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Le gouvcrncmcnl français lit de son coté des prodiges, pour mettre sur pied une armée lionorable. Nos deux grands organisateurs n'étaient plus là malheureusement ; envoyés en négoeialion à Berlin , le comte et le clievalier de Belle-Isle avaient été arrêtés et conduits en Angleterre ; on n'en réunit pas moins cent six bataillons, soixante-douze escadrons complets et dix-sept compagnies franches. Cette armée , qui prit le nom d'armée de Flandre , fut mise sous le commandement du maréchal de Saxe. Malheureusement encore, le maréchal de Saxe était atteint d'une hydropisie. Quand on le vit à Paris, se traînant à peine, on lui fit remarquer sa faiblesse ; mais il se contenta de répondre : il ne s'agit pas de vivre, mais de partir. En effet, il était arrivé mourant à l'armée.
Le roi était à Pont-Achain le 7 mai ; le lendemain, il alla visiter le champ de bataille que le maréchal avait choisi ; car, par la position des deux armées , l'ennemi se voyait forcé d'accepter le combat tel que le lui offrait le maréchal, ou de laisser prendre Tournai. Le champ de bataille dénotait le grand homme de guerre; tout était préparé pour la victoire, tout était prévu pour la défaite: c'était une plaine tourmentée de ravins, resserrée entre Fontenoy et le bois de Barry, et qui, s'élargissant ensuite, permettait à notre ligne un développement de trois quarts de lieue à peu près. Ainsi disposée , l'armée appuyait sa droite à Antoin , sa gauche au bois de Barry; tout son front, dont Fontenoy formait le centre, était couvert de redoutes. Antoin, surtout, avait été fortifié et entouré d'abattis d'arbres ; en outre , une batterie de six pièces de seize , placée au delà de l'Escaut , prenait en écharpe toute armée qui eût tenté de s'avancer dans la plaine séparant Antoin de Péronne; quant à l'extrême droite du bois de, Barri, elle était protégée par deux redoutes assez rapprochées de Fontenoy pour que leurs feux se croisassent avec ceux de Chàville. Or, comme Antoin ne pouvait être attaqué que par la plaine de Péronne , comme on ne pouvait atteindre l'armée française qu'en traversant le défilé de Fontenoy, de quelque côté que se présentât l'ennemi , il fallait qu'il s'exposât, pour une victoire douteuse, à une délaite. En outre, et en cas de revers, le maréchal de Saxe avait établi en avant du pont de Galonné, le seul sur lequel on pût traverser l'Escaut, une tête de pont en double couronne , où il avait laissé six mille hommes de troupes fi-aîches. Du moment où le danger deviendrait trop imminent, le roi et le dauphin devaient donc se retirer par le pont,
sous les retranchemenls duquel rarniée , de si près qu'elle liil poursuivie, pouvait parfaileuieut se rallier.
De leur côté, les alliés étaient divisés en deux corps, pour lairc lace ù la fois aux deux points d'attaque arrêtés d'avance. Le jeune prince de Waldeck avec les Hollandais menaçait Antoin ; les Anglo- Hanovriens, sous les ordres du duc de Cuniberland, s'apprêtaient à forcer le défdé de Fontenoy, et formaient un vaste demi-cercle autour de notre armée , appuyant leur gauche à Péronne et leur droite à Barry. Les deux armées employèrent la journée du 10 et la nuit du 11 à faire leurs dispositions.
Le roi passa la journée du 10 chez le maréchal de Saxe, qui, sur son ordre exprès, était resté couché. Le maréchal était atteint d'une hydropisie parvenue au troisième degré , et s'était refusé à la ponction, de peur que l'opération, ne tournant mal, ne l'empêchât d'assister à la bataille. Cependant, comme il avait grand espoir dans le succès de la journée du lendemain, il fut très-gai. De son côté, le roi était plein de confiance et de sérénité. La conversation tomba sur les batailles où les rois de France s'étaient trouvés en personne. Le roi rappela alors aux assistants que depuis la bataille de Poitiers, aucun roi de France n'avait combattu avec son fils, et que depuis celle de Taillebourg, gagnée par Saint-Louis, aucun de ses descendants n'avait remporté de victoire importante sur les Anglais ; c'étaient deux revanches à prendre pour une. LouisXV quitta le maréchal de Saxe, sur les onze heures, et revint chez lui avec le dauphin. Les deux princes passèrent la nuit dans la même chambre. A quatre heures , le roi se leva , et alla réveiller, luimême, le comte d'Argenson, ministre de la guerre, qu'il dépêcha aussitôt au maréchal, pour recueillir ses derniers ordres. Il trouva le comte de Saxe couché dans une voiture d'osier, où il pouvait s'étendre comme dans son lit, afin de ne point trop se fatiguer d'avance et inutilement; il ne comptait monter à cheval qu'au moment même de l'action. Le maréchal fit dire au roi qu'il avait pourvu à tout, et qu'il pouvait venir. Le roi qui avait couché à Galonné, monta à cheval avec le dauphin, passa le pont en avant de la Justice-de-Notre-Dame-aux-Bois , à trois quarts de lieue environ du pont Galonné , et à cinquante pas en arrière de notre troisième ligne de bataille.
A cinq heures on annonça au maréchal que l'ennemi se mettait en mouvement, alors il se fit conduire sur la première ligne , qui était disposée ainsi : neuf bataillons gardaient Antoin , à gauche
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jusqu'au ravin de Fontcnoy, quinze bataillons formaient la gauciie et s'élendaient derrière le bois de Barry, jusqu'à Gauvin; toute la cavalerie occupait en arrièie un Irçut égal à celui de l'infanterie, sur deux lignes, derrière la droite, un bataillon de partisans appelés Grassins, était jeté en tirailleurs dans le bois de Barry. Le maréchal de Saxe s'approcha jusqu'à portée de canon de l'ennemi , pour étudier sa position. Le maréchal de Noailles vint alors à lui, pour lui rendre compte d'un ouvrage qu'il avait fait exécuter pendant la nuit, dans le but de joindre la première redoute de droite au village de Fontenoy. Le duc de Grammont, neveu du maréchal de Noailles, était derrière lui à cheval. Le maréchal de Saxe écouta le rapport, approuva tout, et voyant que l'action allait s'engager, invita M. de Noailles à se rendre à son poste, celui-ci se tournant alors vers son neveu, lui dit : Monsieur de Grammont, votre place est auprès du roi, allez lui dire que je serai heureux aujourd'hui de vaincre ou de mourir pour son service.
L'oncle et le neveu s'embrassèrent ; tout à coup le bruit du canon se fit entendre, et le duc de Grammont qui se trouvait entre le, maréchal de Noailles et le maréchal de Saxe , tomba coupé en deux par le premier boulet.
M. de Noailles fit un mouvement pour le secourir; mais tout était inutile ; la mort avait déjà commencé sa triste moisson. Le maréchal secoua tristement la tète et mit son cheval au galop. Au même moment, toute la ligne française s'enflamma et répondit par une décharge générale. Bientôt on ne s'en tint plus à la canonnade, on s'aborda corps à corps. Les Hollandais dirigèrent deux attaques sur Antoin, et deux fois ils furent repoussés. A la seconde attaque, un escadron presque entier fut emporté par une bordée croisée de la batterie placée derrière l'Escaut, et d'une autre batterie placée en avant d'Antoin , il n'en resta que douze honmies. Quant aux Anglais, repoussés trois fois de Fontenoy, ils étaient revenus trois fois à la charge, et se reformaient pour tenter une nouvelle attaque.
Le duc de Cumberland avait remarqué que les Français devaient leur avantage au feu croisé de leur artillerie. En conséquence, il ordonna à un major général , nommé Ingolsby, de s'emparer du bois de Barry, et d'enlever les deux redoutes. Le major vint se iieurter au bataillon des Grassins ; il crut avoir affaire à une brigade tout entière, battit en retraite, et vint demander du renfort au duc, qui le fit arrêter. Les coups du feu partis du bois avaient
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(létcrniiné le maréchal de Saxe à y envoyer deux balaillons. Résolu à lorccr le ravin, M. de Cumberland forma une colonne d'inlanierie de vingt mille Anglo-llaiiovricns, plara si\ pièces à la tète cl au centre de sa colonne qu'il porta en avant. Les gardes Irançaises et suisses, protégées par un ravin, criu'ent n'avoir alïïiire qu'à une batterie soutenue par un bataillon : ils résolurent de l'enlever ; mais arrivés sur la crête, ils trouvèrent une armée; soixante grenadiers et six officiers lurent couchés à terre. Ils reprirent leurs rangs, et la colonne ennemie apparut en haut du ravin. Elle s'approcha lentement, l'arme au bras, la mèche allumée, sans que les gardes françaises et les gardes suisses, qui n'étaient pas un contre dix, fissent un pas pour reculer. Arrivés à cinquante pas, les officiers anglais, à la tète desquels se tenaient MM. de Campbell , d'Albermale, de Churchill, saluèrent du chapeau. Le comte de Chabannes, le duc de Biron, qui étaient sortis des rangs pour aller au devant d'eux, et tous les officiers, rendirent le salut. Alors mylord Charles Ilay, capitaine aux gardes anglaises, fit quatre pas en avant et cria :
— Messieurs des gardes françaises, tirez !
A ces mots, M. le comte de Hauteroche, lieutenant des grenadiers, fit également quatre pas en avant, et répondit à voix haute :
— Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. — Tirez vousmêmes, s'il vous plaît.
Et il remit sur sa tète son chapeau, que jusqu'alors il avait tenu à la main.
Aussitôt les six pièces de canon tonnèrent, et la fusillade commença par division. Dix-neuf officiers des gardes et trois cent quatre-vingts soldats, le colonel des Suisses, M. de Courten ; son lieutenant-colonel, quatorze officiers et deux cent soixante-quinze soldats, tombèrent tués ou blessés à cette première décharge. MM. de Clisson, de Langey et de Peyre étaient morts. La colonne anglaise avança au pas de course. Le régiment royal protégea la retraite des gardes, qui vinrent se reformer derrière lui, et vint lui-même se réunir sous une redoute défendue par le régiment du roi. La colonne avançait toujours du même pas, tirant en marchant, et cela avec un tel ordre, qu'on voyait les majors appuyer leurs cannes sur les fusils des soldats, afin qu'ils tirassent bien à hauteur d'homme. Les redoutes des bois de Barry et de Fonteuoy foudroyaient toujours la colonne marchante ; mais elle brisait tout ce qui se présentait à son front. Le désordre s'était mis dans l'armée
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franraiso. Le niaréclial oublia ses tlouknirs : il se fit amener un cheval et le moula. Comme il n'avait pas la force de porter une cuirasse, il prit à son bras un pelit bouclier de talTetas piqué qu'il jeta aussitôt, ce poids, quelque léger qu'il fût, étant encore trop lourd pour lui. L'ennemi avait dépassé les batteries de Fontenoy, qui manquaient de boulets et tiraient à poudre pour ne pas laisser voir aux: alliés qu'on manquait de projectiles. Le maréchal envoya le marquis de Meuse au roi, pour lui dire de repasser le pont. M. de Meuse trouva le roi immobile au milieu des fuyards.
— Je suis sûr que le maréchal fera ce qu'il faudra , répondit Louis XV au marquis ; mais je resterai où je suis.
La colonne avançait toujours. Les fuyards séparèrent un moment le roi du dauphin. Le comte d'Aché vint supplier le roi de s'éloigner. M. d'Aché avait le pied brisé par une balle, et s'évanouit de douleur devant le roi.
— Comment est-il possible que de pareilles troupes ne soient pas victorieuses ? dit Maurice de Saxe en voyant M. de Guerchy et le régiment des vaisseaux aborder la colonne anglaise à la baïonnette.
La colonne n'était plus qu'à six cents pas du roi, qui déclarait au duc d'Harcourt qu'il était décidé à mourir où il était; En ce moment le duc de Richelieu, aide de camp de Louis XV, accourait.
— Qu'y a-t-il? s'écria en l'apercevant le duc de Noailles, et quelle nouvelle apportez-vous?
— J'apporte la nouvelle que la bataille est gagnée, si l'on veut, dit le duc ; l'ennemi môme est étonné de sa victoire ; il ne sait plus s'il doit aller en avant, car il n'est pas soutenu par sa cavalerie. Qu'on fasse avancer une batterie contre lui, que les redoutes de Barry et de Fontenoy, qui maintenant ont des boulets, redoublent leur feu, et tombons tous ensemble sur lui en fourrageurs.
— Très- bien, dit le roi. Monsieur de Richelieu , mettez-vous à la tête de ma maison, et donnez l'exemple.
M. de Richelieu part au galop, M. de Péquigny rencontre quatre pièces qu'on ramenait; le duc de Chaulnes rassemble ses chevaulégers, M. de Soubise ses gendarmes, M. de Grille ses grenadiers à cheval, M. de Jumilhac ses mousquetaires, M. de Biron conserve Antoin avec le régiment de Piémont. La colonne n'est plus qu'à cent pas de la batterie qu'on vient d'établir par le conseil de M. de Richelieu. Tout à coup elle se démasque et fait feu. Fontenoy et Barry tonnent à la fois; l'infanterie française fond en flanc
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sur la ooloiino que la maison du nn , la ii,on(larniori(' cl les carabiniers allaciucnl tic Iront, l n inslanl encore le succès fui doulcux. La colonne gigantesque faisait lace de tous côtés. Enfin le régiment de IN onnandic commença ù remanier ; puis Içs Irlandais, puis Royal. IVienlùt on vit le serpent se tordre, se débattre, coupé en trois tronçons, et la colonne lit son i)remier pas en arrière. Alors chacun redoubla de courage , l'armée tout entière avait à venger huit heures de défaite. La colonne harcelée finit enfin par changer sa retraite en déroute. Tout était détruit ou prisonnier : pas un de ces quinze ou di\-huit mille hommes n'échappait, si la cavalerie ne fût venue les soutenir.
Louis XV avait lancé son cheval au galop, et allait de régiment
en régiment. Partout on entendait des cris de victoire, là où un quart-d'heure avant on entendait des hurlements de rage et des râles d'agonie; les soldats faisaient sauter leurs chapeaux en l'air; les drapeaux criblés de balles s'inclinaient, les blessés se soulevaient pour faire encore un geste de la main ; c'était un délire général. Le maréchal de Saxe se laissa glisser aux pieds de son cheval, et tomba aux genoux du roi.
— Sire, dit-il, je puis mourir à cette heure; je ne désirais vivre que pour voir Votre Majesté victorieuse. Maintenant vous savez à quoi tiennent les batailles.
Le roi releva le maréchal et l'embrassa à la vue de toute l'armée.
La bataille de Fontenoy ouvrit une série de victoires qui finit par amener la paix d'Aix-la-Chapelle. Le 18 juillet, le comte de
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Lowcndalil prend Gand par escalade. Le 22, Bruges ouvre ses portes au marquis de Souvré. Le i^-^ août le roi se rend maître d'Oudenarde , Dendermonde se rend au duc d'IIarcourt , Ostende et Nieuporl au comte de Lowendahl, et Alts au marquis de Clermont Galleraudc. Par la prise de celte dernière ville, la campagne de n/i5 est close; celle de il [16 s'ouvre le 20 février par la prise de Bruxelles, dans laquelle le roi fait son entrée le 4 mai. Le roi se met à la tète de son armée et marche surLouvain, Liers, Arschot, Herentals et le fort Sainte-Marguerite qui sont abondonnés sans coup férir. Le 20 mai, la ville d'Anvers est prise, le 30 la citadelle. Le 20 juillet. Mous se rend, le 2 août Charleroy, le 19 septembre Namur. Enfin, pour terminer la campagne de 1746 par un coup d'éclat, le maréchal de Saxe gagne le 11 octobre la bataille de Raucoux, tue à l'ennemi 12,000 hommes, lui fait trois mille prisonniers, et ne perd pas 1,100 hommes.
La campagne de 11 hl s'ouvre par l'entrée des troupes en Zélande, et par la prise des forts de l'Ecluse et de Dislendick, par le comte de Lowendahl. Le 2/t avril, ceux de la Perle et de Liefkenskoech sont emportés par M. de Contades. Le 1" mai M. de Montmorin s'empare du fort Philippine, et le 15 septembre le comte de Lowendahl prend Berg-op-zoom l'imprenable. Voilà pour l'année illil. Enfin, le 13 avril 176-8, Maëstricht est investie et se rend le ti mai. Le roi avait dit au maréchal de Saxe :
— Pourquoi les alliés , malgré leurs défaites, ue font-ils pas la paix, maréchal?
Le maréchal avait répondu avec le laconisme qui le caractérisait.
— Sire, dans Maëstricht.
En effet, une fois Maëstricht rendue aux Français, les hostilités cessent en Italie entre le duc de Richelieu et le comte de Brown.
La reine de Hongrie, le roi d'Espagne et la république de Gênes, adhèrent aux préliminaires de paix convenus après la reddition de Maëstricht entre le roi de France, l'Angleterre et la Hollande, et qui amènent le traité d'Aix-la-Chapelle, signé le 18 octobre illiS. Voici les changements que le traité d'Aix-la-Chapelle apportait à l'équilibre européen. Don Carlos recevait la confirmation du royaume des Deux-Siciles, le duc de Modène, qui avait épousé mademoiselle de Valois , fille du régent, était remis en possession de ses États ; enfin, l'infant don Philippe obtenait les duchés de Parme, de Plai-
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sauce et de Guastalla. Le roi de Prusse , qui avait commeucé la guerre, fut celui qui eu tira le plus d'avautages. 11 conserva laSilésie, qu'il avait conquise, et se trouva tout à coup, par celle augmentation de territoire et aussi par les sévères économies de Frédéric i\ son père, à la tète d'une puissante nation. Enlin, le duc de Savoie, pour prix de son alliance avec l'impératrice, obtint une partie du Milanais. Comme on le voit, le marquis de Saint-Séverin, envoyé de la France au congrès d'Aix-la-Chapelle, avait bien suivi les recommandations de son maître. Louis XV avait voulu traiter, non en marchand, mais en roi.
Pendant ce temps avait eu lieu l'expédition du prince Charles Edouard en Ecosse. La mort du roi Philippe V d'Espagne au Buen- Reliro. La mort du comte de Bonncval à Conslantinople. La mort du chevalier de Belle-Isle , tué en attaquant le rempart d'Exilés. Enfin celle de M. de Yintimille, archevêque de Paris.
L'expédition du prince Charles Edouard se rattachant à notre situation avec l'Angleterre, était encouragée par la France. C'était une diversion puissante que tentait le gouvernement de Louis XV. Le prétendant parti de Nantes, sur le bâtiment la Doutelle^arrive vers la fin d'août à l'ile de Barra, l'une des Hébrides; de là, sans autre soutien que son nom, sans autre étendard qu'un chiffon de taffetas apporté de France, sans autre armée que sept ofliciers, sans autre matériel que neuf cents fusils, il passe en Ecosse et débarque le 25 juillet 17^5 dans le Moidart.
On connaît les différentes chances de cette folle expédition du prince Charles-Edouard, qui faillit réussir à cause de sa folie même. Entouré de ces quelques hommes , secondé par lord Lovât , renforcé par une centaine de claymores du clan du Grants de Glenmoriston , après avoir fait brûler et détruire tout ce qui gênait sa marche , il franchit l'escalier du diable , prend le fort William , surprend Perth , entre dans Edimbourg, court à Preston-Pans , où sir John Cowe réunit une armée , met cette armée en fuite , pénètre en Angleterre avec six mille fantassins et deux cent soixante chevaux , s'empare de Carlisle , s'enfonce au cœur du royaume , traverse Manchester, atteint Derby ; arrivé là , il est à trente lieues de Londres; mais ou lui avait promis de grands mouvements en sa faveur, et ces mouvements ne se font pas ; mais il a dû compter sur des hommes et de l'argent, l'argent et les hommes manquent ; alors la division se met dans son conseil, ses soldats commencent à murmurer ; seul il garde, à défaut d'es-
poir, une inébranlable volonté ; il veut marcher sur Londres, lutte contre la volonté unanime de son armée ; enfin, comprenant l'impossibilité d'aller plus avant, il tourne subitement vers l'Ecosse, l'atteint sans être entamé, traverse Dumphryes et Glascow, joint quelques renforts français et écossais , va mettre le siège devant Stirling , dont la défense donne le temps au général Lawlay d'assembler une armée. Charles quitte le siège , marche à l'ennemi , le rencontre à Falkirk , arrache un dernier sourire à la fortune ; puis, apprenant l'approche du duc de Cumberland et de son armée, se retire à Inverness, et, de plus en plus resserré par les troupes royales , est forcé d'accepter la fameuse bataille de Culloden. On sait quel en fut le résultat : des cinq mille hommes qui composaient l'armée du prétendant,quinze cents à peu près furent tués. Charles quitta le champ de bataille avec un assez bon nombre de cavaliers; mais, comme il avait compris que tout était fini pour lui, il se débarrassa peu à peu de toute cette suite. Sa tête avait été mise à prix à trente mille livres sterlings, et peut-être ne croyait-il pas pouvoir compter sur une fidélité pareille à celle qui lui fut gardée. Le souvenir de Charles I" vendu par les Écossais à Cromwell lui revenait à l'esprit.
Alors commença cette fuite miraculeuse dans laquelle John Hume, dans son Histoire de la Rébellion, et James Roswell, dans son Histoire et dans son Voyage des Des de l'Ouest de l'Ecosse , ont suivi le prince pas à pas ; cette fuite peut faire pendant à celle du roi Stanislas. Du champ de bataille, et presque sans s'arrêter, le prince gagna Gortuleg, qui appartenait à lord Lovât. Soit qu'il se trouvât encore trop près de l'armée anglaise, soit que la fidélité de son hôte lui parût douteuse , il se hâta de gagner le château d'Inverrary, où il arriva mourant de faim , et où deux saumons , qu'un pêcheur venait de prendre , lui fournirent son repas. Le château fut sévèrement puni de cette hospitalité d'un jour donnée au prince fugitif, et il fut saccagé par les soldats anglais ; on fit sauter avec de la poudre à canon les deux châtaigniers qui ombrageaient son entrée. L'un fut totalement déraciné, l'autre survécut à l'explosion , une moitié continua à donner des feuilles et végéta tant que vécut ou plutôt végéta elle-même la malheureuse race des Stuarts. Quant à l'argenterie du château, une partie en fut laissée aux mains des soldats, de l'autre on fondit une coupe qui fut longtemps la propriété de sir Adolphe Ougthon, commandant
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en chef en Ecosse : elle portait cette inscription : Ex prœdâ prœ- (latoris.
D'Inverrary, Charles passa dans le Long-Tsland , où il espérait trouver un bâtiment français; mais tout, même les éléments, prenait parti contre ce prince. Il y a des moments de la vie oii les choses inertes et immobiles semblent recevoir, pour augmenter une grande infortune, rinlelligcnce et le mouvement. La tempête chassa le fugitif d'ile en île ; enfin il arriva dans South- Wist, oîi il fut accueilli par Clanranald, un des sept hommes du Moidart, le premier qui l'eut accueilli. Là, il fut logé, au centre de la montagne, chez un bûcheron nommé Corradale. Mais là même, presque sur les frontières du monde habitable, il s'aperçut qu'il n'était plus en sûreté. Le général Campbell débarqua à South-Wist, rallia les ]\Iac-Donalds de Skye et les Mac-Leods de Mac-Leod, ennemis du prince, et à la tête de deux mille hommes, commença les plus minutieuses recherches. Ce fut alors qu'une femme entreprit et accomplit un pn^jet de la réussite duquel commençaient à douter les hommes les plus braves et les plus entreprenants.
Cette femme était la célèbre Flora Mac-Donald, parente de la famille Clanranald , laquelle était en visite dans le South-Wist à l'époque dont nous parlons ; son beau-père, comme son nom l'indique , était membre du clan de sir Alexandre Mac-Donald , par conséquent ennemi du prince ; en outre , il commandait la milice du nom de Mac-Donald , qui se trouvait alors dans le South-Wist. Malgré les dispositions hostiles de son beau-père, Flora n'hésita point ; elle se procura près de lui-môme un passe-port pour elle, un domestique et une jeune servante qu'elle ajoutait , disait-elle , à sa maison. Cette jeune servante, au passe-port, fut désignée sous le nom de Betty Burke. Cette Betty Burke ne devait être autre que le prince Charles-Edouard. Sous ce nom et sous ce déguisement , Charles arriva à Kilbride dans l'ile de Skye ; mais là , il était encore au milieu du pays soumis à sire Alexandre Mac-Donald. Flora redoubla de courage et de ruse, cependant se trouvant trop faible pour soutenir seule son projet, elle résolut de s'adjoindre un auxiliaire, cet auxiliaire c'était la femme de sir Alexandre même, lady Marguerite Mac-Donald. Le premier mouvement de lady Marguerite en apprenant l'entreprise où sa belle fille était engagée fut un sentiment de profonde terreur, mais cette générosité du cœur si naturelle à la femme, l'emporta sur les craintes de son esprit, son mari était absent, mais la maison était pleine de
soldats anglais, elle confia, en conséquence, le prince à Mac-Donald de Kingsbourg intendant de sire Alexandre ; alors il fallait conduire le prince chez cet intendant, ce fut encore Flora qui se chargea de lever cette dernière dificulté , elle partit pour Kingsbourg où elle déposa le prince.
Alors commença pour le pauvre Charles-Edouard une autre série d'aventures : de Kingsbourg il passa à Rasa , se donnant pour le domestique de son guide, de Rasa il gagna le pays du laird de Mac-Kinnon. Mais,malgré les efforts de ce chef, il fut oblige de rentrer encore une fois en Ecosse; on le descendit sur le bord du lac de Nevis. Là, les dangers du prince redoublèrent, un grand nombre de soldats étaient occupés à parcourir ce district ; le prince et ses guides se trouvèrent donc enfermés dans un réseau de sentinelles qui,se croisant les unes et les autres dans leurs factions lui étaient tout moyen de s'avancer dans l'intérieur du pays, enfin', après deux jours ainsi passés, sans avoir osé une seule fois allumer du feu, pour faire cuire leurs aliments, il se décida à tenter le passage entre deux postes ennemis. Pendant une heure, le prince et ses compagnons furent obligés de ramper comme des
couleuvres dans un défilé étroit et obscur; puis, après une heure de transes on se trouva avoir passé la première ligne.
Vivant de ce que le hasard leur faisait rencontrer et restant quelquefois vingt-quatre heures sans manger, sans feu , sans abri, à
peine couverts de vêtements tombant en lambeaux, le malheureux prince atteignit enfin les montagnes de Strath-Glass, et avec le dernier compagnon qui lui restait : alors ne sachant que devenir, ignorant où aller, il se jeta dans une caverne qu'il savait être le refuge d'une bande de brigands. Ces brigands étaient au nombre de sept; c'étaient presque tous d'anciens partisans du prince, il se fit reconnaître à eux et ils tombèrent à ses genoux.
Là se fit pour Charles-Edouard une trêve momentanée de souffrances. Jamais roi, jamais chef de clan, jamais propriétaire de château ne fut servi avec un zèle et un respect pareils à celui que le fugitif trouva dans ses nouveaux compagnons. Seulement ils le servaient à leur manière, et ne comprenaient pas les réprimandes du prince, quand leur zèle pour lui allait trop loin. Le prince manquait de deux choses, pour lesquelles il éprouvait un besoin presque égal. Des habits et des nouvelles. Ces bandits pourvurent aux iiabils en s'embusquant sur la route que devait parcourir le domestique d'un officier qui se rendait au fort Auguste avec le bagage de son maître, et en tuant ce domestique. Et comme le prince Charles exprimait son regret de devoir ses vêtements à une pareille action.
— Mon prince, répondirent-ils; c'est bien de l'honneur pour un misérable comme celui-là, que de mourir pour une pareille cause.
Quant aux nouvelles, un d'eux se déguisa et pénétra dans l'intérieur du fort Auguste ; là , il obtint des renseignements précis sur les mouvements des troupes , et, pour régaler le prince , il lui rapporta, en revenant, un morceau de pain d'épice d'un sou.
Charles Edouard demeura avec eux trois semaines, le seul vœu de ces braves gens était qu'il y demeurât toujours, et toujours sans aucun doute , leur dévouement fut resté ce qu'il était pendant ces trois semaines. Mais un étrange exemple de dévoûment arriva, qui ouvrit à la fuite du prince une voie moins périlleuse. Le fils d'un orfèvre d'Edimbourg, nommé Roderic Mackenzie, qui avait été officier dans l'armée de Charles-Edouard , et qui savait tous les dangers qui entouraient le prince fugitif, était caché dans les breas de Glenmoriston , c'était un jeune homme de l'âge du prince, de la taille du prince , et par un singulier hasard , ressemblant au prince à s'y méprendre. Un parti de soldats découvrit un jour Roderic Mackenzie , et l'attaqua ; alors il vint au jeune homme une idée sublime de dévouement, c'était de rendre sa mort utile au parti
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auquel il avait dévoué sa vie, après s'être défendu jusqu'à la dernière extrémité, il présenta la poitrine aux soldats, en criant : — Misérables ! vous allez tuer votre prince !
A ces mots il n'y avait plus de merci possible , les soldats crurent avoir affaire à Charles-Edouard, et la tète de Charles-Edouard valait trente mille livres sterlings, le faux prince fut tué et la tète, détachée des épaules, envoyée à Londres.
Un mois s'écoula avant que la méprise fut découverte, pendant un mois on crut le prince mort, et par conséquent on cessa de le chercher. Charles-Edouard profita de ce répit pour prendre congé de ses fidèles bandits, et pour gagner dans le Badenoch deux fidèles partisans à lui : Cluny et Lochiel.
Enfin, vers le 18 septembre de l'année 1746, Charles apprit la nouvelle que deux frégates françaises étaient arrivées à Lochlannagh , dans le but de le recueillir, lui et les fugitifs de son parti.
Le 20, Charles-Edouard et Lochiel s'embarquaient sur les deux frégates, précédés par une centaine de partisans qui étaient venus chercher un refuge sur leur bord.
Enfin, le 29 septembre, le prince débarquait près de Morlaix en Bretagne; treize mois s'étaient écoulés depuis son départ de France, et sur ces treize mois, il en avait passé cinq entre la vie et la mort.
Un des deux brigands qui avaient suivi le prince, de la caverne oii il avait trouvé un refuge jusqu'au Badenoch où il avait été rejoindre Cluny et Lochiel , fut pendu plus tard à Inverness , pour avoir volé une vache :
Cet homme qui volait une vache de quinze francs , avait dédaigné d'acheter au prix d'une trahison , les trente mille louis que valait la tête de son hôte.
Revenu en France, Charles-Edouard en fut chassé par le traité d'Aix-la-Chapelle ; arrêté au moment où il se rendait à l'Opéra , conduit à Yincenues dans la même chambre, peut-être, où cinquante ans plus tard, devait être conduit le duc d'Enghien; il se retira d'abord à Bouillon , ensuite à Rome , où il s'attacha à la comtesse d'Albany, plus célèbre encore par ses amours avec l'avant-dernier descendant des Stuarts.
Charles-Edouard avait beaucoup souffert et par conséquent avait besoin de beaucoup oublier. Est-ce pour cela, ou est-ce pour faire
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un exemple sur Ics'dcrnières races royales que Dieu voulul (juc pendant les dernières années de sa vie , il s'adonnàl à une couslante ivrognerie. 11 mourut à Florence, le 31 janvier 1788.
Le mois de janvier est fatal aux Bourbons et aux Sluarls.
Le dernier des Stuarts, le cardinal d'Yorck, mourut dans la capitale du monde chrétien, eu 1808. In même monument recouvrit les cendres des deux frères, réunies dans ce vaste musée de poussière illustre qu'on appelle Rome.
La mort de Philippe V que nous avons annoncée dans le courant du chapitre, ne produisit aucun changement en Europe ; son fds, le prince des Asturies, lui succéda sous le nom de Ferdinand VI, voilà tout. Quant à la mort du comte de Bonneval, c'était le complément de l'existence la plus aventureuse peut-être que l'histoire ait jamais empruntée aux caprices du roman. Né le l^i juillet 1675, élève du collège des Jésuites, entré dans la marine à l'âge de douze ans, Claude- Alexandre , comte de Bonneval, fLÙllit être réformé par le marquis de Seignelai, ministre de la marine qui, passant la revue des gardes marines, ne voyait en lui qu'un enfant.
. On ne casse pas les hommes de mon nom , Monsieur le ministre, dit fièrement le jeune homme.
Le ministre comprit à qui il avait à faire.
Si fait , Monsieur, on les casse quand il sont simple gardes
de marine, répondit-il, mais pour en faire des enseignes de vaisseaux.
Les combats de Dieppe , de la Hogue et de Cadix , prouvèrent que ni le comte de Bonneval, ni M. de Seignelai ne s'étaient trompés.