‹ La régence et Louis QuinzeChapitre 8 sur 72 · L.\ RÉGENCE · texte numérisé non relu

L.\ RÉGENCE

mordant avec clos dcnls niap;nlfiquos, il i)laisail lout on décliiranl ; passionné pour les plaisirs cl la l)onne chère, ilalleclait nne rigidité austère dont parfois il lui arrivait de plaisanter lui-même.

Au moment où la banque d'Occident commença à s'embarrasser dans ses afl'aires, Canillac dit à Law :

— ]\Ionsieur Law, je fais des billets et je ne les paye pas , vous m'avez volé mon système.

Le duc de Broglie ressemblait à la fois à une chouette et à un singe ; joueur, libertin, criblé de dettes, il passait sa vie dans les tripots , ce qui pendant le jour le rendait assez triste ; mais le soir, le verre en main , sa conversation pétillait comme la mousse de la liqueur qu'il portait à ses lèvres, avec une fréquence qui faisait l'admiration des plus rudes convives ; alors c'étaient de sa part de ces plaisanteries sans fin et de ces folles chansons qui font d'un repas une orgie.

Noce était grand et brun, ou plutôt, comme disait la princesse Palatine , vert , noir et jaune ; il avait de grandes manières et une haute impertinence, son esprit débordait en saillies amères qui emportaient la pièce. Élevé avec le régent, dont son père avait été le sous-gouverneur, il avait une grande influence sur lui. Quand le régent sortait la nuit, c'était toujours avec Noce.

Noce était le Giaffar de ce nouvel Aroun-al-Raschild.

Les autres convives habituels étaient Ravannes , qui a laissé des mémoires curieux sur ces petits soupers dont nous parlerons , et Cossé de Brissac, chevalier de Malte, qui apportait jusqu'aux moments extrêmes d'une extrême orgie, les manières chevaleresques de ses pères.

C'est avec ces hommes, c'est avec ces femmes, auxquels s'adjoignait parfois sa fille, la duchesse de Berry, que dix heures arrivées, le régent se renfermait. Alors, et une fois les portes closes , Paris pouvait brûler, la France s'engloutir, le monde crouler, il y avait défense, défense positive, instante, absolue, de venir troubler le régent.

Ce qui se passait dans ces soirées, c'est tout ce que pouvait imaginer la folie de gens ivres, riches et puissants, ce sont des choses comme en raconte Pétrone, comme en rêve Apulée.

11 y avait au milieu de tout cela un domestique du régent, brave iiomme qui avait vu naître le prince, et que le prince avait fait concierge du Palais-Royal. 11 se nommait Ibagnet, aimait sincè

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