, M. de Richelieu s'avança :
— Mesdames, dit-il en face de l'évèque, si vous avez le courage de rester et de braver des ordres extorqués dans un moment de faiblesse, je prends tout sur moi. Cette offre de M. de Richelieu porta l'exaltation du prélat à son comble.
— C'est bien, s'écria-t-il, puisqu'il en est ainsi, que l'on ferme les saints tabernacles, afin que la disgrâce soit plus éclatante et la réparation au Seigneur plus complète.
Alors, les deux femmes joignirent les mains, se courbèrent et sortirent la honte sur le front, les yeux baissés et sans oser regar-
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der personne. Mais cela ne snllisait pas an fnrien\ prélat. Il rentra près du roi.
Siro, dit-il, les lois do VKglisc et nos saints canons nous défendent d'apporter le viaticpie lors(iue la concubine est encore dans la ville. Je prie Votre Majesté de donner de nouveaux ordres pour son départ; car il n'y a pas de temps à perdre. Votre Majesté va mourir.
Le roi tremblait à la seule idée de la mort et de la damnation : aux cris et aux menaces de M. de Soissons, il accorda tout ce que l'on voulut. Les deux femmes furent non pas conduites hors de la maison, mais chassées aux huées de la populace ; elles coururent aux écuries du roi et ne trouvèrent pas même un officier qui voulût leur donner une voiture pour les aider à traverser la ville. Chacun les renia à qui mieux mieux. M. de Belle-lsle , seul , leur offrit son bras et leur fit donner un carrosse; lui, savait ce que c'était que la disgrâce, et combien dans la disgrâce une main amie est la bien venue. Mesdames de Bellefonds , du Roure et de Rubembré, furent les seules qui accompagnèrent les fugitives, qui, au milieu des injures, des malédictions de la populace, traversèrent la ville, et furent conduites dans une maison de campagne à quelques lieues de Metz ; et encore eut-on grand'peine à en trouver une, chaque propriétaire les repoussant comme des pestiférées. Les deux fugitives hors de la ville , les galeries abattues , le scandale de la réparation ayant enchéri sur le scandale de la faute , M. l'évêque de Soissons permit que le roi fut administré. Le moribond royal reçut le corps de Notre Seigneur, en disant :
— Monsieur, j'ai fait ma première communion il y a vingt-deux ans, je désire en faire une bonne et qu'elle soit la dernière.
Le viatique reçu, le roi murmura :
— Qu'un roi qui va paraître devant Dieu, a de comptes à rendre ! Oh î j'ai été bien indigne de la royauté.
Mais le triomphe de M. de Soissons n'était pas encore complet; madame de Châteauroux avait la surintendance de la Dauphine, il la lui fit ôter, les deux proscrites n'étaient qu'à trois lieues de la cour, le prélat exigea qu'elles s'en éloignassent à cinquante ; enfin, la confession du roi avait été secrète, l'évêque demanda une confession publique.
— On tue notre maître, murmuraient les valets. Pourquoi donc M. de Fitz-James ne lui demande-t-il pas tout de suite son royaume, dit tout haut Lebel.
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Mais tous CCS imirniiiros ne fiiviil qii'enluirdir le prélat, au inonicnt (rappliquer les Saintes Huiles, et comme chacun se renlermait dans un religieux silence :
— Messieurs les princes du sang, dit-il, et vous grands du royaume, le roi nous charge, monseigneur l'évêque de Metz et moi, de vous dire à haute voix , qu'il éprouve un repentir sincère du scandale qu'il a causé dans le royaume , en vivant connue il l'a lait avec madame de Chàteauroux; il en demande pardon à Dieu, et ayant appris qu'elle n'est qu'à trois lieues d'ici , il lui ordonne de ne point approcher de la cour de cinquante lieues, et Sa Majesté lui ôte sa charge dans la maison de la dauphine.
— Et A SA SOEUR AUSSI, ajouta le roi en soulevant sa tète sur sou oreiller, par un suprême effort.
Tout était fini pour le parti de M. de Richelieu et des favorites; le parti des princes triomphait, les prélats avaient remporté la victoire, et jls en usaient avec ce raflinement et cette persistance de cruautés toute particulière aux persécutions ecclésiastiques. Cependant le roi allait de plus mal en plus mal. La retraite des ministres et des courtisans, symptômes physiques, annonçaient sa fin prochaine. Le 15, à six heures du matin, on appela les princes pour qu'ils assistassent aux prières des agonisants ; de six heures à midi, le roi tomba dans une espèce d'agonie; d'Argenson fit emballer les papiers, le duc de Chartres fit atteler sa chaise de poste pour se rendre à l'armée du Rhin ; les médecins se retirèrent , et le roi, entre la vie et la mort fut abandonné aux empiriques. L'un d'eux, dont on ne sait pas même le nom, lui fit avaler une très-forte dose d'émétique. Cette dose d'émélique amena une effroyable évacuation, et avec cette évacuation un mieux sensible.
Le roi avait sans cesse demandé le docteur Dumoulin : on avait expédié courrier sur courrier ; le docteur arriva comme un mieux sensible se manifestait, il constata ce mieux, et annonça au malade qui n'y pouvait croire, un commencement de convalescence. Le 17, le docteur Dumoulin répondit du roi.
La reine, qui, le 9 au soir, avait appris la nouvelle de la maladie, recevait chaque jour un bulletin de La Peyronie; n'osant partir pour Metz, regardant comme un supplice de rester à Versailles, elle se laissait aller à un véritable désespoir, se renversant en arrière, se roulant sur les tapis, demandant à Dieu de la frapper elle-même et de conserver la vie au roi. Lorsqu'elle apprit le renvoi de la favorite , au lieu de s'en réjouir elle s'en épouvanta.
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La pauM'c roinc fompirnail loiitos les douIcMirs do la f(Miimo, elle courut avec sa maison cl le (laii])liiii,s'ag(Mioiiill('r dcvaiil IcSaiiU- Sacremcnt. A cliaquc porte qui s'ouvrait elle pâlissait et était priso de convulsions. Un courrier arriva qui lui permit de venir jusqu'à Lunéville, et au dauphin et à Madamh, jusqu'à Chàlons; elle voulut partir à l'instant même, lit venir des clievau\ de poste et partit, ayant dans sa première berline et avec elle, madame de Luynes, madame de Yillars et madame de Boulllers; dans la seconde, madame de l'ieury, madame d'Anlin , madame de Montant, madame de Sain t-Floren tin et madame de Flavacourt; madame de Flavacourt qui était à Paris, et qui elle, toujours sage et rebelle auioi, venait prier la reine de l'emmener, ce que larcine juste et bonne, lui accorda, ne voulant pas que la disgrâce des coupables pesât sur l'innocente. A Soissons, la reine trouva des dépêches de d'Argenson qui lui annonçaient que le roi l'attendait avec impatience. La route l'ut donc poursuivie à fond de train ; et, en arrivant à Metz, la reine se précipita de sa voilure, et toute courante, alla tomber à genoux au chevet du roi qui dormait, et qui, se réveillant, lui dit :
— Ah ! c'est vous, Madame, je vous demande pardon du scandale que j'ai causé, des peines et des chagrins que je vous ai faits; me pardonnez-vous ?
La reine fondait en larmes et ne pouvait lui répondre, et le roi répétait : — Me pardonnez- vous, me pardonnez-vous? Et la pauvre femme n'avait la force de faire autre chose qu'un signe de la tête qui voulait dire : — Oui, oui.
Pendant plus d'une heure, elle resta attachée à son cou.
Le roi fit alors approcher le père Pérusseau pour qu'il fût témoin de cette réconciliation conjugale.
Pendant ce temps le dauphin et M^idame, qui n'avaient reçu permission de venir que jusqu'à Châlons, dépassaient cette ville, et, à Verdun , recevaient l'ordre de s'arrêter. Malgré cette défense , le ducdeChâtillon, gouverneur du jeune prince, continua sa route, taudis que, de son côté, madame de Tallard fEÙsait avancer les princesses, qui se désolaient de se voir éloignées de leur père, et surtout, parmi elles. Madame Adélaïde qui en eut la fièvre.
Malgré tout le monde, M. de Chàtillon arriva à Metz, entra chez le roi et présenta le dauphin à son père.
Mais Louis XV reçut son fils aîné avec une froideur qui décon-
certa son gouverneur, lequel demanda au roi pardon de la liberté qu'il avait prise; mais le roi ne répondit pas, persuadé qu'il était que ce qui avait amené le dauphin à Metz, ce n'était point le désir qu'éprouve un fds de revoir un père, mais la curiosité d'un héritier qui désire savoir où en est son héritage.
Au mois de septembre, le roi était enlièrement guéii de sa maladie ; mais à la maladie avait succédé une tristesse profonde, une mélancolie continue. Toutes les scènes qui s'étaient passées autour de lui pendant sa maladie se représentaient à ses yeux, et ce qui en rejaillissait de honte sur l'homme faisait monter le rouge au visage du roi. A chaque instant il regardait autour de lui comme s'il eût cherché quelqu'un , et ce quelqu'un dont il ne pouvait pas se passer, c'était surtout Richelieu. Richelieu, de son côté, sondait le terrain. S'adressant pour les renseignements au cardinal de Tcncin et à M. de Noailles, qui tous deux lui répondaient qu'ils étaient convaincus qu'il n'avait jamais été plus avant dans le cœur de Sa Majesté; alors Richelieu commença parftiire remettre directement au roi la relation de tout ce qui s'était passé pendant sa maladie, conservant à chaque acteur le rôle qu'il avait joué dans cette tragicomédie. N'épargnant personne, ni princes du sang, ni prélats, ni courtisans : l'envoi fut bien reçu. Richelieu comprit que la porte lui était rouverte, et se glissa par cette porte. Le roi reçut timidement encore son ancien lavori; mais il était visible qu'il le recevait avec plaisir. Dès lors, la réaction s'opéra; la reine vit peu à peu renaître l'ancienne froideur du roi pour elle, et la veille du départ pour Strasbourg, la pauvre femme ayant demandé au roi quel serait son sort à l'avenir et ayant ajouté : — Sire, je serais bien heureuse de vous suivre. Le roi se contenta de répondre : — Ce n'est point la peine. — Et elle n'en put tirer autre chose.
La reine, tout éplorée, partit pour Lunéville. Le duc de Penthièvre resta à Metz , arrêté par la petite vérole. Madame la duchesse de Chartres et la princesse de Conti déclarèrent qu'elles iraient à la guerre, et se présenteraient à la tranchée devant Fribourg. Enfin, Mademoiselle et madame de Modène allèrent à Strasbourg. Quant au roi , il discontinua ses prières , manifestant une humeur farouche, parfois une colère concentrée. A Lunéville il s'arrêta près du roi de Pologne, mais rien ne put le divertir; et quoi que pussent Aiire les dames, pas un sourire ne passa sur ses lèvres. Sa distraction était même si grande , qu'il partit de Lunéville sans songer à faire ses adieux à la reine de Pologne , et qu'il
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lui renvoya un courrier de (li\ lieues pour lui deinauder pardon de eel oubli. 11 eu avait lait autant pour sa leiuuie, et ce lut un second courrier qui répara celte inadvertance.
Arrivé à Saverne, oii il passait se rendant à rarinée,il reçut de madame de Gliâteauroux une lettre d'amour et une cocarde, et dès ce moment, sa passion reprit tellement le dessus, que l'on disait tout haut à la cour que l'ancienne favorite ne larderait pointa reconquérir sa position. A Fribourg, dont il liiisait le siège, le roi apprit que le duc de Cliàlillon, voyant madame de Châteaurouv disgraciée , avait écrit en Espagne des lettres peu honorables sur la réputation de sa maîtresse. Sur-lc-cham]) il signa une lettre de cachet contre le duc et la duchesse de Chàtillon. Et non-seulement il signa cette lettre contre le duc, mais encore il ne lui pardonna jamais. Un an après, M. de Chàtillon étant tombé malade, il obtint à force d'instance de venir faire des remèdes an château de Lieuvielle; mais il lui fit défense d'entrer à Paris. Au mois d'août, le duc ayant besoin d'aller aux eaux de Forges, il fit demander au roi la permission de traverser Paris. — Oui, mais sans y coucher, répondit le roi. Enfin, en 175i, le duc de Chàtillon mourant, fit représenter par madame de Pompadour, alors favorite, la douleur profonde où il était de mourir dans la disgrâce du roi ; mais le roi permit seulement à madame de Pompadour de répondre que le roi voulait bien oublier le passé, mais à l'égard de la famille du duc seulement, qui pouvait compter sur les bontés du roi. Tel était Louis XV.