CHAPITRE XIV
ES brouilles entre les meilleurs amis , entre maris et femmes, entre amants et maîtresses, viennent souvent lorsque l'argent manque ; hélas ! la rupture entre les i^^^ peuples et les rois a rarement d'autres > causes. A propos de l'état des finances sous le régent, nous avons déjà dit la pénurie où se trouvait la France ; après toutes les folies que nous venons de raconter, ce fut bien pis encore. Ce genre de malaise se manifeste ordinairement par des changements de ministères. Les résultats maritimes de la dernière guerre avaient clairement démontré dans quel état déplorable était tombée notre marine si florissante sous Colbert, si abandonnée par Fleury. IM. de Maurepas, rendu responsable de cette détresse, avait quitté le ministère de la marine pour faire place à M. Rouillé, taudis qu'ainsi que nous l'avons raconté, ce brave Orry, ébranlé par la favorite, se retirait pour faire place à M. Machault d'Arnouville.
Arrivé au ministère, M. Machault se trouva dans les mêmes embarras que M. Orry ; les embarras étaient même plus grands , car chaque jour les ressources étaient moindres et les besoins plus désordonnés. Il fallait combler la dette de l'État, éteindre un déficit ; seulement, le peuple était tellement ruiné, qu'aucun des moyens connus n'était capables de rétablirl' ordre dans les finances. M. Machault prit donc la résolution de recourir au clergé , à la noblesse et aux pays d'états, dont les véritables richesses étaient inconnues. Ces corps avaient conservé l'ancien droit de s'imposer eux-mêmes, et de ne payer au roi , sous le titre de don gratuit, qu'une somme dont ils avaient encore le privilège de faire la répartition comme ils l'entendaient.
C'était du reste chose établie depuis le commencement de notre monarchie nationale, que les rois ne sont pas maîtres absolus, et
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([u'on nrgonl siirloiil , la nalion no leur doit que ce qu'elle veut bien leur payer; seulemenl, à celle époque, la nalion n'élait représenlée que par la noblesse, le clergé el les pays d'élals ; le rcslc du peuple élait coniplé pour rien ; et cependant c'était sur lui que pesaient toutes les charges. Ce grand principe a été depuis la base de la révolution.
Ce fut dans celle circonstance embarrassante que M. Macliault envoya à renrcgistrement le fameux édit du vingtième. M. le Duc , dans une circonstance pareille , avait succombé avec son édit du cinquantième, qui le fit exiler. Calonnc devait succomber depuis, en proposant le même tribut, sous le titre d'impôt lerritorial.
Le parlement n'eut pas plutôt reçu l'édit, qu'il envoya trois présidents pour faire au roi des remontrances. Le roi, pour toute réponse, donna l'ordre au parlement d'enregistrer l'édit le lendemain. Les trois présidents, de retour au sein de la compagnie, lui firent part de la décision du roi, lequel avait déclaré vouloir avant deux heures une réponse positive : le parlement était las de la lutte. Exilé par Louis XIV, exilé parle régent, il ne se souciait plus d'être exilé par Louis XY; il décida que le premier président retournerait près du roi, le priant d'avoir compassion de son peuple ; puis, que si le roi persistait, s'étant lavé les mains comme Pilate , il procéderait à l'enregistrement. Le roi refusa et le parlement enregistra. Cet édit enregistré, le roi demanda un emprunt de cinquante millions. C'était une occasion pour le parlement de faire de nouvelles remontrances, quoiqu'aiusi qu'on vient de le voir, le roi n'y fit pas grande attention. Aussi, lorsqu'il se présenta devant le roi, le roi se contenta-t-il de dire : Messieurs , je trouve que vous avez déjà beaucoup tardé à m'obéir, et vous préviens qu'un plus long délai ne pourrait que me déplaire.
Et le parlement enregistra l'édit.
Les deux édits, cette fois, mécontentaient tout le monde.
L'édit du vingtième mécontentait la noblesse, le clergé et les États; l'édit de l'emprunt de cinquante millions mécontentait le peuple.
La noblesse, les États d'Artois, de Bourgogne, de Bretagne et de Languedoc se plaignirent très-hautement de ce que la cour, par l'établissement du vingtième sur tous les biens , tendait à abolir le droit de consentir les dons gratuits qu'ils accordaient au prince.
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De là, iiisurrcclion de tous les corps de l'Étal coiilre le ministère.
Mais les plus grands embarras devaient èlrc suscités au roi par le clergé. A peine l'édit publié, les évécpies qui se trouvaient à Paris s'étaient tumultueusement assembléschezrarclievêque, bien autrement dangereux dans leurs récriminations que la magistrature ou les États, parce qu'avant leurs intérêts, ils mettaient les intérêts de Dieu, et qu'en attaquant leurs privilèges, on attaquait ceux de l'Église ; là, une union secrète fut résolue avec le dauphin, dévot allié sur lequel on croyait pouvoir conq)ler, même pour une ligue contre le roi son père.
Depuis la mort du régent, les jésuites, déjà plus encouragés qu'on ne l'eût cru sous ce prince, avaient repris, sous le nom de Molinistcs, toute l'autorité ecclésiastique. Port-Royal n'existait plus, les sciences ecclésiastiques étaient abandonnées; aux grands prédicateurs et aux illustres prêtres du temps de Louis X~1V, avaient succédé des hommes d'une valeur plus que secondaire ; ]\Iassillon, le dernier des grands génies de la chaire, était mort en ilk'2.
Ce fut sur ces entrefaites que l'archevêque de Paris mourut, et que le parti ecclésiastique fit nommer à la place de iM. de Bellefonds , archevêque d'Arles , M. Christophe de Beaumont , archevêque de Vienne.
Arrivé à Paris, celui-ci, qui, malgré sa haute ambition, voulait avoir l'air d'être forcé, se jeta aux pieds du roi, et au lieu de le
remercier de la faveur qu'il en recevait, il le supplia de le dé-
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charger (riiii lardeau pareil ù celui qu'était rarchevèché de Paris, et où il serait obligé de coiiibaltre contre une hérésie aussi dangereuse que l'était celle des jansénistes. Le roi le releva et lui promit de Taider de sa protection ; c'était ce que voulaient les jésuites, qui sentaient le besoin d'être soutenus contre la haine populaire , par l'autorité royale.
Montrons maintenant jusqu'à quel point l'opposition du peuple fut portée.
Cette opposition eut trois causes : le refus de sacrements ; l'édit du roi sur la mendicité et le vagabondage ; et le bruit qui se répandit que le roi , pour se remettre de ses excès amoureux , prenait des bains de sang.
M. de Bcaumont, pour compliquer la situation de la cour, avait eu l'idée de jeter une question religieuse au milieu de toutes ces questions pécuniaires et civiles. Il avait découvert que l'ancien chef des jansénistes, le fameux cardinal de Noailles, avait autrefois exigé des certificats de confession avant que les prêtres pussent donner le viatique et les huiles aux mourants : Beaumont avait un antécédent pour appuyer sa conduite ; il s'empressa donc, lui archevêque moliniste , d'exiger les mômes certificats qu'avait exigé un cardinal janséniste ; nul ne pouvait le blâmer de cela.
Son premier refus de sacrement , à défaut de certificat de confession, fut à un conseiller au Chàtelet. Celui qui refusait les sacrements et se faisait l'homme de l'archevêque dans cette occasion, était un chanoine régulier de Sainte-Geneviève, nommé Bonetin. Les sommations légales, ni les supplications des parents ne purent rien obtenir de lui. Le parlement le manda; mais Bonetin, à l'abri de toute poursuite, refusa à la magistrature de lui rendre compte de son refus, déclarant qu'il ne devait d'explications qu'à l'archevêque. Le parlement décréta le chanoine de prise de corps , et somma :^L de Beaumont de faire administrer, non -seulement le conseiller au Chûtelet, qui allait de plus mal en plus mal, et qui était menacé de mourir sans sacrements , mais encore les autres jansénistes qui se trouvaient en pareille situation. Le prélat répondit qu'il était prêt à administrer tous les conseillers de la terre et tous les jansénistes du monde, pourvu qu'ils présentassent leurs billets de confession. En attendant , les malades mouraient , et l'Église, après avoir refusé les sacrements , refusait la sépulture.
Le parlement renouvela le décret de prise de corps contre Bo-
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netin et envoya de nouveau sommer Tarclievèquc de lairc administrer les mourants. La guerre élait déclarée.
Ce fut sur ces entrelidtes que M. Berryer, nouveau préfet de police, publia des ordonnances qui soulevèrent dans Paris des troubles plus graves. M. Berryer élait en tous points l'homme de madame de Pompadour.
Parmi ces ordonnances, il y en avait une cxtraordinaircment sévère contre les vagabonds et les mendiants.
Nous avons dit quelle fermentation avait soulevé le refus des sacrements et cependant le refus n'atteignait pas précisément le peuple. Mais le peuple allait lui-même être atteint directement.
Cette ordonnance contre les mendiants et les vagabonds était on ne peut plus sévère : on les enlevait partout où on pouvait les saisir, et on en faisait comme en Angleterre, des matelots ou des colons. C'était la régence qui avait donné l'exemple de ces enlèvements, lorsqu'il s'était agi à l'époque du système de Law, de peupler le Canada et la Louisiane.
Comme on le comprend, la justice la plus exacte ne présidait pas toujours à ces enlèvements. Un agent de police , dans le but de rançonner la mère enleva un enfant ; celle-ci au désespoir et le croyant perdu , fit entendre des gémissements par tout le quartier Saint-Antoine. A ces gémissements le peuple s'attroupe ; les mères prennent parti pour la mère désolée , le bruit se répand que dans d'autres quartiers , d'autres enfants ont été enlevés et n'ont pas reparu. Tout à coup au milieu du bruit, du trouble, des cris, une voix se fait entendre , qui dit que les médecins ont ordonné au roi des bains de sang pour rétablir sa santé usée par la débauche.
De pareilles accusations n'ont pas besoin d'être approfondies pour porter coup ; au moment même et à cent pas de l'endroit où le propos à été tenu , un exempt de police veut enlever un enfant qui mendie, l'enfant crie, la mère appelle au secours ; ce n'est plus pour le mettre dans un hôpital qu'on veut enlever son enfant, c'est pour l'égorger, c'est pour en faire quelque chose d'odieux, comme les festins des Pélopides. Le peuple prend fait et cause pour la mère, l'exempt est égorgé, et la foule émue, furieuse, menaçante descend des faubourgs et se porte en masse à l'hôtel de M. Berryer, demandant justice devant le parlement, des agents de police qui ont enlevé des enfants , pour en vendre le sang aux valets de chambre du roi.
M. Berryer, averti à temps, avait pris la fuite par les jardins.
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Le peuple voiilail escalader lesniuraillesel nienaeail de loiil briser dans riiôlel, lorsque les portes s'ouvrirent foules seules; les uns disent par l'ordre d'un ollicier de police ; les autres , i)ar la main do madame Berrjer, elle-même. Du moment où tout lui lut Facile, le peuple hésita à rien entreprendre. Les uns dirent (pie si l'on ouvrait les portes ainsi , c'était pour faire tomber dans un piège ceux qui entreraient; les autres dirent comme chose certaine, que l'hôtel de la police était miné; ces bruits avaient une espèce de raison, chacun recula. Bientôt plusieurs détachements de la maison du roi, les gardes françaises et les gardes suisses, le fusil au bras, les mousquetaires noirs, le sabre au poing, arrivèrent. Le peuple prit la fuite et rentra dans ses faubourgs ; mais la vengeance l'y suivit.
Plusieurs hommes qu'on avait remarqué parmi les plus acharnés, furent pris et pendus, un plus grand nombre furent envoyés en prison ; mais comme en réalité des enlèvements d'enfants avaient eu lieu , le parlement mal avec le roi, voulut savoir ce qui s'était passé, et par un arrêt du 25 mai 1750, ordonna :
« Qu'il serait informé contre les auteurs des bruits alarmants qui ont donné lieu aux émeutes populaires, et aussi contre ceux qui auraient enlevé des enfants si aucun il y a. »
En attendant, celte émeute qui dura trois jours, avait fort effrayé le roi ; cette crainte royale se manifesta d'abord par une réorganisation complète du guet, qui n'avait été jusque-là qu'une compagnie de bourgeois ou des gens de métiers , sans uniforme , agissant en vertu d'une vieille loi féodale ; car la bourgeoisie devait la garde et le guet. Un règlement du conseil organisa donc dix compagnies soldées et habillées par la ville, et deux compagnies à cheval. Les douze compagnies commandées par un capitaine du guet pris parmi les brigadiers ou lieutenants généraux, étaient chargées de veiller à la tranquillité de la ville et de maintenir l'obéissance au roi. En outre, M. d'Argenson fit dresser par M. de Lowendahl, un plan de fortification et de casernes autour de Paris. La Bastille devait être réarmée, sa garnison portée à huit cents hommes, et ses canons, braqués dans deux directions opposées, devaient se croiser avec les canons de Vincennes, sur le faubourg Saint-Antoine, et dominer le faubourg Saint-Marcel.
Mais comme du côté opposé de Paris, c'est-à-dire, du côté de la porte Saint-Honoré, il n'y avait rien qui pût contenir l'émeute, on adopta un système de casernement qui devait servir à la fois
(le forloressc et d'abri. Trois casernes furent dessinées et exécutées. La première, placée derrière l'École Mililaire, sur la roule de Sèvres et de Vaugirard , était destinée aux gardes françaises. La seconde bâtie à Rueil, entre le chemin de Versailles et de Saint- Germain, était destinée aux gardes suisses. Enfin, la troisième bâtie à Courbevoie et destinée au deuxième régiment des gardes, avait pour but de dominer la Seine, le bas de Neuilly, et d'arrêter tout mouvement qui se porterait sur Versailles. 1750 prévoyait déjà 1792.
En outre, le roi renonça, à partir de ce jour, à toute communication entre lui et cette capitale qu'il avait tant aimée , et où il avait été tant aimé ; il rompit avec Paris, qui , cinq ans auparavant, l'avait reçu en triomphateur, couvrant son passage d'une jonchée de fleurs et de verdure, avec Paris, autrefois la ville de la joie, des plaisirs et des fêles, devenue aujourd'hui la ville des insultes et des menaces. Et pour bien faire comprendre à la capitale qu'il n'y avait plus rien de commun entre elle et lui, et que même pour aller à ses châteaux de Compiègne ou de Fontainebleau , il ne la traverserait plus, il fit tracer cette vaste avenue qui joint le bois de Boulogne à Saint-Denis, et que l'on appelle encore aujourd'hui LE CHEMIN DE LA RÉVOLTE.
C'est sur ce chemin , chose étrange, que le 13 juillet 18/i2, fut tué M. le duc d'Orléans, seul obstacle réel entre les derniers restes de cette monarchie dont nous écrivons l'histoire , et l'avéïiement de cette république bien plus préparée encore chez nous par la main de Dieu, que par celle des hommes.
Comme les grands événements que nous venons de raconter embrassent les années 1750, 1751, 1752, 1753, 175/i, 1755 et 175G, joignons-y les quelques détails particuliers qui compléteront l'histoire de ces six années pendant lesquelles naquit en outre la guerre du Canada, à laquelle nous consacrerons un chapitre à part. Un de ces détails particuliers et qui réjouit le plus la cour par son originalité, fut le mariage impromptu de madame la duchesse de Boufflers avec M. le duc de Luxembourg.
Le 28 juin, Louis XV était à Bellevue, chez madame de Pompadour, quand le duc de Luxembourg vint le prier d'honorer de sa signature le contrat qu'il venait de faire dresser et qui contenait les clauses de son mariage avec madame la duchesse de Boufflers. Madame de Boulïlers, veuve depuis trois ans, avait débuté
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Il la cour on 17o/i, ollo était danio du palais vors le mémo tomps où JA)uis W abaiuloiiiiail la roiiio; aimahlo, séduisanlo, ploiiio do grâces, elle prit bientôt un rang distingué dans la société licencieuse de Clioisy.
Huit jours après M. de Luxembourg reçut la charge de capitaine dos gardes, laissée vacante i)ar la mort du maréchal d'IIarcourl.
Le 10 décembre, le maréchal de Sa\o meurt à Chambord, que le roi lui avait donné. Comme le roi ne pouvait, à cause de la religion professée par M. le maréchal de Saxe, lui accorder les mômes honneurs fiuièbros qui avaient été accordés à M. de Turenne, il ordonna qu'il serait enterré à Strasbourg et que les Irais de transport, d'inhumation et de mausolée seraient pris sur le trésor royal. Pigale fut chargé d'exécuter et exécuta le monument du vainqueur de Fontenoy et do Raucoux. Le maréchal de Saxe était mort à l'âge de cinquante-quatre ans.
Le 22 janvier 1751 , le roi fonda l'École militaire, où doivent
trouver le logement, la nourriture et l'éducation gratuites cinq cents gentilshommes français, préférence accordée à ceux dont les pores seront morts au service du roi, ou serviront encore dans ses armées, c'était le complément de l'idée des Invalides, seulement Louis XIV avait commencé par la fin.
Le 12 septembre , madame la dauphine accouche de M, \c duc de Bourgogne.
Le iMaiéclial de Saxe.
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Le II février 1752 , M. le duc d'Orléans meurt à Sainte-Geneviève où il s'est retiré depuis quelques années, après avoir brûlé les plus beaux tableaux de sa galerie, parce qu'ils représentaient des nudités.
Le 29 juin, le fameux cardinal Albéroni meurt à Rome. C'est le même que nous avons connu à propos de la conspiration de Cellamareet qui mit l'Europe en feu pour faire de l'Espagne la puissance qu'elle devint depuis ; en eflet, au moment dccetle mort, l'Espagne possède ce royaume des Deux-Siciles qu'il avait envahi et ces duchés de Parme et de Plaisance qu'il réclamait.
Le 28 février 1753, meurt à son tour madame du Plaine. ^
Le 23 août 175/i, madame la dauphinc accouche d'un prince qui reçoit le nom de duc de Berry, et qui sera plus tard le roi Louis XYL
La mort de Montesquieu, de M. de Lovendahl et du prince de Bombes senties événements importants du reste de l'année 1755.
L'année 1756, pendant laquelle, sous la protection de M. le duc d'Orléans, l'inoculation se répand en France, est surtout remplie par les événements de la guerre du Canada.
Au reste, pendant ces six années, la puissance de madame de Pompadour au lieu de diminuer s'est accrue. C'est qu'à cette avidité d'argent et de propriétés que l'on peut reprocher à la favorite, de grandes qualités sont jointes. Ces sentiments généreux et artistiques qui manquent complètement au roi , elle les possède. Quand le roi cède lâchement à l'Angleterre, en lui promettant l'exil du prétendant; quand obéissant à l'ordre du cabinet de Londres, il fait arrêter en pleine rue et conduire à la frontière de France où il arrive , montrant à ses poignets la marque des cordes avec lesquelles on l'a garotté, le prince Charles-Edouard, elle s'oppose de tout son pouvoir à cet exil et à cette arrestation. Elle expose son crédit et sa fortune dans une lutte où elle ne ménage pas les vérités à son royal amant. Puis enfin , quand l'œuvre est accomplie, par elle seule dans toute la cour, ce mot que l'Europe prononce tout bas, est prononcé tout haut. — Sire, c'est une lâcheté.
Pendant ce temps, il est vrai, elle faisait des fondations moins honorables.
Elle avait compris, la pauvre femme, que celte mission regardée comme impossible par madame de Maintenon, c'est-à-dire d'amuser un homme inamusable , méritait bien quelque indulgence pontifi-
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cale. Elle avail cmi constuiuenco iiivonlé le Parc-aiiv-Corfs. C'élail la première fois qirune favorilc avait eu l'idcîe de donner un sérail à son amant. Mais elle avail compris, rinlellii^enlc duchesse, que son royal amant élail siirlout un homme d'habitude, el que la variété était une distraction sans être un danger. Or, (pf était-ce que le Parc-anx-Cerfs? un harem de Bagdad ou de Samarcandc dont chaque esclave était exilée, après avoir eu l'honneur de la couche du maître. Celles qui n'y avaient laissé que leur honneur en recevaient le prix, on les dotait; et, grâce à cette dot, on les mariait dans la bourgeoisie ou dans les fermes; celles qui y avaient puisé la maternité, voyaient leur enfant poussé dans le clergé ou dans l'armée.
Peu importaient donc à madame de Pompadour toutes ces esclaves d'un instant, pourvu qu'elle fût la sultane favorite, ou tout au moins la Scheherazade qui devait, par son esprit, par son art et par ses contes, amuser le sultan pendant mille et une nuits.
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