‹ La région du bas-RhôneChapitre 12 sur 25 · Pande, duplex Arelale, tuos, blanda hospita, portus · texte numérisé non relu

Pande, duplex Arelale, tuos, blanda hospita, portus

Gallula Roma Arelas....

(AusoN-, De clar, urb,).

de la Méditerranée et vint toucher successivement dans l'estuaire du Rhône aux ports de Saint-Gilles et à la bonne ville archiépiscopale d*Arles-le-Blanc.

Tous ces témoignages sont concordants et permettent d'établir que le Rhône alimentait autrefois autour d'Arles une grande lagune; mais, tout en l'inondant, il a été l'agent principal de son dessèchement, et la plaine est aujourd'hui couverte de ses alluvions. Les quantités énormes de matières minérales que le fleuve a déposées ainsi dans le fond de ces étangs jadis navigables les ont transformés successivement en marais à peine flottables, puis en flaques d'eau putride dont les exhalaisons pernicieuses ont fait bientôt le vide sur ce territoire autrefois si peuplé.

C'est un phénomène commun d'ailleurs à toutes les lagunes littorales de finir par être col-

matées et comblées par le fleuve qui les alimentait; et, bien que les mots paraissent jurer ensemble, on peut dire qu'elles se dessèchent par immersion. La lagune vive se transforme ainsi peu à peu en lagune morte. Cette évolution naturelle est lente, mais fatale; et ses conséquences immédiates sont tout d'abord la fièvre, la misère et la dépopulation.

Le grand dessèchement commencé à la fin du quatorzième siècle par Van Ems continue de nos jours. L'élablissement du canal d'Arles à Bouc, l'ouverture des roubines qui sillonnent les points les plus bas de la plaine, le réseau des canaux de vidange qui écoulent au Rhône toutes les eaux stagnantes, la transformation agricole de la Crau et de la Camargue nous permettront de voir un jour la fin de cette période pestilentielle aujourd'hui presque terminée ; et, si la ville actuelle ne doit plus revoir les jours brillants de l'ancienne (( Rome des Gaules », du moins est-on parvenu à créer autour de ses vieilles murailles une plaine cultivable et fertile à la place de la vaste lagune, désormais perdue et envasée, qui fut l'un des premiers ports du monde.

Ce port, dit Ausone, était double, et la ville s'étendait sur les deux rives du fleuve. A gauche,

la cité riche et patricienne ; à droite, la ville plébéienne, mari timeet commerciale. D'un côté, le palais de l'empereur, le cirque, le théâtre, les temples, le monde des courtisans, les heureux et les gens de plaisir; de l'autre, les gens d'affaires, les mariniers et le peuple. Le fleuve et les étangs réunis formaient autour des remparts un immense bassin précédé d'une rade intérieure. Celle-ci s'étendait jusqu'au golfe de Fos, et le grau de Galéjon lui ouvrait l'accès de la mer.

Il était donc facile à tous les navires de se rendre au pied la colline d'Arles presque entourée par les eaux ; et, quelque ampoulé que nous paraisse le texte de l'édit d'Honorius, il peut donner une idée de l'importance commerciale de l'ancienne métropole du Rhône ou « le riche Orient, l'odorante Arabie, l'élégante Assyrie, la fertile Afrique, la belle Espagne, la valeureuse Gaule, apportaient leurs plus précieux trésors et les y entassaient en si grande abondance que l'on pouvait considérer comme naturels à cette ville tous les produits qui sont l'honneur de toutes ces contrées. »

Deux routes s'offraient alors aux navires de mer qui se rendaient à Arles : l'une par le Rhône,

c'était celle des allèges, des tartanes à faible tirant d'eau, de toutes les embarcations que nous appelons aujourd'hui des barques de petit cabotage et qui pouvaient franchir sans peine les passes déjà envasées des embouchures ; l'autre par le grau de Galéjon, largement ouvert sur la mer et qui permettait d'arriver dans la rade intérieure, comme on pouvait encore le faire il y a moins de trois siècles, avant que les étangs fussent desséchés.

Il y avait ainsi deux ports distincts, l'un sur le fleuve, l'autre sur la lagune vive et les étangs ; le premier était celui des nautoniers du Rhône et de la Durance, nautx Rhodanicij Drmntici; le second, ce luides utriculaires, qui naviguaient sur les parties les moins profondes^de la lagune, utricularii^ et des marins proprement dits, navicularii marini.

A chacune de ces navigations diflérentes correspondait une flotte spéciale. On en comptait trois : une flotte maritime, une flotte fluviale, une flotte paludéenne; et la situation d'Arles, noyée dans la lagune du Rhône, était tout à fait comparable à celle qui existait à la même époque à Narbonne dans la lagune de l'Aude, à Ravenne dans celle du Pô, et que l'on voit encore de nos

jours entre Venise et l'Adriatique, entre Amsterdam et la mer du Nord.

Le Rhône moderne se divise aujourd'hui, un peu en amont d'Arles, en deux bras bordés de digues insubmersibles qui comprennent une île triangulaire, la Camargue, de 75,000 hectares de superficie. Le grand Rhône, celui de droite, passe à Arles et débouche à la mer à 8 kilomètres en aval de la tour Saint-Louis ; le petit Rhône, celui de gauche, passe à Saint-Gilles et se termine à la plage des Saintes-Mariés. Au centre du delta se trouve un vaste étang, le Valcarès, dont la superficie est de 12,000 hectares et dont la profondeur varie de 1 à 2 mètres.

Autour de cet étang, un dédale de lagunes mortes, de marais salants et de petites dunes stériles et mouvantes occupe une étendue de près de 8,000 hectares; c'est la basse Camargue, zone presque déserte et inculte, séparée du domaine

maritime par une mince crête de sable que les vagues franchissent quelquefois pendant les tempêtes. Une digue récente a été construite sur ce bourrelet naturel et met ainsi l'île à l'abri des coups de mer. Telle est la Camargue d'aujourd'hui, bien différente de ce qu'elle était au commencement de notre ère. Non seulement le delta était beaucoup moins développé et la limite de la mer était plus rapprochée delà pointe de l'île; mais le Valcarès, qui n'est plus qu'une grande mare où croupit sans écoulement une eau saumâtre et impure, communiquait alors librement avec la mer et devait assez ressembler à notre bassin d'Arcachon, situé au nord de la plaine des Landes.

Pline le naturaliste parle d'une peuplade du nom d'Anatiliens, regio Anatiliorumy qui habitait cette zone extrême de la Provence; et, bien qu'on soit réduit à de simples conjectures sur l'emplacement et même sur la réalité de la ville à'Anatilia^ mentionnée par quelques géographes, il est assez probable qu'un ou plusieurs centres de population ont existé sur les bords du Yalcarès*. Sous la vase du marécage moderne,

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