I.OLIS XV
CIlAPITUIi; XXV
I. est vrai qu'une chose ôlail de l'imporlaiice à toutes ces choses. Louis XV, âge de soixante-trois ans seulement, paraissait dix ans de plus que le duc de Fiichelieu, qui en avait soixanle-seize. Louis XV le beau cavalier à l'œil bleu, à l'oreille fine, au jarret tendu, Louis XV perdait la vue, Louis XV devenait sourd, Louis XV ne montait plus à cheval qu'à l'aide d'un marche-pied. L'ennui qui planait sur son front dès sa jeunesse , avait fondu sur le vieillard, s'acharnait à lui et le dévorait. Autour de lui, d'ailleurs, s'accomplissait le fatal exemple qui accompagne les hommes en train de faire leurs derniers pas dans la vie. Autour de lui , tout ce qu'il avait aimé d'amour était tombé. Madame de Vintimille , madame de Chàteauroux , madame de Pompadour ; tout ce qu'il avait aimé par les liens de la famille, fils, petit-fils, bru, femme, amis, tout tombait. Le maréchal d'Armentières, son menin , né la même année que lui , venait de mourir ; restaient M. de Chauvelin et M. de Richelieu.
M. de Chauvelin, surtout, était de la part du roi l'objet d'une attention particulière. Le roi s'intéressait singulièrement à sa santé. A lui et aux autres, Louis XV s'informait à chaque instant comment allait M. de Chauvelin ; cette grande amitié étonnait tout le monde dans ce cœur dont l'égoïsmc était connu : on en sut un jour la cause.
A une fête des Loges, M. de Chauvelin s'était fait dire la bonne aventure par un sorcier à tréteaux , et celui-ci avait prédit que M. de Chauvelin mourrait six mois avant le roi.
Cette prédiction était venue aux oreilles de Louis XV ; de là cette sollicitude pour la santé de M. de Chauvelin.
Or, cette dernière épouvante ou ce dernier avertissement devait lui venir à son tour.