CHAPITRE XIII
l'époque où nous sommes arrivés, c'està-dire vers la moitié à peu près du règne de Louis XV, il a huit enfants de la reine : de ses maîtresses, excepté le demi-Louis, il n'en eut jamais , et surtout n'en voulut jamais avoir, les bâtards de Louis XIV ayant été une haute instruction pour sa jeunesse.
Ces enfants étaient : le dauphin, né le h septembre 1729 ; le duc d'Anjou, né à Versailles le 30 août 1730, et mort en 1733; Louise-Elisabeth de France, mariée à don Philippe, née le ik août 1727; Anne-Henriette, sœur jumelle de Louise-ÉIisabeth; Marie- Adélaïde, connue sous le nom de madame Adélaïde, née le 23 mars 1732; Victoire-Louise-Marie-Thérèse, née le 11 mai 1733; Sophic-Philippine-Élisabeth, née le 27 juillet 173/i; Louise-Marie, née le 15 juillet 1737. Donc, en supposant que nousen soyons arrivés au commencement de l'année 1750, le roi a quarante ans ; la reine en a quarante-sept , le dauphin en a vingt-un, les princesses jumelles en ont vingt-trois, madame Adélaïde en a dix-huit, la princesse Victoire en a dix-sept, la princesse Sophie en a seize ; enfin la princesse Louise en a treize. Les princesses, à part madame Louise-Elisabeth, mariée à don Philippe, vivent sous la tutelle de leur mère.
Les caractères de toutes ces princesses étaient fort différents; quelques-uns étaient assez étranges. Madame était bonne, sans passion, réfléchie, timide et sage ; elle se plaisait fort dans la société de madame de Ventadour, presque centenaire, à laquelle elle faisait raconter toutes les anecdotes de la cour de Louis XIV. Madame Adélaïde, au contraire, était fort décidée; elle avait toutes les allures d'un garçon, jouait du violon, montait à cheval, aimait la chasse. Son ambition avait toujours été d'être homme et de faire la guerre. Toute petite, elle disait : « Je ne sais pas pour-
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(luoi ou (lôsirc tant un duc crAnjou, il n'y a qu'à nie faire duc d'Anjou, moi, on verra ce dont je suis capable. » A l'âge de treize ans, elle était parvenue, en jouant à cavagnole avec la reine, à lui voler (piatorze louis. J.e lendeniain, on la rencontra ouvrant les portes et essayant de sortir de Versailles pour aller acheter son • équipage de guerre.
— Où allez-vous, princesse ? lui demanda une de ses femmes en l'arrêtant.
— Où je vais? répondit madame Adélaïde : je vais me mettre h la tête de l'armée de Papa-Roi, je battrai les ennemis, et j'amènerai le roi d'Angleterre prisonnier à Versailles.
— Et comment cxéculcrcz-vous seule, un pareil projet, princesse ?
— Je ne suis pas seule; j'ai pour allié un jeune homme à qui j'ai Aût obtenir une place à la cour, et qui m'a promis de venir avec moi.
Cet homme, qui était l'allié de madame Adélaïde , était un gamin de quinze ans qu'elle voyait souvent dans les bois de Lagny. Cette place qu'elle avait obtenue pour lui à la cour, c'était celle de gardien des ânes des princesses. Retenue de force dans son appartement, madame Adélaïde avait trouvé un autre moyen de détruire l'Angleterre. Le soir même, elle exposa ce moyen au cercle de la cour.
— Je ferai venir, dit-elle, l'un après l'autre, les principaux Anglais pour coucher avec moi : ils s'en croiront fort honorés ; et quand ils seront endormis, je les tuerai tous successivement.
Le moyen proposé par la jeune princesse eut, comme on le comprend bien , un grand succès ; seulement , madame de Tallard fit observer à madame Adélaïde qu'il y aurait lâcheté à faire mourir tous ces messieurs de la sorte.
— Dam ! répondit madame Adélaïde, comment voulez-vous que je fasse, puisque papa défend les duels ?
Quant à madame Victoire, qui avait des inclinations, sinon moins amoureuses, mais au moins plus pacifiques, c'était une belle personne avec une physionomie charmante , un teint de brune , des yeux beaux et grands, et ressemblant à la fois au roi, au dauphin et à madame infante : le roi l'aimait mieux que ses autres sœurs, le roi l'aimait, disait-on, plus qu'un père ne doit aimer sa fille, et de ce sentiment exagéré la chronique scandaleuse fait naître M. de Narbonne. Madame Sophie , qui venait après madame Victoire ,
était très-blanche, et avait la partie supérieure du visage parfaitement ressemblante au roi. JMadame Louise, la dernière, était fort petite; mais elle avait beaucoup de physionomie, était vive et gaie, et ne laissait en aucune façon supi)oscr qu'elle dût être un jour religieuse. Madame infante devait mourir en 1759. Madame Anne, en 1752. Enfin, mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie, devaient rester filles. Ce sont ces trois princesses que le roi leur père avait, dans l'intimité, baptisées des trois noms peu poétiques deLocque, C/u'ffe et Graille.
Quant au dauphin , âgé de vingt ans , comme nous l'avons dit , il avait été élevé au milieu de l'adulation la plus étrange, et parfois la plus ridicule.
— Aussi, jusqu'à l'âge de douze ans, M. le dauphin fut l'un des petits êtres les plus désagréables que l'on pût voir.
Un jour, le cardinal de Fleury jouait avec lui comme il avait joué avec Louis XV enfant, et lui disait :
— Peut-on bien compter. Monseigneur, sur cette amitié que vous me témoignez maintenant? Les amitiés des princes, à ce que l'on assure, ne sont pas de longue durée.
— Vous avez cependant, répondit le dauphin en se tournant vers le cardinal, coiîservé une assez bonne fenêtre dans le cœur du roi pour n'avoir pas à vous plaindre.
Lorsqu'il fut question de lui faire épouser l'infante Marie-Thérèse d'Espagne, le dauphin avait quatorze ans et n'avait encore connu aucune femme; aussi, parlait-il sans cesse de ses projets de courses et de voyages avec madame la dauphine.
— Bon, lui dit madame Adélaïde, parlez de votre femme, veniez son beau teint, son air noble, sa peau blanche. Elle a les cheveux roux.
— On m'a assuré qu'elle avait le caractère bon , répondit le dauphin, et cela me suffît.
Marié depuis cinq ans, le dauphin avait constamment vécu en bon et honnête mari. Aussi, comme nous l'avons dit, madame de Pompadour craignait-elle infiniment plus le dauphin que la reine.
Madame de Pompadour avait été présentée en 1745, comme nous avons dit, et comme elle n'avait pu être présentée sous son nom de madame Lenorniand d'Etiolés, comme d'ailleurs elle avait quelques raisons de rompre avec ce nom-là, qu'elle avait assez mal
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porlô. Elle pria le roi de faire pour elle ce qiril avail lait pour madame de CliAleauroux. Le roi y coiiscnlil cl lui donna le marquisat de Pompadour.
Le premier travail de madame de Pompadour arrivée au pouvoir, fut le renversement d'Orry contrôleur gênerai.
Orry renverse, se relira à Bercy, et tout ce qu'il y eut dMionnètes gens en France, alla s'écrire chez lui. 11 fut remplacé par M. de Macliault, intendant de Valencienues.
Au reste , M. de Macliault , honnête homme et homme intelligent, commença par sauver la France d'une grande famine en 17/|0, eu faisant venir des blés de Barbarie.
]\Iadame de Pompadour avait été trompée à moitié dans son attente ; elle avait bien eu le pouvoir de renverser un ennemi, mais elle n'avait pas eu le pouvoir de placer un ami.
Pendant ce temps, le peuple que l'on oubliait, excepté à l'endroit des impôts, après avoir peu à peu repris à Louis XV son titre de bicn-aimé, le peuple murmurait. Ces murmures, uous allons nous y arrêter, car c'étaient les premiers grondements de l'orage qui éclata en 1795.
Nous entrons dans la période de la décadence monarchique : sur ce versant du XVUP siècle , nous irons vite, car la pente est rapide.
CfTô