I.OLIS XV
(levant lui, (Icrrièrc lui : à droite, à gauche. Qu'importe qui il ))lcsse, pourvu qu'il blesse; uii de ces trails perdus IVappera bien toujours la royauté ou la religion. Bouillant, colère, impétueux, il ne dissimule que malgré lui, et en chef forcé de masquer ses batteries. Certes il aimerait, comme il le dit lui-même, l'aire à la religion une guerre ouverle, et mourir sur nu tas de clirèticns immolés à ses pieds (lettre à d'Alemberl du '20 avril 1701). Mais il comprend qu'il faut frapper cl cacher la main (lettre à d'Alembert, mai 17G1) ; agir enfin en conjuré, et non en zélé.
Mais comme cette dissimulation lui coûte, à cet Agamemnon des armées sceptiques! C'est que tout à l'opposé de d'Alembert, à qui quarante mains applaudissant sulïisent, à lui. Voltaire, il lui faut tontes les trompettes de la renommée de Paris à Berlin, de Boston à Stockholm, de Genève à Saint-Pétersbourpf.
— Cet homme a pour un million de gloire, disait d'Alembert impatienté , et il en vent encore pour nn sou.
Voltaire naît en 1698 et meurt en 1778; il dominera tout un siècle. Satan lui fait la vie longue, car son œuvre est immense. Aussi il s'applique à son œuvre dès sa jeunesse.
— Mallieureuxl tu seras le porte-étendard de l'impiété! disait le jésuite Lejay à Voltaire encore simple étudiant au collège Louisle-Grand.
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En eiïeî, Voltaire grandit au milieu de la société païenne de la fin du dix-septicnic siècle et de la société athée du dix-luiitième ; il est l'élève de Chaulieu, le commensal de l'hôtel de Vendôme. Sa querelle avec ^I. de Rohan le force de chercher un asile en Angleterre, et ce fut là, nous dit Condorcet, que Foliaire jura de cou songer sa vie à renverser la religion : il a tenu parole.
L'aveu est naïf et étonne même dans notre époque. Lisez la vie de Voltaire, édition de Khel.
— « Vous avez beau faire, » lui dit un jour le lieutenant de police Hérault, qui lui reproche son impiété, « vous ne viendrez pas à bout de détruire la religion chrétienne.
— « C'est ce que nous verrons, » répond Voltaire.
— « En vérité je suis las, » dit l'auteur de la Pucetle, « de leur entendre répéter sans cesse que douze hommes ont sufiTi pour établir le christianisme; j'ai envie de leur prouver, moi, qu'il n'en faut qu'un pour le détruire. >
« Comment, » écrit-il à d'Alembert le 2/i juillet 1760, « comment serait-il possible que cinq ou six hommes de mérite , qui s'entendraient, ne réussissent pas après l'exemple de douze faquins qui ont réussi. «
Les douze faquins , ce sont les douze apôtres.
Voltaire se met donc à l'œuvre, et, comme le sol est bien préparé , la semence tombe en bonne terre.
Aussi, deux ans après qu'il a commencé d'attaquer ces douze faquins, écrit-il à Diderot toujours battant dans le doute, comme le balancier d'une pendule dans l'espace :
« Quelque parti que vous preniez, je vous recommande l'infâme ; il faut la détruire chez les honnêtes gens, et la laisser à la canaille, pour qui elle est faite. »
L'iNFAME, au féminin, c'est tout simplement la Religion; au masculin , c'est Jésus-Christ.
Une fois le mot trouvé, Voltaire n'en emploiera plus d'autre.
Le 2 septembre 1768, il écrit :
« Damelaville doit être bien content du mépris où l'infâme est tombé chez tous les honnêtes gens de l'Europe. C'était tout ce que l'on voulait et tout ce qui était nécessaire ; on n'a jamais prétendu éclairer les cordonniers et les servantes : c'est le partage des apôtres. »
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C'est que l'allaque a élé unanime, c'est que; les coups sont tombés en mesure. La division, en effet, était dillicile avec des instructions comme celles-ci, données dès 17G1.
« 0 mes philosophes ! il faut marcher serrés comme la phalange macédonienne ; elle ne lut vaincue que pour avoir été dispersée ; que les philosophes véritables lassent une confrérie comme les francs-maçons, qu'ils s'assemblent, qu'ils se soutiennent, qu'ils soient fidèles, cette académie vaudra bien mieux que celle d'Athènes et que toutes celles de Paris. «
Aussi voyez la joie du philosoj)he de Ferney quand il voit que la semence germe, et que la croisade poitc ses fruits.
« La victoire se déclare pour nous , écrit-il à Damelavillc, qui fait tout haut profession d'athéisme ; je vous assure que dans peu, il n'y aura plus que la canaille sous les étendards de nos ennemis, et nous ne voulons plus de cette canaille ni pour partisans, ni pour adversaires; nous sommes un corps de braves chevaliers, défenseurs de la vérité, qui n'admettons parmi nous que des gens bien élevés. Allons, brave Diderot, allons, intrépide d'Alembert, joignez-vous à mon cher Damelaville , courez sus aux fanatiques et aux fripons. Plaignez Biaise Pascal, et méprisez Houleville et Abadie, autant que s'ils étaient pères de l'Église. »
Cette joie est bien autrement grande quand il rencontre Frédéric.
Quel orgueil de compter parmi ses disciples le vainqueur de Rosbac, de donner à la parole le poids des applaudissements d'un auditeur couronné, un écolier qui répond de telles paroles aux paroles du maître :
« Pour vous parler avec ma franchise ordinaire, je vous avouerai naturellement que tout ce qui regarde Xliomme-Dieu ne me plaît pas dans la bouche d'un philosophe, qui doit être au-dessus des erreurs populaires ; laissez au grand Corneille, vieux radoteur tombé dans Fenfance, le travail insipide de rimer Flmitation de Jésus-Christ, et ne tirez que de votre propre fonds ce que vous avez à nous dire. On peut parler de fables, mais seulement comme fables , et je crois qu'il vaut mieux garder un silence profond sur les fables chrétiennes canonisées par leur ancienneté et par la crédulité des gens absurdes et stupides. »
Voilà ce que pense Frcdéric de la religion. Maintenant voulezvous savoir ce qu'il pense de l'immortalilé de rànic?
« Un philosophe de ma connaissance , homme déterminé dans ses sentiments, croit que nous avons assez de degrés, de prohahililé pour arriver à la certitude que post morLcm nihil est (ou bien (jue la mort est un sommeil éternel) ; il prétend que 1 homme n'est pas double, et que nous ne sommes que la matière animée par le mouvement. Cet homme étrange dit, en outre, ^qu'il n'y a aucune relation cuire les animaux et rinlelligenco suprême. ).
Cinq ans après, Frédéric s'enhardit et avoue que cet homme étrange, c'est lui.
« Je suis très-certain , dit-il , que je ne suis pas double ; de là je ne me considère que comme un être uniciue ; pour parler franchement, dites simple. Je sais que je suis un animal organisé et qui pense; d'où je conclus que la matière peut penser, ainsi qu'elle a la propriété d'être électrique. »
Rien n'est contagieux comme l'exemple , rien n'est doux comme la louange ; aussi voyez , voilà tous les souverains qui voyant leur confrère le roi de Prusse loué par les philosophes, les voilà qui veulent l'être tous aussi.
C'est d'abord Joseph II qui se fait philosophe à son tour. Il a été admis et initié par Frédéric aux mystères de la conspiration anti-chrétienne. Ces deux vieux antagonistes ont oublié douze ans de guerre, et se sont ligués contre l'ennemi commun, le Christ.
Aussi Voltaire s'empresse-t-il d'annoucer à d'Alembert la conquête Impériale que vient de faire la philosophie.
« Vous m'avez fait un vrai plaisir, lui écrit-il le 28 octobre 1769, en réduisant l'infini à sa juste valeur ; mais voici une chose plus intéressante : Grimm assure que l'empereur est des nôtres; cela est heureux, car la duchesse de Parme sa sœur est contre nous. -> Maintenant il s'agit de remercier Frédéric ; c'est le chef de la secte qui s'en charge encore.
« Un Bohémien qui a beaucoup d'esprit et de philosophie , nommé Grimm, m'a mandé que vous aviez initié l'empereur à nos saints mystères. Voilà une bonne récolte pour la philosophie. »
La récolte était vraie , et peu après commence la guerre. Joseph II supprime les trois quarts des monastères , s'empare des biens ecclésiastiques, chasse de leurs cellules jusqu'à ces carmé-