CHAPITRE XXIIl
^.r^ ^îNDAiST quelque temps , tous les yeux fuy^ rent tournés, en France, sur madame la daupliinc, et l'on ne s'inquiéta plus que (le ce qu'elle disait ou faisait. Marie-Anloinette était facile à juger, et l'on sut i)ientôt à quoi s'en tenir sur son compte. Comme Louis-Auguste paraissait avoir eu dès les premiers jours, ou plutôt dès les premières nuits, des torts graves à lui faire oublier, il lui donna toute liberté pour ses caprices et ses fantaisies.
Marie-Antoinette avait été élevée à Scliœnbrunn avec toute la liberté allemande, de sorte que la chose qui lui coûta le plus, fut de se plier au cérémonial français. Madame de Noailles, qui était chargée de rappeler la jeune princesse à l'ordre, lorsqu'elle s'en écartait, reçut de la dauphine le surnom de Madame t Étiquette, surnom qui lui resta. Au reste, Marie-Antoinette avait compris que pour faire à sa guise, et se conduire à sa façon, il fallait d'abord se faire aimer du vieux roi. Ce lui fut chose facile d'y réussir; la princesse prit Louis XV par le côté sensible, elle fut gracieuse pour sa maîtresse.
— Quelle charge occupe madame Du Barry à la cour? avait demandé un jour Marie-Antoinette à madame de Noailles. — Mais, répondit celle-ci assez embarrassée, elle est chargée de plaire au roi et de l'amuser. — En ce cas , répondit la dauphine , prévenez madame Du Barry qu'elle a en moi une rivale.
EfTectivemeut , Marie-Antoinette plaisait au roi et l'amusait. Belle, vive, noble, enjouée, spirituelle, décidée, elle fut à peine à la cour, qu'elle y répandit un parfum de jeunesse et de liberté qui récréait le vieux roi. Elle était à Louis XV ce qu'avait été madame