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Le 16 janvier 1759, les Anglais alla([uent la Martinique et sont repousses. Le 17 août 1759, combat naval de Lagos; quatorze vaisseaux anglais contre sept vaisseaux français : le Centaure , le Téméraire et le Modeste sont pris ; VOccan et le Redoutal)le sont brûlés. Le 10 septembre , M. d'Aclié défait Tescadre anglaise de l'amiral Pocok, et ravitaille Pondicliéry ; onze cents hommes du régiment de Lally battent dix-sept cents Anglais et (piatre mille indigènes, prennent quatre pièces de canon et deux chariots d'artillerie.
Le 17 février 1760, le capitaine Tliurot, corsaire français, fait une descente en Irlande, prend Carrick, qu'il met à contribution ; il est défait et tué au retour de l'expédition. Le 17 septembre 1760, un an et deux jours après la mort de Montcalm, la ville de Montréal et tout le Canada se rendent aux Anglais.
Le 10 février 1761 , les Anglais nous prennent Mahé sur la côte de Malabar ; puis, le 7 juin , Belle-Isle en mer.
Le 3 novembre 1762, les hostilités cessent, et les préliminaires de la paix sont signés à Fontainebleau, entre la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal. Paix honteuse pour la France, oîi elle cède et garantit à l'Angleterre l'Acadie, le Canada, l'île du cap Breton et toutes les autres îles et côtes dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent : quinze cents lieues d'un seul trait de plume. En retour, l'Angleterre cède à la France les îles de Saint-Pierre et de Miquelon ; le Mississipi servira de limite aux deux nations dans l'Amérique, à l'exception de la ville de la Nouvelle-Orléans. En outre, le roi d'Angleterre rend au roi de France Belle-Isle, la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante et la Désirade, dans l'état où ces îles étaient avant la conquête.
A son tour, la France cède à l'Angleterre l'île de Grenade et les Grenadines. Les îles neutres, Saint-Vincent, la Dominique et ïabago resteront à l'Angleterre. L'île de Sainte-Lucie et l'île de Corée sont rendues à la France, qui cède et garantit à la Grande- Bretagne la rivière du Sénégal , avec les forts et comptoirs de Louis , Podor et Galam. Dans les Indes orientales , l'Angleterre restitue à la France tous les forts et comptoirs qu'elle y possédait en 1759; en échange, la France restitue les acquisitions faites depuis celte époque. L'île de Minorque et le fort Saint-Philippe sont rendus à la Grande-Bretagne. La France restitue tout le pays qui appartenait à l'électeur de Hanovre et autres princes de l'em-
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pire. L'Angleterre restitue ù l'Espagne l'île de Cuba avec la place (le la ITavane. Enfin, les Espagnols cèdent aux Anglais la Floride, le fort Saint-Augustin et la baie de Sensacola.
Du traité date la décadence coloniale de la France et l'accroissement de l'Angleterre; h partir du traité de Paris, celle-ci ne s'arrêtera plus dans son ambition , qu'elle poursuivra au milieu des troubles européens ; chaque guerre que soulèvera le cabinet de Saint-James lui coûtera un milliard ; mais elle lui rapportera un port, une île, un continent ; non-seulement le monde connu lui appartient, mais le monde inconnu sera à elle, et dans cent ans , vaste araignée de mer, elle aura accroché sa toile aux cinq parties du monde. En Europe, elle possédera ïléligoland ; en Asie, la ville d'Aden, qui commande à la mer Rouge, comme Gibraltar à la Méditerranée. Dans la mer des Indes , Ceylan, la grande presqu'île de rindoustan, le Népaul, Lahore, le Lind, le Beloutchislan et le Caboul. Dans le goUe de Bengale , les îles Singapore , Sinaag et Sumatra : cent cinquante mille lieues de territoire nourrissant cent cinquante millions d'hommes. Dans l'Océanie, la moitié de l'Australie , la terre de Van-Diémen , la Nouvelle-Zélande , Norfolk , Hawai et le protectorat général de la Polynésie. Eu Afrique, Balhurst, les îles de Léon, Sierra-Léone, une portion de la côte de Guinée, Fernando-Rio, les îles de l'Ascension et de Sainte-Hélène, la colonie du Cap, le port Natal, Meurice, Rodrique , les Échelles , Socotora. En Amérique , le Canada , le continent septentrional, depuis le banc de Terre-Neuve jusqu'à l'embouchure du fleuve Mackensie , presque toutes les Antilles , la Trinité , une partie de la Guyane , les Malouines , Balise et les Bermudes.
Aujourd'hui , elle a tout prévu et elle est prête à tout. Peutêtre un jour percera- t-on l'isthme de Panama. Elle a Balise, sentinelle qui attend. Peut-être ouvrira-t-elle l'isthme de Suez. Elle a Aden , factionnaire qui veille. Le passage de la Méditerranée à la mer des Indes sera à elle. Ce sera à elle le passage du Mexique grand océan Boréal. Alors , elle aura dans une armoire de l'amirauté la clé de l'Inde et la clé de l'Océanie, comme elle a déjà celle de la Méditerranée.
Ce n'est pas tout : par son titre de protectrice des îles Ioniennes, elle jette l'ancre à la sortie de l'Adriatique et à l'entrée de la mer Egée ; elle pose un pied sur la terre des anciens Épirotes
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et des modernes Albanais. Quand l'Irlande lui refusera ses paysans, l'Ecosse ses montagnards, quand les marchés d'hommes que tiennent les princes allemands se fermeront pour elle, parce qu'il n'y aura plus de princes en Allemagne , elle recrutera parmi ces peuplades guerrières de la vieille Épire ei de l'antique Péloponèse ; elle aura une escadre à Corfou , qui , en quelques jours , pourra arriver aux Dardanelles ; elle aura une année à Céphalonie, qui sera en une semaine au sommet de l'IIémus; de là, elle balancera en Grèce l'influence de la Russie, et il lui suffira de quelques bateaux armés pour détruire le commerce de tout le littoral autrichien.
Ainsi, l'alliance avec Marie-Thérèse, en nous jetant dans la guerre du Canada, avait non-seulement compromis le présent, mais engagé l'avenir.
La guerre de 1741 , qui avait duré neuf ans, et qui s'était élevée parce que Frédéric avait voulu prendre la Silésie à Marie- Thérèse, avait déjà coûté le double d'argent et fait périr le double d'hommes.
Ainsi, l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Méditerranée, le Canada, l'Inde, l'Europe, l'Amérique, l'Asie, s'étaient entr' égorgés pendant seize ans, parce qu'il y avait en Allemagne un homme nommé Frédéric, qui voulait avoir la Silésie , et une femme nommée Marie-Thérèse, qui ne voulait pas qu'il l'eût; parce qu'il y avait en France un roi faible qui se laissait entraîner à leur querelle; enfin, parce qu'ily avait auprès de ce roi une dame de Pompadour qui, de concert avec une impératrice qui l'appelait sa cousine, avait promis un chapeau rouge à un abbé nommé Bernis, et une duché-pairie à un homme nommé le comte de Stainville,
Voyons en effet ce qui s'était passé en France pendant cette guerre, qui vient d'égarer nos yeux sur les trois parties du monde.